Reprendre les idées n’est(-il) pas recopier (?)

D’aucun parmi vous dirait que je me fais plutôt rare ces derniers temps sur mon blog. Je l’avoue : je me suis dévoué à d’autres aspects de ma vie que mon antre cybernétique – mais ce n’est pas pour autant que je le renie, ou le monde des blogs en général, bien au contraire. Juste : ‘mieux à faire.

Sauf que là, j’ai envie d’écrire un truc. Le week-end a été pluvieux, je n’ai pas sommeil et 3 heures à tuer, et j’ai envie de m’amuser un peu avec les erreurs flagrantes d’autrui…

Je préviens par avance : quand je prends mon air méchant, c’est le plus souvent pour un truc qui m’amuse plus qu’il ne m’énerve. Mais parfois, juste pour le fnu, je tape (sur mon clavier) – comme je l’avais fait une fois en parlant de la vacuité du Grand Journal de Canal+.

C’est le cas ici…

Je suis donc un peu absent de la « blogosphère, » mais je me suis malgré tout fendu cette semaine d’un peu d’écriture en ligne. Oh, ça ne parlera pas à grand monde dans mon entourage de La Vraie Vie™ : ça concernait WordPress, le logiciel qui fait tourner ce site, et quelques millions d’autres, et que j’aide modestement en le traduisant en français.
J’ai réuni plusieurs sources, ai tiré une conclusion qui me semblait valable, et ai pris le temps de la présenter à quelques spécialistes, sur une mailing-liste dédiée au sujet. Ma démonstration n’a pas été réduite en pièces par lesdits spécialistes, et j’en fus ma foi fort aise.

D’autres informations assez cruciales concernant WordPress sont ensuite passées sous mes yeux, et je me suis dit que cela pouvait justifier un article dédié sur le blog francophone dédié au sujet. N’étant pas mécontent de ma démonstration des jours précédents, j’ai décidé dans un élan d’impétuosité d’ajouter celle-ci en fin d’article, histoire de lui donner une plus grande visibilité.

Ceci fait, dans un curieux mélange d’embarras face à cette mise en avant personnelle fort peu digne du gentilhomme que je crois être, et d’orgueil gêné, j’appuyais sur le bouton Publier, puis allais me coucher (il était minuit passé, oula !). Mon texte, une fois de plus, a été accueillie avec magnanimité, et je pu souper le soir l’esprit apaisé face à la patiente compréhension des lecteurs, quiet dans la croyance que j’ai participé à améliorer le quotidien de la blogosphère en lui fournissant un contenu original et argumenté – deux qualificatifs qui ne sont que trop rares en ces temps de disette intellectuelle…

Sleep well, people, for the world is a safer place thanks to your selfless heroes…

(attention, c’est ici que je commence à faire style je suis en colère et tout)

Et putain de bordel de merde je découvre à l’instant qu’un quelconque tâcheron sortit d’on ne sais où, a écrit un article reprenant point par point le mien, annonces publiques et recherche personnelle incluses.

J’insiste sur le « point par point » : j’aurai pu dire « mot à mot », mais le gredin n’est pas débutant, il a soigneusement tout fait pour qu’on ne l’accuse pas de repompage éhonté. Il a changé l’image, a réorganisé le texte, et a tout réécrit, mais il n’en reste pas moins que rien dans son article n’est tiré d’une réflexion originale, mais au contraire est repris en droite ligne du mien article. Morte-couille !

Pour tout salaire, le rustre m’octroie un lien vers mon article, sous le texte « Via » – manière de se dédouaner une fois encore de ne pas donner crédit à l’auteur originel, sans pour autant rendre explicite le triste plagiat. Le pasticheur, par ce lien sciemment imprécis, double ses torts d’un affront.

Fi !

Je suis de ceux qui défendent les droits de l’auteur – j’ai même fait mon possible, dans mon introduction du Campus WordPress, pour obtenir l’autorisation de l’avocat-blogueur Maître Eolas afin de reprendre les grandes lignes de son article essentiel, Blogueurs et Responsabilité Reloaded. Sans son accord exprès, je n’aurai jamais publié le texte que j’avais écrit en m’inspirant du sien.

D’autant que mon introduction comportait également un passage clair sur le point qui nous anime ici, dans la section « Qu’est-ce qu’un bon blog » (page 3 de ce court extrait de l’intro, au format PDF), et que je vais me faire un plaisir de reprendre in-extenso sans autorisation de l’auteur (car c’est moi, l’auteur, oh) :

Il respecte le contenu d’autrui. Un blog doit faire preuve d’une certaine originalité pour sortir du lot. Certains blogs se sont fait une spécialité de reprendre mot pour mot les contenus d’autres sites (images, vidéos, parfois même textes) afin de surfer sur l’éphémère vague de « buzz » que ce contenu peut générer, et profiter des possibles requêtes Google sur le sujet – et, donc, espérer des clics sur leurs bannières publicitaires.
Si ces blogs sont certes populaires (dans le sens le moins noble du terme), cela ne présage pas de leur qualité : ils n’apportent rien à la conversation, n’étant qu’un relais vide de sens. Comme pour tout média, le droit de citation existe sur les blogs, et l’exigence de qualité ne doit amener la (courte) citation que pour mieux la discuter, non pour avoir sur son blog les mêmes mots-clefs que sur tant d’autres blogs ciblés « buzz ». Plus prosaïquement, le contenu d’un site étant une œuvre de l’esprit, il entre dans le cadre de la propriété intellectuelle. De fait, reprendre un contenu sans autorisation explicite de l’auteur peut s’apparenter à du piratage…

A sa décharge, notre camarade de jeu n’affiche aucune publicité sur son blog, et c’est tout à son honneur.

Nonobstant, je me propose par la présente de reprendre le contenu de notre jeune (j’imagine) ami, et mot à mot cette fois, afin de réaliser une autre démonstration, comme ça, juste pour faire le jeu du miroir…

Allons-y pour le découpage en tranches (basée sur cette sauvegarde de l’article, datant du 6 juin)…

WordPress 2.8 disponible la semaine prochaine ?

Son titre. J’avais choisi le plus généraliste « Nouvelles du front« , mais cela ne fait sans doute pas assez buzz pour monsieur. J’ai utilisé pour ma part « WordPress 2.8 sortira la semaine prochaine » comme titre de seconde partie ; il l’a préféré, en lui adjoignant le point d’interrogation final, celui-là même qui a fait les douces heures de plus d’un article de TechCrunch – monsieur a appris avec les meilleurs !

[Image]

A comparer avec mon propre choix. Possible l’un des seuls travaux d’investigation réalisés pour son article, il en est néanmoins resté à une slide de la présentation de Matt, lors du WordCamp de Hong-Kong. Là où j’ai préféré une image qui informe, il a choisi une image qui illustre. Soit.

A son crédit, on pointera du doigt qu’il utilise une image placée sous Creative-Commons en donnant correctement ses crédits, là où je ne fais que faire un lien direct (ouille) vers une image avec un copyright (horreur ! malheur !). Là où son bât blesse, c’est que l’image qu’il a choisie est en CC-SA (pour Share-Alike : celui qui utilise l’image doit le faire dans une oeuvre étant également en CC-SA), tandis que son blog est en CC-BY-NC-SA (Attribution, Non-Commercial, Share-Alike). Vu que je suis un peu fautif sur le thème des licences d’image ici, j’en resterai là.

On l’attendait initialement en mars, puis en avril, c’est finalement la semaine prochaine, le 10 juin, que WordPress 2.8 devrait finalement sortir.

Simple combinaison de mes « rappelons que la date initiale était fin mars, puis en avril, puis…) » et « Sauf problème majeur, WordPress 2.8 devrait sortirai mercredi prochain, le 10 juin. » Admirez, cher public, la parfaite copie des liens. Je suis déçu, il n’a pas repris ma mise en gras…

Une sortie qui s’est donc fait attendre, mais dont les raisons se comprennent facilement.

Rien à redire, a priori.

Bien qu’à l’époque l’information n’était pas encore connue du grand public, il s’avère que WordPress.org et WordPress MU (pour Multi Users) vont bientôt fusionner en une seule et même entité. Les codes des deux projets étant assez proches, il n’était plus justifié de développer les deux projets en parallèle.

Ici, il repique de toute évidence, mais à sa sauce, ce début de paragraphe : « Cette annonce – assez logique vu combien le code de WPMU est désormais proche de celui de WP – a été faite par Matt (…) ».

Or, si la fusion de WordPress.org et de WordPress MU n’est tout de même pas pour demain (certains évoquent WordPress 3.0 comme cap pour rendre effectif cette réunion), les responsables estiment qu’il faut d’ores et déjà préparer le code et les outils pour que cela se passe dans de bonnes conditions.

D’où les reports successifs de WordPress 2.8 pour résoudre un maximum de bugs et valider un certain nombre d’améliorations.

Ca se complique un peu, il reprend plusieurs points, je pense :

  • tout d’abord, « l’annonce est faite, tout le reste n’est que spéculation à l’heure actuelle » ;
  • ensuite, « Matt aurait dit (j’insiste sur le conditionnel) de “faire attention à la version 3.0″ » ;
  • enfin, « C’est tout d’abord dû aux quelques remises à plus tard de la date de sortie (…), ce qui a permis d’avoir plus de temps pour résoudre plus de tickets, mais c’est également dû au travail incessant de quelques fervents développeurs tiers dévoués à l’amélioration du projet« .

La partie du milieu est une transition assez maligne, mise en place pour intégrer correctement les deux parties clairement distincte de mon texte. Ainsi, là où je parle de la réunion de WP et WPMU puis fait mon laïus sur le nettoyage du code de WP, en supposant que finalement les deux sont sans doute liés ; lui prend clairement le parti de lier les deux, comme si c’était une évidence. Quel grand écrivain il ferait. S’il avait une réflexion personnelle, je veux dire. LOL, comme y disent les jeunes de nos jours.

Rappelons par ailleurs qu’en tant que version majeure du développement de WordPress, la 2.8 a reçu pas moins de 785 tickets ouverts selon l’outil Trac.

Attention, ici commence la partie où il reprend à son compte tout ce que j’ai pris le temps de compiler grâce à mes visites sur le Trac (sait-il seulement de quoi il s’agit ?). Ca vient de là : « Parmi toutes les versions majeures de WordPress recensées sur l’outil Trac, la 2.8 est celle qui a vu les plus de tickets ouverts (plus de 800), et surtout celle qui a vu le plus grand nombre de tickets fermés, donc de bugs résolus ou d’améliorations validées : 766 au moment où j’écris ces lignes. »

Devant l’ampleur de la tâche, deux mois supplémentaires pour améliorer l’application n’était pas de trop.

WOW, une réflexion personnelle ! Color me surprised! On passera sur le pluriel manqué…

Au final, à quelques jours du lancement de WordPress 2.8, 98% des tickets ont été fermés (donc résolus) soit 773 sur 785. Ne reste qu’à s’occuper des 12 tickets restants.

OMG, il a cliqué sur le lien pour mettre à jour les chiffres que je donne (« le plus grand nombre de tickets fermés, donc de bugs résolus ou d’améliorations validées : 766 au moment où j’écris ces lignes« ) ! Par ailleurs, il a  sorti sa calculette magique ; ce type est un génie ! Pourquoi n’y ai-je pas pensé ?!? Quelconquelconquelcon !

Cette nouvelle mouture est donc sans doute l’une des plus saines et des plus stables de toutes les versions de WordPress.

Polom pom pom… « Au final, la 2.8 sera sans doute l’une des versions les plus propres de ces dernières années, et les versions suivantes profiteront certainement de ces fondations saines. »

Par ailleurs, en plus d’un nettoyage complet du code avec la résolution de tous les problèmes, les outils pour son fonctionnement doivent aussi évoluer.

Nouvelle habile transition pour caler une autre partie, totalement distincte, dans le flux de sa réécriture. Y’a pas, il s’y connait en falsification ; si je devais imprimer des euros en quantité industrielle, je l’embaucherais direct, mec.

Pour fonctionner, le logiciel (WordPress 2.7 et 2.8) a besoin au minimum de PHP 4.3 et MySQL 4.0 (respectivement sortis il y 7 ans et 6 ans).

De mon côté, « A l’heure actuelle, WordPress 2.7 (et donc 2.8) requiert au minimum PHP 4.3 et MySQL 4.0, respectivement sortis il y 7 ans et 6 ans« . Hé, t’as vu, moi aussi j’ai fait péter la calculette magique, truc de ouf.

Mais à l’avenir, il faudra faire évoluer le langage de scripts et le système de gestion de base de données.

C’est beau, on croirait lire le rapport de stage d’un consultant en informatique, didon…

Ainsi, pour la version 2.9, WordPress recommandera sans doute PHP 5 (sorti il y a 5 ans) et MySQL 4.1.3 (idem).

Méga-combo texte, lien, bévues et boulettes !

  • « la prochaine version majeure de WordPress, WP 2.9, requerra MySQL en version 4.1.2 au minimum » ;
  • « La version de MySQL qui sera requise pour faire tourner WordPress 2.9, la 4.1.2, est quant à elle sortie il y 5 ans presque jour pour jour » ;
  • « La version de PHP qui pourrait un jour être requise pour faire tourner WordPress, la 5.0, date elle aussi d’il y a 5 ans presque jour pour jour.« 

Pinaise, ce mec est plus efficace que le Konami Code ! Bon, dans sa hâte à faire du copier-coller, il s’est pris les pieds dans le tapis et affirme que WP 2.9 requerra PHP5. Erreur de débutant, sans doute. Ou de mec qui n’y comprend rien à ce qu’il dit et se dépatouille avec ce qu’il trouve sur Internet.  J’vous l’dis moi, ce mec finira consultant !

Vu l’ancienneté de ces outils, il est tout de même fort probable que les hébergeurs supportent cette évolution.

Ah, là je pense qu’il est allé chercher dans les commentaires de mon article, peut-être celui de CUI : « Je pense que si WP imposait le passage à php5, ça les [les hébergeurs web] ferait bouger un peu ! »

Discuss.

Mais au cas où, des tests seront ajoutés à l’outil de mise à jour automatique pour s’assurer que seuls les utilisateurs disposant de MySQL 4.1.3 pourront récupérer effectivement WordPress 2.9. Dans le cas contraire, il leur sera proposé de contacter leur hébergeur pour s’enquérir de la situation. Même chose pour PHP 5.

On termine en douceur, par un petit duo :

  • le plus gros vient de toute évidence de cette phrase :  « Dans cette optique, des tests seront ajoutés à l’outil de mise à jour automatique pour s’assurer que seuls les utilisateurs disposant de cette version de MySQL pourront récupérer la 2.9, les autres recevant un message leur suggérant de contacter leur hébergeur à ce propos. » ;
  • la dernière phrase est un résumé rapide de cette autre phrase : « De la même manière, l’outil de mise à jour automatique de WordPress 2.9 se verra ajouter des tests pour afficher un message aux utilisateurs encore sous PHP 4, leur recommandant de passer à PHP 5 (sans pour autant l’imposer).« 

Allez, je me sens en veine ce soir, je faire une représentation graphique de tout ça ! PH34R MY WR47H, N00B !

Side-by-side comparison, dude!

Tout d’abord, saluons l’effort indéniable de concision :

mindoverflow-sidebyside
"Ah ! Non ! C'est un peu court, jeune homme ! On pouvait dire... oh ! Dieu ! ... bien des choses en somme..."

Ah, ça, il aurait cartonné au Bac français s’il avait choisi l’épreuve « Résumé de texte ».

Mais comme j’ai dû temps à tuer (en fait non, mais il pleut aujourd’hui, et ça m’amuse de perdre quelques minutes sur ce genre futilité), je vais pousser mémé dans les orties. BEHOLD MY GIMP LEETNESS!

Couleurs primaires
Couleurs primaires

C’est là que l’on se rend compte :

  • J’ai voulu écrire un article rapide, en fait il est plutôt carrément long – étrange, venant de ma part (ironie inside) ;
  • Il a vraiment pioché à droite à gauche pour reconstruire l’article de toutes pièces.

Mais bon, je dois m’estimer heureux : il respecte a peu près la licence de l’article (CC BY-NC-SA : il fait un lien vers l’article original, son site n’a pas de pub et il utilise la même licence pour son contenu), mais en plus il a fait l’effort (rendons à Fanny ce qui est à Marius) de le rendre plus concis, prenant les points essentiels et faisant fi des digressions inutiles. En cela, notre ami fait montre d’un certain talent dans la falsification.

Non seulement ça, mais d’autres n’ont pas forcément eu la chance d’être réécrits : son « Décryptage : Sarkozy et son oeuvre de contrôle du net » est une reprise  intégrale (hors image) de l’article de Numerama (placé sous licence CC, mais laquelle ?) ; son « Contourner Hadopi en 27 secondes » est un copier-coller de l’article éponyme de Daniel Glazman, mais avec un peu enrobage perso pour faire passer la pilule, enrobage qui comprend un tutoriel Linux repiqué ailleurs ; il s’offusque du renvoi du cadre de TF1 pour critique d’Hadopi en remettant à sa sauce l’article d’Ecrans-Libération ; l’intro de son « Greenpeace épingle Nicolas Sarkozy sur ses ambitions charbonnières » n’est rien de moins que celle de l’article de Wikipédia sur « 10 ans pour agir« , et la fin est recopiée du descriptif de la dernière vidéo Greenpeace France sur Dailymotion ; et probablement plein d’autres choses mieux dissimulées…

Du coup, en parcourant ses articles, on en vient à douter du personnage : tout son blog n’est-il que copie de ce qu’il trouve ailleurs ? Sûrement pas, mais tout comme les billets sponsorisés mettent à mal l’ensemble de la blogosphère, il suffit de quelques articles repompés pour jeter le doute sur l’ensemble du blog…

On sourira tout de même de le voir s’offusquer du caviardage de Wikipédia par le gouvernement (« La grande classe ces réécritures !« , je suis bien d’accord, surtout qu’il s’agit d’une reprise de l’article de Benjamin Ferran de L’Expansion), ou de ses applaudissements face à l’article « Les droits d’auteur pour les nuls » de (encore lui !) Maître Eolas 🙂

Un pourfendeur

Faites ce que je dis, pas ce que je fais, en somme.

Redevenons sérieux pour le grand final, si vous le voulez bien.

Information capitale : l’article original (« le mien article », comme on dit) est sous licence Creative Commons BY-NC-SA, tout comme l’article réécrit (les deux sites partagent la même licence – et pour cause). Notre camarade de jeu pour ce soir a donc a priori respecté la licence à la lettre : attribution, pas de pub, même licence – comme je l’ai déjà dis plus haut.

Comme il a plutôt tendance à être fan des licences CC (jusqu’à mettre à son nom et sous CC des travaux mis dans le domaine public, pour ensuite s’en donner l’attribution – d’ailleurs je me demande à quel point ce dernier lien n’est pas à son tour repiqué de celui-ci…), nous allons plonger à la source :

What are moral rights, and how could I exercise them to prevent uses of my work that I don’t like?

In addition to the right of licensors to request removal of their name from a work when used in a derivative or collective they don’t like, copyright laws in most jurisdictions around the world (with the notable exception of the US except in very limited circumstances) grant creators “moral rights” which may provide some redress if a derivative work represents a “derogatory treatment” of the licensor’s work. Moral rights give an original author the right to object to “derogatory treatment” of their work; “derogatory treatment” is typically defined as “distortion or mutilation” of the work or treatment that is “prejudicial to the honor, or reputation of the author.” Creative Commons licenses (with the exception of Canada) do not affect any moral rights licensors may have. This means that if you have moral rights as an original author of a work, you may be able to take action against a creator who is using your work in a way you find objectionable. Of course, not all derivative works you don’t like are necessarily “derogatory.”

Je n’ai bien entendu aucune intention de m’en prendre à notre malfaiteur. Juste, je voulais vérifier que j’étais en droit d’être… comment dire… « surpris » ?… « outré » ?… de voir qu’on pouvait s’octroyer le travail d’un autre juste en faisant un bête lien.

Tiens, parlons-en, de ce lien « Via » qui, je l’avoue, est un peu à l’origine de mon ire. Le texte dit :

How do I properly attribute a Creative Commons licensed work?

If you are using a work licensed under one of our core licenses, then the proper way of accrediting your use of a work when you’re making a verbatim use is: (1) to keep intact any copyright notices for the Work; (2) credit the author, licensor and/or other parties (such as a wiki or journal) in the manner they specify; (3) the title of the Work; and (4) the URL for the work if applicable.

You also need to provide the URL for the Creative Commons license selected with each copy of the work that you make available.

If you are making a derivative use of a work licensed under one of our core licenses, in addition to the above, you need to identify that your work is a derivative work, ie. “This is a Finnish translation of the [original work] by [author]” or “Screenplay based on [original work] by [author].”

Et paf. En gros, notre pirate numérique n’a pas respecté les règles d’attribution. Pourtant, il l’a fait correctement au moins une fois : en bas de sa section « Mentions légales », on découvrira à loisir cette mention : « Version librement adaptée des Mentions légales publiées sur WordPress-FR.net« . (nous avons affaire à un habitué de WPFR, en somme 🙂 ).

Selon les textes, j’ai donc le droit de me sentir lésé. Je l’ai d’autant plus qu’il m’en donne lui-même le droit, dans son article « Le droit d’auteur, c’est avant tout le droit de l’auteur » où il cite Daniel Vangarde.

Cela étant, j’ai l’impression que même dans ses mentions légales dûment attribuées, il a repris du texte : la section « Publication de commentaire », que l’on retrouve telle quelle chez Embruns, ainsi qu’un peu sa section « Cookies », hein, avouons-le 🙂

Ma conclusion sera donc multiple :

  • Créateurs de contenu qui décidez de placer celui-ci sous licence CC : soyez conscient de ce que vous faites et de ce que cette licence implique, faites attention à la licence que vous utilisez et indiquez-le clairement et visiblement, et utilisez une licence Non-Derivative (BY-ND ou BY-NC-ND) si vous ne voulez pas voir votre création modifiée/récupérée par d’autres sans votre accord explicite ;
  • Utilisateurs de contenu CC : faites attention à ce qu’implique une licence, et respectez au maximum l’auteur original – notamment en le nommant, et en indiquant clairement qu’il s’agit d’une modification d’un travail original.

Au final, rien ne se perd, rien ne crée : tout se transforme. Et j’écris cela avec d’autant plus de conviction qu’Antoine-Laurent de Lavoisier est mort depuis des lustres, et donc que son œuvre est dans le domaine public.

Merci mon gars, je me suis bien amusé en écrivant mon article, j’avais besoin de ça pour m’y remettre 🙂 Par contre, sois plus prudent à l’avenir ! 😉

That’s the 7 o’clock edition of the news, goodnight.

La courbe de PJ Harvey

[note : blogpost entamé fin 2007, abandonné, repris, étendu, oublié, remanié, oublié, et enfin terminé en catastrophe vu l’arrivée prochaine du nouvel album (30 mars)… Excusez-moi donc si certaines parties sentent le réchauffé / déjà-lu]

Quand on apprécie un artiste – quand on l’apprécie vraiment -, on suit son évolution avec plaisir, malgré les écarts parfois extravagants qui peuvent y avoir entre deux périodes de son œuvre. Je parle bien sûr de musique, mais cela s’applique à tous les arts, je suppose. Je crois que c’est dans une FAQ d’un site non officiel sur les Smashing Pumpkins où j’ai vu l’explication suivante :

Q: What is a true fan?
A: A true fan is someone that will give the band’s next record a chance. Not just one listen, but a few, just to make sure they really don’t like it.

[update: FAQ retrouvée, texte corrigé]

Ma fannitude était dernièrement particulièrement mise à l’épreuve par Radiohead, dont les livraisons depuis OK Computer ne dévoilaient leur intérêt, selon les titres, qu’au bout de plusieurs écoutes – et j’ai même été jusqu’à réaliser mon propre Kid Amnesiac tant certains titres me semblaient faibles. Leur dernière livraison, In Rainbows, est sans doute leur album le plus calme et le moins « rock », mais également leur album le plus cohérent depuis OK Computer, et mérite sans doute d’être au moins sur la 3e marche du podium de leurs meilleures productions… mais j’en ai déjà parlé ailleurs.

Q Magazine : Lick My Legs cover
Q Magazine : Lick My Legs cover
Comme le titre de cet article vous laisse présager, l’idée ici est avant tout de parler de PJ Harvey – qui a également livré récemment son album le calme et le moins rock, au premiers abords : White Chalk [note : sortit le 24/09/07, donc un « récemment » tout relatif désormais]. De fait, un écart violent avec son précédent album, Uh Huh Her, qui frappait par son âpreté et son aspect d’urgence.

Tout nouvel album de la part de PJ Harvey est une nouvelle confirmation d’une de mes théories, basée sur ce que ma demoiselle m’a appris d’elle : Polly-Jean fait volte-face à chaque album. Ma théorie est que cette volte-face est de plus en plus violente avec le nombre des années – et des albums.

Plutôt que de vous assener vigoureusement ma science, traitons le sujet par la méthode sénéchale : voguons d’album en album afin d’en extraire une possible substantifique moelle…

Si vous avez raté le début du film…

desire11Polly Jean Harvey n’est pas une débutante : partie de son Dorset profond et natal, elle s’est lancée à tâtons dans la chanson en fin d’adolescence (19-22 ans), et a eu la chance d’être très vite repérée par le regretté critique et homme de radio John Peel, qui sera un peu son parrain tout du long de sa carrière. Forte d’un premier single, Dress, très bien reçu par le public indie-rock briton, et du support de John Peel, elle enchaîne avec un second titre, Sheela-Na-Gig, qui est tout aussi bien reçu. Ces deux titres donnent les premiers accents d’une artiste indé forte, jouant sur l’humour noir, la sexualité et sa propre image. Bonheur.

1992 vient, et avec lui son premier album.

Dry (1992)

Dry
Dry
Premier album, donc, et déjà elle fait montre d’une force d’écriture, tant musicale qu’au niveau des textes, très affirmée. Souvent émotionnelles, PJ amplifie l’impact de ses chansons par une voix qui, si elle n’a pas encore gagné en puissance, s’habille en fonction des personnages qu’elle raconte. Musicalement, c’est une base de rock indé assez typique du début des années 90, en y mêlant des touches de punk ou de blues, voire de grunge, le tout servit par un son très sec, une guitare rêche et une image très riot grrrl – notamment suite à des photos d’elles montrant ses poils aux aisselles (à noter cependant qu’elle a toujours rejeté toute étiquette féministe). La couverture de l’album a été réalisée par Maria Mochnacz, qui réalisera par la suite quasiment toutes les couvertures de ses albums, ainsi que la plupart de ses vidéos.

Outre Dress et Sheela-Na-Gig, que l’on retrouve sur l’album, trois titres à retenir principalement sans doute : Water, Plants and Rags, et Oh My Lover, qui ouvre superbement l’album.

Côté vidéo, c’est Dress qui a eu cet honneur (avec même une vidéo live de promo, apparemment), puis Sheela-Na-Gig (avec des extraits du même concert de promo, dirait-on). Stylistiquement, ça reste très « fin des années grunge ». Quelques années plus tard, Victory en concert.

Rid of Me (1993)

Rid of Me
Rid of Me
Après une guerre de labels pour reprendre son contrat, ce deuxième album est placé sous la houlette du producteur Steve Albini, à qui l’on devait déjà le son d’albums fondateurs tels que Surfer Rosa (Pixies), Pod (Breeders) et In Utero (Nirvana) – et celui des malheureusement moins connus Slint (Spiderland). Donc, pour ceux qui ne connaissent pas son style de production : de la guitare  rêche et brute de décoffrage, un son très « prise directe » et rentre-dedans. Enregistré à peine un an après Dry, il rentre dans une certaine continuité sonore, en poussant plus loin l’âpreté du chant et l’abrasivité du son.
Iconographiquement, sa collaboration avec Maria Mochnacz fait encore des étincelles, avec une couverture où l’on retrouve PJ balançant une chevelure pieuvresque dans une baignoire – séance photo qui aurait duré plusieurs heures, à tremper dans un bain froid, ce que je rapproche un peu de la création de l’Ophelia de Millais, en moins dramatique heureusement…

Points culminants de l’album : l’intro Rid of Me (dont je vous refile également l’excellente version en concert à l’Olympia, qui date de 2001 et dont le final donne la chaire de poule), et Man-Size.

[audio:http://xavier.borderie.net/blog/wp-content/uploads/2009/03/01-rid-of-me.mp3]

Au niveau des vidéos, ça se cherche encore, avec 50 Ft Queenie (bof) et Man-Size (que j’aime beaucoup beaucoup).

La même année que Rid of Me, l’album 4-Track Demos présente 8 « brouillons » de titres inclus dans son prédécesseur, ainsi que 6 nouveaux titres. Seule au chant et la guitare, PJ joue sans le mur d’âpreté monté pour elle par Steve Albini. D’aucun préfèrent d’ailleurs ces versions à celles produites pour Rid of Me

To Bring You My Love (1995)

To Bring You My Love
To Bring You My Love
Séparée de sa section rythmique entre les sorties de Rid of Me et 4-Track Demos, PJ se lance en vrai solo plutôt qu’au sein de ce trio à son nom. Libre de jouer tant avec son écriture qu’avec son image, elle se distance clairement des brûlots que sont ses deux premiers albums pour mélanger blues-rock (To Bring You My Love, C’mon Billy), électro-rock (Down By The Water), lourdes rythmiques (Long Snake Moan, Meet Ze Monsta)…

Derrière les manettes, de nouveaux influenceurs vont apporter leurs contributions à ce son : Flood (alors déjà responsable de nombreux albums-phares pour Nick Cave & The Bad Seeds, U2, Nine Inch Nails, Depeche Mode, et The Smashing Pumpkins), John Parish (avec qui PJ avait collaboré dans un groupe précédent), et PJ elle-même, enfin… Le son devient léché, plus clair, voire « plein » ; les synthétiseurs et violons apparaissent, tout comme de la boite à rythmes.

"I enjoy looking like a tart and thinking like a politician"
"I enjoy looking like a tart and thinking like a politician"
Cette recherche musicale se voit également dans la voix : PJ a pris 8 mois de cours avec deux chanteurs d’opéra retraités de son village. L’amplitude vocale se fait grande : meilleure tenue, meilleur contrôle de ses modulations, PJ introduit sa voix comme instrument dans cet album, et non plus comme un vulgaire outil à raconter ses rêves et névroses. Ce qu’elle perd en méchantes guitares, elle gagne en intensité de chant. PJ n’est plus une songwriteuse affirmée, c’est aussi une chanteuse pouvant adopter de nombreux styles, pour mieux coller à ses ambiances et textes.

Cet album, sorti en 1995 et paré d’une couverture où PJ flotte en surface dans une robe rouge écarlate – image directement tirée de la vidéo pour Down By The Water -, lui fera recevoir le surnom de « diva du rock ». Son image passe de trash/riot/sex à beaucoup plus habillée/maquillée – parfois à outrance, surjouant la femme fatale. La musique devient théâtre, pas si loin du grotesque.

Ma sélection : To Bring You My Love, et Send His Love To Me. Et bien sûr Down By The Water.

The Dancer peut aussi être trouvé dans une version très « flamenca », que je vous refile également (ma générosité me perdra).

[audio:http://xavier.borderie.net/blog/wp-content/uploads/2009/03/pj-harvey-rare-22-the-dancer-acoustic.mp3]

Côté vidéos, ça s’est déjà nettement amélioré. Bon, bien sûr nous avons celle de Down by the Water, assez graphique et introduisant le look « rouge à lèvres outrancier » de la miss, mais aussi C’mon Billy et Send his Love to Me.

Arrive le temps des collaborations, à commencer par son apparition remarquable dans l’album Murder Ballads de ce dernier, sorti en 1996. Tout le monde a retenu Where the Wild Roses Grow en duo avec Kylie Minogue (chanson qui incidemment a bien boosté sa carrière tout en lui donnant une crédibilité musicale indie que Confide In Me, malgré toutes ses qualités, n’offrait pas), mais vous souvenez-vous du duo PJ-Nick sur Henry Lee, avec la tout aussi superbe vidéo ? Très simple mais très puissante, les amants de l’époque s’y regardent au plus profond des yeux, s’effleurent, se touchent et dansent… Moi j’aime.

Avec John Parish à la composition, elle écrira et chantera en 1996 les textes de Dance Hall at Louse Point, qui n’est pas vu comme faisant partie de la discographie de PJ mais comme une collaboration, dont on retiendra quand même That Was My Veil (tiens, je découvre qu’il en existe une vidéo). Pour PJ, cet album reste la source d’une énorme progression dans son écriture et son travail vocal.

Autre résultat de collaboration, cette fois avec Eric Drew Feldman en 1997 pour la compilation Lounge-a-Palooza, une superbe reprise de Zaz Turned Blue. A l’origine une création du groupe Was (Not Was) avec Mel Tormé, la différence entre les versions est énorme, et la reprise, étrangement peu « lounge » vu le titre de l’album, voit PJ chanter dans trois registres différents, déjà… Superbe. Je vous recommande d’écouter d’abord la version originale avant la reprise de PJ, afin de mieux apprécier le travail accompli – et comprendre qu’au final, la version lounge, c’est l’originale…

[audio:http://xavier.borderie.net/blog/wp-content/uploads/2009/03/zaz-turned-blue-polly-jean-harvey-eric-drew-feldman.mp3]

Is This Desire? (1998)

Is This Desire?
Is This Desire?
Avec 4 albums en 3 ans, il faudra attendre 3 ans (1998) pour voir arriver un nouvel opus : après le succès de To Bring You My Love et la longue tournée qui a suivi, la miss s’est isolée chez elle. Elle en ressort avec un album à l’ambiance forcément plus intimiste, dans lequel on ne retrouve ni complètement la force de ses premiers albums, ni toute la théâtralité du précédent – même si certains titres s’en approchent, comme The Sky Lit Up ou Catherine. C’est à la fois totalement différent, et dans une certaine continuité.

Avec des mélodies et riffs toujours très justement placés, elle peut murmurer dans Electric Light ou The Wind tout comme elle peut hausser le ton dans Joy ou No Girl So Sweet, offrir une superbe balade au piano comme The River et produire un son très électro/trip-hop avec My Beautiful Leah

C’est selon moi un album qui résume parfaitement PJ Harvey, toutes ses approches du son, tous ses antagonismes, ses influences… Malgré cela ou par cette faute, l’album n’aura pas un très grand succès, tant critique que commercial. Les cons.

Deux titres (dur d’en choisir deux choisir ici encore) : je dirai The River et bien sûr le single A Perfect Day Elise, qui laisse présager de la suite.

Des vidéos, des vidéos ! A Perfect Day Elise, bien sûr, puis The Wind.

Stories from the City, Stories from the Sea (2000)

Stories from the City, Stories from the Sea
Stories from the City, Stories from the Sea
PJ revient clairement avec un objectif de succès critique et commercial pour cet album sortit en l’an 2000 : collaboration avec Thom Yorke (chanteur de Radiohead, alors au faîte du succès de la tournée pour OK Computer, et qui pouvait donc toucher n’importe quoi et le transformer en or), guitare réglée sur un son clair (plutôt qu’en distorsion), plein d’accords majeurs (joyeux, plutôt que mineurs, tristes bouh), on reste sous la barre des 4 minutes de musique pour chaque titre, tempos ni trop lents ni trop rapides, voix clair et sans hurlements (ou le minimum syndical)…

Taillé dans le roc de l’accessibilité, cet album peut difficilement déplaire aux fans de pop-rock simple, aux aficionados de PJ (et Radiohead, légions…) en attente de sa nouvelle volte-face après la noirceur du précédent. C’est beau, c’est mélodieux, ça bouge mais pas trop…

On pourrait croire que je targue PJ de faire dans le commercial, mais au contraire j’y vois une évolution sincère de ses envies, une approche qui lui correspond à ce moment présent. C’est effectivement un excellent album, qui mérite mille fois les hourras de la critique à son propos – et le très convoité Mercury Prize.

Quels deux titres, alors ? Je resterai dans la mélancolie pour le coup : We Float et Horses In My Dreams, paf.

Prends-toi ça au moral 🙂

Hop, les vidéos : Good Fortune, This Is Love, A Place Called Home. A regarder si ma sélection ne vous a pas semblé assez pop-rock 🙂

Uh Huh Her (2004)

Uh Huh Her
Uh Huh Her
Que fait-on quand on vient de sortir son album le plus acclamé depuis le début de sa carrière ? A voir Uh Huh Her, l’album suivant, on se demande si la réponse n’est pas « douter de soi, faire une petite dépression, et repartir de zéro ». Sans maquillage, sans artifice, sans vraiment de production.

Fruit encore une fois d’une longue gestation, PJ y joue tous les rôles – guitare, basse, piano -, ne laissant à Rob Ellis le soin d’ajouter des pistes de batterie qu’une fois l’enregistrement fait. Dry et Rid of Me sonnaient bruts de décoffrage ? Cet album reprend cette recette et pousse le potentiomètre jusqu’à 11.

Emblématique, le titre Who the Fuck? et ses réprimandes doublées de choeurs atonals, un « Get your dirty fingers out of my hair » à l’opposée du « I just want to sit here and watch you undress » que l’on entend dans la chanson This is Love de l’album précédent, Stories from the Sea…. De là à dire que sa vie sentimentale a pris un tournant entre les deux…

Bref, c’est souvent assez brutal, mais l’on n’y entend pas que de la guitare-brûlot, certaines pistes profitent d’un peu de guitare sèche, de clavier ou d’accordéon, voire de simili-violons pour The Slow Drug ou You Come Through.

Deux titres que je retiens : Shame et The Desperate Kingdom of Love. Et puis The Darker Days of Me & Him, tiens, pour la bonne bouche.

J’aurai bien ajouté The Letter, mais cela me permet de renvoyer vers la vidéo 🙂 Ensuite vinrent You Come Through, Shame et enfin Who The Fuck? (avec une sale pixelisation comme il le faut). Ca nous fait quand même 4 vidéos, pour un album pas facile d’accès…

White Chalk (2006)

White Chalk
White Chalk
Et nous voici en 2007, et une fois de plus son nouvel album ne peut être comparé au précédent, ou même aux précédents (pluriel, merci de suivre). Depuis le temps, les fans de PJ savent qu’il faut s’attendre à l’imprévu, mais cette fois encore la surprise, voire la claque, est au rendez-vous. L’album est produit par Flood et John Parish, sans que l’on ressente trop fortement leur présence – cela reste du pur PJ.

Terminées les guitares enflammées, terminée la batterie sèche, terminés les hurlements et les feulements : la miss a composé une bonne partie de l’album au piano (instrument qu’elle a découvert pour l’occasion), et est allé chercher son chant dans les tessitures les plus aigües. PJ Harvey délaisse ici les salles de rock pour faire de la musique de chambre, intimiste et presque feutrée, tout en gardant des paroles assez sombres/dérangeantes. Même la couverture de l’album donne à penser que la miss a plongé son inspiration dans un autre siècle.

Un album très particulier, qui demandera au fan peut-être autant de temps d’adaptation que son prédécesseur, mais qui en vaut peut-être plus la chandelle au final. Moins brutal que Uh Huh Her, White Chalk n’en devient peut-être que plus effrayant – et donc magnifique.

Sélection personnelle : The Piano et The Devil, comme ça, mais les titres excellents sont nombreux… Before Departure, The Mountain, When Under Ether

Vidéothon : The Piano, When Under Ether. Et puisque vous avez lu jusque-là, un inédit qui a sa vidéo officielle : Evol (a priori peu à voir avec l’album éponyme de Sonic Youth).

La courbe

Quid, donc, de cette fameuse courbe promise depuis le titre ? Simplement, j’ai voulu représenter ces différentes facettes de la carrière de PJ avec des données chiffrées, et donc une courbe. Le plus dur à été de décider des valeurs de y (en x, bien sûr, les années). Dureté / douceur ? Calme / furie ? Force / fragilité ?

Comment classer un album par rapport aux autres ? Au début, c’est facile, mais vers la fin… White Chalk est plus feutré que Stories…, et pourtant moins commercial, plus difficile d’accès car toujours très tourmenté, donc au final… Pas simple. Faut-il ne garder que son impression propre de l’album en tant que tout, ou devrait-on prendre en compte l’intention de l’auteur ?

C’est d’autant plus dur qu’en définitive, les thèmes abordés par PJ dans ses textes restent largement connexes, et donc les albums de ce point de vue gardent une certaine continuité. Dès lors, peut-on qualifier un album uniquement par rapport à sa musique / son interprétation, ou doit-on garder en vue l’écriture ?

Sans pour autant chercher à répondre, l’intérêt de cette courbe pour moi est de prévoir un peu à quoi pourrait ressembler le prochain album. Vu le passé avec White Chalk, on imagine le prochain teigneux à souhait, peut-être encore plus rude de Uh Huh Her, ou un retour aux sources de Dry/Rid of Me, pourquoi pas ? Ou simplement, un album très rock, simplement un poil plus grunge que Stories from the City…, tout en gardant l’aspect assez commercial absent des deux derniers albums.
Ou alors, l’hypothèse trop facile, une replongée dans les méandres de la saturation, peut-être pas aussi fort que Uh Huh Her, mais assez profond néanmoins… Cela reste peu probable je pense, car trop prévisible désormais.
Dans tous les cas, je m’attend à des guitares qui crachent.

Voici donc la courbe, selon moi. Au final, chacun mettra ce qu’il voudra dans les y, on a compris ce qu’ils signifiaient… Je mets Dry comme niveau de base, à zéro, et place les autres albums par rapport à cette base.

Courbe de PJ

Discuss.

En concert au Grand Rex

Tout ce que je vous raconte, et mon intérêt pour la PJ, je le dois à ma demoiselle, grande fan devant l’éternel :

  • c’est elle qui m’a parlé de la version live de Rid of Me, parce qu’elle était au premier rang de l’Olympia ce soir-là, contre la barrière ; que cette chanson lui a alors laissé un souvenir impérissable ; notamment du fait qu’elle n’a pas pu supporter les coups de semonce de la foule dans son dos sur la chanson suivante, This Wicked Tongue ;
  • c’est elle qui m’a parlé de la version flamenca de The Dancer , parce qu’elle l’a chantée en trio avec Salomé et Ansaphone (je crois), avec Matthieu Z. à la guitare, lors de la mise en place des Nepasavaléennes, premières du nom (mondieumondieu, 2001, quelle année !) ;
  • c’est elle qui m’a parlé de Zaz Turned Blue et de sa ligne vocale particulière ;
  • c’est elle qui m’a fait adorer Plants and Rags.

La vraie fan, c’est elle – je n’ai fait que retranscrire ses divines paroles afin de les partager avec la plèbe bêlante et vociférante que vous êtes – et reprendre ces paroles à mon compte, aussi, oui.

De fait, imaginez la déception quand elle découvre, mais un peu tard, que son concert solo au Grand Rex est déjà complet, deux jours après la mise en vente des billets. C’est affreusement cher (79 euros!), mais PJ Harvey en solo au Grand Rex, ça ne se rate pas – même si c’est aussi cher que Björk qui se la raconte à la Sainte Chapelle (en 2001, là encore, décidément)…

Nous étions déjà allés la voir lors de son passage au Zénith (avec Graham Coxon en première partie ! Ainsi que deux autres groupes insignifiants), et la distance combinée avec le mauvais réglage sonore nous avaient rebutés. Mais là c’est solo ! Au Grand Rex ! Sans première partie (a priori) ! Et vu l’album (White Chalk), ça promet d’être très intîmes ! MUST GO !

Que faire dans ce cas-là ? On fouille sur eBay, pardi ! Après une première tentative pas trop chère mais pas trop bien placée, avortée pour cause d’erreur de jugement et de sniper de dernière seconde, on trouve deux places « Carré d’Or » abordables. Le combat fut rude, et nous nous en sortons pour presque deux fois le prix de base (!!!), mais nous avons les places !

« Carré d’or », je ne savais pas trop ce que ça voulait dire exactement (d’ailleurs impossible de trouver une définition précise sur le Net), mais je l’ai appris : ces places chères payées nous donnaient droit à deux places au deuxième rang de la fosse ! L’avantage d’être aux pieds de l’artiste sans l’inconvénient des barrières dans les côtes… Pour vous donner une idée de la situation, un petit schéma…

plan-grand-rex

But wait, there is more! Non seulement nous étions très bien placée par rapport aux pauvres (ou radins, c’est selon), mais en nous installant, nous découvrions la disposition des instruments sur la scène :

photo-disposition

Dans les faits, nous étions idéalement placés : nous avions toujours une vue parfaite de PJ, qu’elle se trouve au piano ou à la guitare. Ca se présente bien ; nous trépignons d’impatience.

S’éteignent les lumières, et elle arrive, dans une robe équivalente à celle de la poche de White Chalk, mais noire. Ca change l’argent de sa robe très échancrée sur laquelle bavait Bernard Lenoir en 2001.

J’allume mon appareil photo pour film : je n’étais pas là en 2001 pour surkiffer Rid of Me en première chanson, mais si elle refait un coup pareil ici, je veux graver se souvenir (numériquement parlant).

Elle s’avance donc seule avec sa guitare, se la cale sur l’épaule et la règle, et lance le riff de To Bring You My Love. Vociférations de la salle, puis dans un silence d’église, la chaire de poule…

If you can see this, then you might need a Flash Player upgrade or you need to install Flash Player if it's missing. Get Flash Player from Adobe.

Suivit pendant une heure et demie un concert assez exceptionnel, non seulement parce que solo, mais surtout parce que la diva du rock n’a pas été avare de paroles :

  • Vanter les mérites des (il est vrai excellents) sièges du Grand Rex, « in fact if I was one of you I might even nod off – even at my own show! » avec son accent du Dorset, juste avant d’entamer When Under Ether au piano ;
  • Avant de se lancer dans Angelene : « Very often when I’m writing songs at home, they start off as very simple things, with very… unfashionnable drumbeats with them, and… So, as I’m playing on my own at the moment, I’m using some of the original forms of the songs with the funny little drum patterns that they started with, so… You get a taste of how they ever began life. » ;
  • Enchaîner Angelene et Beautiful Leah sur le même motif de boite à rythmes : elle lâche la guitare, se dirige vers le clavier à droite de la scène, change quelques réglages, attrape une baguette en bois qui servira pour frapper l’unique cymbale pendant la chanson… L’impression d’entrer dans son studio personnel, avec tous ses jouets à portée de main… Concert intimiste, on vous dit ! « I brought my own disco for that song.« , elle tape sur machine qui ne veut pas s’arrêter, « Stop it! It’s my portable disco, it’s a lot cheaper than renting one. » ;
  • Elle présente Nina in Ecstacy : « This is a lovely little song, I didn’t realise how much I liked untiil 10 years after I wrote it. So it was actually put down on a b-side, and now it has become one of my favorite things. So I’m going to play this for you. » ;
  • Tandis qu’LN et moi nous regardons avec un « totally worth it » extatique après avoir entendu Shame, elle se lance soudainement dans une version de Snake assez brutale et surprenante, voire choquante dans le cadre de ce concert – the rock’n’roll is strong with this one… ;
  • Problèmes de cheveux assez amusants juste avant Big Exit, « There are some… bugs, insects on the loose in my hair, falling in my face! Hang on! Where’s Ian? » Survient le roadie, et sous les sourires de la salle, « Can you just hold it at moment? » en lui tendant sa guitare et en se farfouillant dans son impressionnante composition capillaire pour la faire se maintenir en place, « I haven’t got a mirror up here, I don’t know if it looks funny, I can feel falling over my head! » Un cri dans la foule pour la rassurer, et elle enchaîne. Une fois la chanson terminée, elle en rajoute une couche sur tout l’arrangement de sa coiffure et de sa robe, « It seems so much more elegant on [Days of our Lives?!].  The actual truth is you can’t really move any other way, ’cause the materials don’t allow it » ;
  • Elle lâche sa guitare pour s’installer sur une chaise (non sans replacer mainte fois sa robe), et prendre un instrument peu courant : une autoharpe. Parce que l’objet est assez lourd, elle place une petite serviette sur sa cuisse, qu’elle nous montre (voir la photo de Rober Gil) : « This does actually have a function. It’s call my ‘cat mat’, and it’s to stop the end of the autoharp going into my leg, which is what happens. It’s ‘the cat mat’ because it says, ‘Bigger cats are dangerous‘, that’s the tiger, ‘but a little pussy never hurt anyone‘. That’s the little pussy there« , montrant du doigt le dessin en souriant, et la salle de rire et d’applaudir. Le premier titre joué à l’autoharpe est le magnifique Down By The Water, réinterprété de manière sympathique, puis Grow Grow Grow ;
  • Rid of Me, finalement, pour la première chanson du premier rappel. Je ne vous mets pas la vidéo, car je trouve cette version inférieure à celle du Zénith de 2001, mais n’hésitez pas à insister… ;
  • Pour The Piano, elle s’assied, découvre sa jambe (sifflements appréciateurs) et s’en explique : « This is for a reason too: I have to see where my foot is going on this machine. I’m not just showing you my leg. As much as I would like to. » ;
  • Second rappel, elle ne sait pas quoi chanter, puis jouer Horses in my Dream – que je n’ai pas eu en vidéo (ou si peu), et je m’en mords les doigts.

Ceux qui veulent peuvent écouter l’intégralité du concert sur la radio du site français pj-harvey.net (ça m’a d’ailleurs bien aidé pour me remémorer tout les instants du concert), mais je vais me permettre de vous refourguer une sélection parmi les vidéos que j’ai prises (toutes ne sont pas en ligne).

When Under Ether
If you can see this, then you might need a Flash Player upgrade or you need to install Flash Player if it's missing. Get Flash Player from Adobe.

Angelene
If you can see this, then you might need a Flash Player upgrade or you need to install Flash Player if it's missing. Get Flash Player from Adobe.

Big Exit
If you can see this, then you might need a Flash Player upgrade or you need to install Flash Player if it's missing. Get Flash Player from Adobe.

Down by the Water
If you can see this, then you might need a Flash Player upgrade or you need to install Flash Player if it's missing. Get Flash Player from Adobe.

Quelques autres reviews ici, ou et .

Allez, et pour maximiser les mots-clefs dans Google, la set-liste complète :

  1. To Bring You My Love ** ¤
  2. Send His Love To Me ¤
  3. When Under Ether **
  4. The Devil ¤
  5. White Chalk
  6. Mansize * ¤
  7. Angelene **
  8. My Beautiful Leah *
  9. Nina In Ecstasy *
  10. Electric Light
  11. Shame * ¤
  12. Snake
  13. Big Exit **
  14. Down By The Water ** ¤
  15. Grow Grow Grow
  16. The Mountain
  17. Silence
    ————
  18. Rid Of Me * ¤
  19. Water * ¤
  20. The Piano * ¤
  21. The Desperate Kingdom Of Love ¤
    ————
  22. Horses in my dreams ° ¤

* : les chansons que j’ai en vidéo ;
** : les vidéos que j’ai mises en ligne ;
° : bouhou juste une vidéo de 2 secondes, batteries de merde.
¤ : fait partie de ma sélection ! 10/21 ! 🙂

Et maintenant ?

Attendons son prochain album pour vérifier mes dires ! Cela étant je me rends compte que je ne prends pas trop de risque en fin d’article, là où au début je disais « Ma théorie est que cette volte-face est de plus en plus violente avec le nombre des années – et des albums. » Comme quoi en 2 ans une théorie peut s’émousser…

Addenda du 22 mars : nouvel album bientôt dans les bacs !

A Woman a Man Walked By
A Woman a Man Walked By
Bon, cela depuis le début du mois que je suis au courant de la sortie prochaine du nouvel album de PJ, intitulé A Woman a Man Walked By, dont la sortie est prévue le 30 mars (il était temps que je termine cet article !). Le petit coquinou a même sa page Wikipedia, et le premier single, Black Hearted Love, est disponible en ligne depuis pfiouloulou…

Qu’en dire ? Il s’agit d’une nouvelle collaboration avec John Parish, suivant le même principe que Dance Hall at Loose Point : musiques par John, textes par PJ. On retrouve Eric Drew Feldman aux claviers (ce qui, vous l’aurez compris, est une bonne chose), ainsi que Flood à la production. Ces trois zigotos ont déjà oeuvré sur White Chalk. De fait, on a l’impression qu’elle a en ce moment envie de revivre ses années 95-97 (TBYML en 95, DHALP en 96, ZTB/LAP en 97) – et ma foi, ce n’est pas moi qui vais la blâmer – mais ce sera pour un autre article 🙂

Dire également que je n’ai même pas eu l’heur d’écouter le fameux single (il n’est pas sur Spotify, bouh !), mais en traduisant Wikipédia on découvre qu’il serait « …espiègle, sérieux, élégant et poétique, et doté d’une puissance brutale – il est peu probable que vous entendrez cette année un album aussi débordant de maestria créative et d’inventivité musicale », ou encore « un ensemble de contes populaires, de chansons funéraires et de chansons où l’amour est comme piégé, enchevêtré… génial. » A priori, ça ressemble à album qui irait sur partie supérieure de mon graphique…

Justement, qu’en tirer comme conclusion vis-à-vis de ma mirifique théorie ? Les plus attentifs parmi vous aurons noté que je n’ai pas inclu DHALP dans mon graphique. En effet, PJ en a certes écrit les textes, mais j’estime que ma théorie ne peut tenir que si elle compose également. Notons par ailleurs que l’album fait moins de 40 minutes (exactement 38 min 07 s, soit 1 minute 47 de moins que DHALP 13 ans auparavant), mais reste plus long que White Chalk (33 min 57). Ce n’est pas encore aujourd’hui que PJ nous remplira un CD en entier (pour rappel, 74 minutes).

Je déclare donc cet album indemne face à ma prophétie (enfin, le contraire est plus vrai), et j’attends toujours le prochain album purement pjharveysque.

Hop, comment s’en tirer avec une pirouette ! 🙂

(photos et scans de cet article en provenance de jphuntley.co.uk et pj-harvey.net)