Retour(s) sur un plaidoyer

Jeudi. Depuis une semaine que mon rédac-chef, Jérôme, a décidé d’instaurer au peu plus de prévision dans les papiers que j’écris (à savoir, il décide à l’avance du thème général, à moi ensuite de me débrouiller avec), mes journées commencent plus sereinement : je ne me réveille plus en me demandant « mais de QUOI je vais bien pouvoir parler aujourd’hui, bon sang de bois ? »
Aujourd’hui, donc, c’est marqué dans le fichier Excel : « Standards Web ? » Très bien, un sujet qui me tient à cœur (ainsi qu’à Jérôme), et pas beaucoup de papiers sur le JDNet qui en parle : je vais me lâcher un peu.

La matinée se passe : recherche et rédaction de news, mise à l’épreuve du nouveau dont je m’occupe un peu. J’ai commencé le papier : j’ai mis le titre, « De l’intérêt des standards Web ». C’est décidé, ce ne sera pas un « tutoriel » habituel, pas beaucoup de code, je vais m’essayer au pamphlet, allégories et prosopopées à l’appui. Je préviens Jérôme : ce sera « fleuve ». J’en bave presque.
Déjeunons.
Retour un peu tardif, allez zou, écrivons-le, ce papier qui fera date, « De l’intérêt des standards Web », ça c’est du titre qui inspire, ça, je…
Je…
Bon, ok, je ne sais pas par où commencer, je vais laisser tomber la recherche d’inspiration avec « intérêt standards Web » dans Google, je vais faire comme d’hab’, limite écriture automatique, je me lance, advienne que pourra.

Bon, voilà, l’intro est faite, j’ai réussi à placer la DreamWeaver Task Force, bon, bon.
Tiens, vivons dangereusement : « mais quel intérêt ? » C’est bon ça coco, ça se pose à la place du lecteur béotien en la matière, wé. Tiens, et tant qu’à se mettre à sa place, autant répondre à ses questions : je vais regrouper les intérêts par groupe, à la fin, ça fera la partie « tutoriel ».

Bon.

Je suis bloqué. Bon, j’ai posé mes questions, un peu trop même tant ça contrebalance l’article, il me faudra un truc qui ramène les choses au bon sens, genre une métaphore, ouais, c’est bon ça, les métaphores…
Tiens, paf : l’Académie Française, pômèl, c’est un peu la même chose, en un sens. Ooooh, even better, il y a le mot « recommandation » dans la page du rôle de l’Académie, allez zou, jte paye l’analogie qui le fait, yes man.

Bon, j’me suis p’tet un peu lâché sur l’analogie, mmmh… Re-contrebalançons : je vais jouer l’avocat du diable, et finir sur la dernière partie tutoriel, et de toute façon il est 17h, grouillons mon garçon : « mais, une fois de plus, quel intérêt ? » Là est la question.

Rhâh, 17h40, ‘faut que je me dépêche si je veux envoyer le papier à Jérôme, qu’il le relise/corrige, que je le mette en ligne, et que je mette à jour la page d’accueil et le flux RSS, rontudjuu…

Viteeeuh, dire des trucs pour l’intérêt par catégorie… rhâh, trop de trucs à dire, pasletempspasletempspasletemps, grmbl fuckit.

Hop, voilà, 18h15, in extremousse, le papier est mailé, à Jérôme d’agir, je relis à l’aide de Word, trop tard pour faire dans le détail (oui, Jérôme sera le premier à le dire : je relis mal).

Bon.

18h30, no news, bad news. C’est que j’aimerai être parti pour 18h45, moi, histoire d’avoir mon train…

18h40, je vais à son bureau, là-bas. Ok, il est content que j’ai fait un gros papier, effectivement pas eu le temps de le relire encore, mais bon, je peux le mettre en ligne, il le relira après mon départ. On reste donc 10 minute à discuter du titre et du chapo, lui préfère « Plaidoyer pour les standards », plus vendeur. Je trouve ça un peu « messie », mais puisqu’il faut vendre, vendons.

Je retourne à mon bureau, je mets en ligne, je pars l’âme légère : mission accomplie.

Le reste de la journée n’appartient qu’à nous deux (non, pas toi, ami lecteur, mais Elle)…

Jôurnal, quel matin! Entre les « viagra pills », « growth patch » et « next of kin » se trouve un mot encourageant, d’un certain Temesis, sympô. Je ne résiste pas à l’envie de cliquer et lire mon texte… qui ma foi a bien changé depuis hier. Certaines tournures, le second passage « quel intérêt » viré… Wow, mais ça, j’avais pas vu, ça veut rien dire… Et puis, sapristouille, ça manque de cohésion quand même, mince.

Jérôme m’a envoyé deux mails hier soir, après avoir relu et, donc, corrigé. Needless to say, il n’est pas très satisfait, et je le comprends. Il passe me voir : il me dit avoir même été déçu du manque de consistance par endroits, et d’un fil conducteur. Oui, l’écriture automatique, ça se remarque.
Je lui parle des exemples que je n’ai pris le temps d’inclure mais qui feraient bien, comme ce papier de ALA, sur la « standardisation » de Slashdot, d’autres liens qui bien placé feraient bon effet. J’ai du boulot pour la journée, comme toujours, mais je lui dis que si j’ai le temps en fin de journée, j’ajouterai ces exemples.

Comme de bien entendu, je n’ai pas eu le temps, et je devais partir presto… Grmbl, l’article sommeillera pendant le week-end…

Prédisant un retour, je vais voir le Standblog, qui m’avait auparavant encensé au-delà de ce que je croyais possible : no surprise, le ton de Tristan n’est pas des plus enthousiaste, et le seul point qui lui semble d’importance est celui pour lequel j’ai voulu faire ce papier au départ : il n’y a avais pas de la sorte sur le JDNetDev, qui avec ses millllllliers de lecteurs, se doit de porter la saine parole, à défaut de la bonne en l’occurence…
Dans les commentaires, les critiques tapent là où j’ai déjà vu le mal. Le plus virulent est Denis de Cybercodeur, qui lui, me semble -t-il, est moins tenu par l’enthousiasme de rigueur pour chaque papier parlant des standards : il me descend en règle. Il a raison.

Lundi, donc. La newsletter part ce soir, et c’est elle qui ramène le plus de visiteur : il faudrait donc que l’article soit amélioré d’ici ce soir.
Mais j’ai toujours mon quota de choses quotidiennes à faire, et je cours toujours après le temps, et vient mardi. et mercredi. et demain jeudi.

J’ai commencé à rédiger cette note dimanche dernier, après avoir vu les critiques bien fondés de mes observateurs. Par manque de temps, je l’ai continué ici et là, chez moi, quand j’y étais. Je voulais y expliquer les raisons de ce ratage, et propose une sorte de RFC pour cet article qui est déjà Googlisé.

Fire away.

« Failure is always the best way to learn
Retracing your steps until you know
Have no fear your wounds will heal »

– Kings of Convenience, « Failure »

7 réflexions au sujet de « Retour(s) sur un plaidoyer »

  1. Il est très agréable de lire une tranche de vie journalistique ! En plus dans ce contexte, où nous sommes quelques uns à avoir suivi quelque peu l’affaire.
    Ton style « vécu » est plaisant aussi.

    Encore :o)

  2. Je comprends maintenant pourquoi les journalistes médiocres sont si mauvais, quand je vois les affres dans lesquelles pataugent les bons 😉

  3. Hummm… je savais depuis le début que je regretterais d’une certaine manière de te reprendre sur ce coup là et c’est justement pourquoi j’ai tant hésité avant d’en parler. Je ne pouvais être 100% enthousiaste et pourtant, j’aurais tant aimé l’être à la lecture du plaidoyer du JdN. Bien placé pour savoir que l’article serait reçu avec une certaine critique par la communauté évangéliste, je l’ai abordé moi-même d’un oeil critique. Trop peut-être, considérant le public visé qui n’est pas majoritairement composé d’experts. C’est un point sur lequel je ne me suis pas assez appuyé à la lecture de ton billet et rétrospectivement, je comprends tout à fait le contexte.

    Tous ceux qui ont un jour été relus et (mal) coupés par un réducteur en chef vous le diront ! La critique est facile et l’art, difficile ! 😉

    Jerome et toi aviez donc flairé les mêmes faiblesses que nous. C’est donc dire qu’elles étaient réelles. Dans d’autres cas, j’aurais pu démolir les textes sans trop de remords. Ici, avec le tien, je n’ai eu aucun plaisir à le faire, même après avoir enfilé une douzaine de paires de gants blancs. Comme on dit, qui aime bien châtit bien !

    Premièrement j’hésitais parce que je tenais à saluer l’effort de ton article qui à priori, donnait beaucoup de visibilité aux standards. Cette fenêtre inespérée et appréciable, malgré quelques dérapages, demeurait positive pour l’internaute moyen s’initiant par le fait même aux standards du Web et qui n’était pas forcément habileté à faire la part des choses ou à noter les inexactitudes…

    Deuxièmement, parce que je respecte l’ampleur du travail que tu abats sur une base régulière. Je sais à quel point produire du contenu peut être difficile et exigeant certains jours. À lire ton post-mortem, je constates que tu étais justement sur un de ces jours, probablement conscient qu’une meute d’enragés (ça c’est nous) serait là pour évaluer.

    Parfois, à trop vouloir forcer un texte, le résultat qui en sort n’est pas à la hauteurs de nos espérances. Enfin, je suis content de voir ce « behind the scene » qui en dit beaucoup sur le contexte de production du plaidoyer.

    J’espère seulement (et c’est ce qui justifiait ma réticence initiale) que cette mésaventure ne sera pas une raison suffisante pour ne plus aborder le sujet.

    Au plaisir de te relire sur ce sujet ou un autre et sans rancunes j’espère !

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