Bootleg

Depuis quand le mot « bootleg » signifie-t-il « un mix de plusieurs chansons en une seule » ?

J’ai entendu ce mot utilisé dans ce sens pour la première fois un soir, en écoutant Ouï FM. L’animateur nous promettait je crois une soirée avec plein de bootlegs mélangeant les genres. Je ne me souviens plus de la phrase exacte, mais on comprenait bien qu’il parlait du genre de choses que l’on entend chez 2manydjs : deux chansons en une seule.

Soit. Les animateurs radio ne sont pas réputés pour être au courant de ce qu’il s’est passé plus de 6 mois en arrière, donc p’tet qu’ils n’ont jamais échangé de chansons enregistrées en concert. Mais tout de même, on s’attend à ce qu’ils sachent ce genre de choses.

Et soudain, je reçois sur mon blog-test de la traduction de WP, un ping depuis un nouveau site. Très bien, je vais visiter, un petit groupe qui monte son site, magnifique, je parcours. Et paf, au détour d’un article :

[…] je me suis rendu sur le site de DJ Zebra. On y trouve quelques MP3 téléchargeables de ses bootlegs (des mix sauvages).

Allons bon, même les musiciens se mettent à comprendre « bootleg » dans ce sens !? Est-ce moi qui suis en tort ? Ai-je été dupé par tous ces titres de concerts que je téléchargeais j’empruntais à des amis proches de mon cercle famillial ? Diantre !

Farfouillons sur le Web. Le dictionnaire de answers.com me donne cette acception, entre autres :

n.

1. A product, especially alcoholic liquor, that is illicitly produced, distributed, or sold.
2. The part of a boot above the instep.
3. Football. A play in which the quarterback bootlegs.

adj.

Produced, sold, or transported illegally: bootleg gin; bootleg tapes.

Allons voir Wikipedia sur le même sujet :

The term bootleg can refer to:

* a bootleg recording, an otherwise unavailable musical (or video) recording distributed without the artist’s consent
[…]

Although not technically correct, the term is also used to refer to:

* a pirate copy, an unauthorised duplicate of material already commercially available, sold illegally for significantly less than the standard retail price

Voyons donc voir l’article « Bootleg recording » qui nous est proposé :

A bootleg recording is a video or musical recording, distributed for profit or other financial compensation, that was not officially released by the artist (or their associated management or production companies), or under other legal authority.

Bon sang de bois, j’ai donc raison ! Haha ! Ce qu’ils appellent « bootlegs », ce sont en fait de simples mixes, ou des « mashups » comme on les appelle de nos jours.

Mais pas complètement raison, en fait. Un peu plus bas dans ce dernier article, on trouve :

Bastard pop

Recently bootlegs have become the term for a style of remix, melding two or more music records into each other to make a new piece of music out of the old components. Among the most popular artists in this genre are The Freelance Hellraiser, Soundhog, Go Home Productions, Soulwax and Lionel Vinyl. These type of records area also referred to as mash ups or bastard pop.

Damn it ! Bootleg=mashup serait donc une évolution récente du sens ? Mais cela n’en a aucun, de sens ! Bon, évidemment, on peut postuler que la plupart des mashups sont illégaux, vu que les droits sont difficiles à atteindre (2manydjs auraient passé deux ans rien qu’à valider les droits pour leur premier album). En ce sens, un mashup est donc illégal le plus souvent, et donc se rattache effectivement à la définition d’illégitimité rattachée à bootleg.

Cependant, chez moi, « bootleg » correspond moins à une musique diffusée illégalement qu’à un concert enregistré côté public. Je vais donc rester très conservateur (oui, venant de moi, surprenant, je sais), et considérer l’utilisation de « bootleg » dans le sens « mashup » comme une bastardisation de l’acception. Et la boucle est bouclée, vu qu’un synonyme de mashup est « bastard pop », pif paf hop, tout ce que je viens d’écrire est inutile.

Enfin bref, asi es mi vida loca.

Mise-à-jour mercredi 7/12 :
Bon, j’ai dû prendre la voiture hier soir, et j’ai donc eu l’occasion d’écouter sans vraiment le vouloir Zebra Mix, qui à ce que j’ai compris est l’émission de Ouï FM dédiée à ces « bootlegs ». L’animateur m’a gratifié de 15 minutes d’un mashup très divers et varié, issus de l’album « Drixxxé is not a DJ ! Pt. 3« . 15 minutes. Imaginez, à la longue, y’en a marre, même si on se prend à penser « ptin, il mixe ça et ça, la vache », au bout de 10 minutes on attend que ça se finisse.

D’ailleurs, une partie entière du mashup est dédiée à « Are you gonna be my girl » des Jets, qui suit de peu et en toute bonne logique « Lust for Life » d’Iggy Pop, ce me semble. Bah croyez-moi ou pas, j’ai cru que c’était l’animateur radio qui avait eu l’intelligence de faire suivre le multimix de Drixxxé par la chanson des Jets. Que nenni ! Le mix continue, et un sample de la chanson des Jets est utilisé un peu plus loin. À ce moment là, je m’attendais quasiment à entendre « In the mood » de Glenn Miller, précédé du fameux « Come on ev’rybody co-co-come on ev’rybody ! » de la chanson « Let’s Twist Again » de Chubby Checker.

Et là, la grasse à touché de son doigt boudiné mon front adipeux : bon sang, mais c’est bien sûr ! Toutes ces histoires de mashups, de A vs B, de « bootlegs » et autres mixes plus ou moins réussis, c’est tout simplement un retour à la mode de notre CD préféré des années 80 : Jive Bunny and the Mastermixers, The Album ! Le mix longuet de Drixxxé est d’ailleurs l’illustration la plus parfaite (même si y’a probablement du boulot derrière, mais merci la fonction beat-mapping d’Acid/Ableton, mmmh ?) : tout ça, en fait, c’est du medley, ni plus ni moins, et je rejoint donc l’avis de Sheila dans les commentaires de ce post.

J’ai alors continué ma route, le coeur léger, sachant qu’une fois de plus le recyclage prévaut, et qu’il n’y a finalement rien de neuf sous le soleil…

petit rajout
Ah, et avec ce nouveau post, je sort enfin celui à propos de la saison 2 de Lost de ma page d’accueil. Hourra ! Enfin, je n’aurai plus des centaines de fans de base qui tomberont sur mon site en cherchant « lost saison 2 » ou « résumé lost saison 2 » ou « kate sawyer sexe lost » ! Libre, je suis libre, plus de Lost en page d’accueil !

euh… ah mais non, je viens de… rhâh… bon, tant pis.

7 réflexions au sujet de « Bootleg »

  1. Les bootlegs ou les mashup, ne sont-ce point des medleys ?

    Bien vu, et je pense que je te rejoins sur cette idée.

    -x.

  2. Bonjour,
    Déjà musicien c’est peut être beaucoup dire – nous débutons, et le but principal est de s’amuser O:) (bon en ce moment, je serai plus dans la config de WordPress à mort – le thème n’est en particulier pas DU TOUT fini)

    Bref. Mon article a été écris suite à la lecture d’un Télérama qui parlais justement du nouveau sens donné au mot « bootleg ». J’avais précédemment en tête qu’un bootleg était un morceau rare et pas officiellement diffusé, éventuellement enregistré en concert ou lors de répétitions studio. Pour preuve, de nombreux albums parus (et de non moins fameux, on peut citer Nirvana ou Morcheeba) allaient dans ce sens (sans mauvais jeux de mot O:) ). Il semble cependant bien que le terme ait été repris pour parler d’un mix particulier : mélange de 2 chansons. Comme vous le notez on retrouve ce terme employé dans ce sens à de nombreux endroits aujourd’hui…

    Je vais compléter l’article pour prendre en compte votre remarque.

    Bien cordialement
    (et milles bravo pour le travail de traduction !!)
    piR

    Voui, il semble effectivement que le nouveau sens donné au mot soit assez récent…

    -x.

  3. Au passage, un très bon album de mashups sera de nouveau disponible demain (et seulement demain) : American Edit, tout le dernier album de Green Day en mashups.

    Damn, j’ai raté le « demain », ‘faudra que je le télécharge ailleurs demande à un ami de me le prêter.

    -x.

  4. Salut.
    Bootlegs, mash-ups, mixs, medleys… quelle importance.
    Ce sont les anglais qui ont appelé ces créations (car il s’agit bien de véritables compositions la plupart du temps) « bootlegs », depuis que le style est devenu un phénomène popularisé sur internet, plus que par les DJs. En effet, on parlait de bastard pop en 2001-2002, à l’époque ou les 2 Many DJs ont popularisé le style, qui était une suite logique des mégamixs.
    Mais la 2e vague est arivée à la même époqie, quand des artistes de renom comme Madonna, Eminem, Misy Elliott, Destinys Child, Beastie Boys ont offert en téléchargement gratuit leurs acapelals sur leur site internet. Du coup, les créations qui en sont sorties n’étaient plus seulement destinées à être jouées par des DJs et radios, mais aussi à devenir des chansons pirates et illégitimes échangées par des internautes fans de musiques nouvelles. C’est donc le mot « bootleg » qui est devenu le plus approprié pour les désigner.
    D’autre part, les américains les appellent « mash-up », car il est risqué et interdit de diffuser des mixs pirates sur les radios là bas. Donc le mot « bootleg » est banni du langage (dixit Party Ben, l’animateur phare du mash up aux USA).

    Ce style peut être choquant, soulant, mais aussi stimulant. En tous cas, c’est sûrement le dernier bastion de la musique alternative, là ou les idées sont plus imoprtantes que le profit. Et c’est tellement plus respectueux qu’un simple enregistrement de concert pirate, qui est un vol pur et simple (avec souvent un mauvais son). Au moins, les « bootleggers » d’aujourd’hui ont un discours et une passion qui ont un sens dans le débat culturel moderne.

    Mmmh, j’hésite pour ma part à appeler cela de la vraie composition. Re-composition, peut-être, sens du rythme et des idées, sûrement, mais si ce ne sont pas tes boucles ou ta guitare, doute. Que les Anglais en soient les insitgateurs ou pas.

    Par contre, je comprends très bien que « bootleg » corresponde effectivement à cet aspect illégal de la chose. Cependant, historiquement, un bootleg, ce n’est pas ça, et réécrire l’histoire, même par pression populaire, c’est mal. Je ne savais pas pour « mash-ups » aux US, merci. Tu as l’air super pote avec Party Ben.

    En soi, l’idée des medleys n’est pas soûlante, mais 15 minutes de mix, moi ça m’a soulé : à la longue, il n’y a plus d’envie de découverte, plutôt « bon, on passe à autre chose ? » C’est pareil pour les medleys et autres. Selon moi, la force de ce mouvement réside dans le mélange de deux titres/artistes en totale contradiction. Le meilleur exemple que j’ai en tête, là tout d’suite, c’est celui qui mélange les Spice Girls avec Nine Inch Nails/Trent Reznor, hop je cherche le titre, « Closer to Spice« , avec la formidable phrase « I wanna huh… I wanna huh… I wanna huh… I wanna fuck you like animal ». Certes, maintenant que je le réécoute, la qualité de prod et de mélange est moindre que ce qui se fait maintenant, mais je pense que l’idée directrice qui devrait animer la création d’un mashup est avant tout la rencontre des contraires.
    Bon, maintenant, je ne m’y connais pas vraiment, je vais télécharger tout ce qu’il y a sur ton site et me tenir au jus (thank god for DownThemAll). Déjà, j’aime bien ton « Camille as you are« , d’abord dans l’idée, mais également dans le titre, bien entendu.

    Je passe sous silence ton affirmation du « dernier bastion de la musique alternative », et m’offusque de ta manière de traiter de vulgaires voleurs ceux qui enregistrent les concerts. Que je sache, et quand bien même il n’y aurait pas la même « créativité » parmi les bootleggers que les mixers d’aujourd’hui, on ne pourra jamais dire qu’ils n’ont pas un respect pour l’artiste, ni une passion pour ce qu’ils font, tant en ce qui concerne la technique que la diffusion. Les échanges au format Flac sont une des preuves d’un besoin réel de respecter au mieux l’interprétation originale, et d’en faire profiter le plus grand nombre possible. Je ne sais pas ce qu’il en était chez Billyzekick, mais au sein de tous les groupes que je connais, autant copier les enregistrements studio, c’est du vol pur et simple, autant diffuser les live, c’est largement accepté – ce depuis bien avant le Grateful Dead/Phish. Dans la plupart des cas, les bootleggers cherchent à diffuser les titres que les labels/artistes ne sortiront pas, ou ne veulent pas sortir : par essence, le bootleg n’est pas disponible dans le commerce, donc personne ne perd à ce qu’il se diffuse – bien au contraire.

    M’enfin bref. Mon idée par mon article original n’était pas de lancer un débat, mais bon, j’ai du temps à perdre 🙂

    -x.

  5. J ai également été amené a rencontrer cette terminologie lorsque j’ai… emprunté [du son] à des amis proches de mon cercle familial. Il s’agissait de la mixtape « West coast gangsta V.15 » de Yukmouth (from tha Luniz). Oui, c’est du rap californien. Non, ne me jetez pas de pierre s’il vous plait.

    Quoi qu’il en soit, pour ces derniers, le bootlegging consiste dans le fait de reprendre l’instrumental d’un hit rap et d’y poser ses propres lyriks. Cette démarche permet à notre ami Yuk, qui ne passe pas sur MTV, de sortir plusieurs double CD chaque année. Par contre, je ne saurais pas vous dire si, effectivement, les compilations ont été commercialisées. J’avoue que, même chez les disquaires spécialisés, cela me semble très peu probable.

    J’espère que ma digression hip hop n’a pas été pas totalement hors de propos et que vous ne me taxerez pas d’hérésie.

    Much Luv/Peace Out All Y’All


    Hip-hop y’a bon, donc no problème. Merci pour cet autre exemple.

    -x.

  6. En hip hop, suite à ce que vient de dire Faheerthug, reprendre le beat de qqn pr poser ses propres lyrics, on appelle aussi ça une « face B », de fait non-déposable (et du coup non- commercialisable) puisque le beat appartient à qqn d’autre. A ne pas confondre avec le sample, où l’on reprend seulement un bout du beat et pas dans sa totalité.

  7. Après tout, ce n’est que de la terminologie, tout est amené à changer….

    …Par exemple « Mediocre » est aujourd’hui considéré comme péjoratif, alors qu’a l’origine cet adjectif était plutot positif, il s’utilisait pour décrire un « juste milieu ».

    …Nous utilisons TOUS beaucoup de termes dévoyés, c’est ça une langue vivante !!!

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