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Musique technologies

Soundtracking sur Amiga : passion, explications et exemples

Temps de lecture : 13 minutes.

Le 1er avril 2019, je tweetais :

Je me suis fait un petit « trip down memory lane » 1🎵Ce petit chemin, qui sent la noisè-è-teuh 🎶 Amiga ce matin, du coup j’ai envie d’écrire sur le sujet, pour les gens qui n’ont pas connu ce merveilleux monde. Cela me donnera l’occasion de partager une sélection de démos qui m’ont marquées, et une sélection de modules du même tonneau.

Note : ceci est une mise-en-blog de trois diatribes 2Ou « threads », comme disent les jeunes de nos jours. Twitter que j’ai commencées en avril 2019, et que j’alimentais quand me venait l’inspiration. 3Ça a duré 3 jours…
Il est grand temps d’en faire un article digne de ce nom. Si vous me suivez sur Twitter malgré mon compte privé, vous pouvez retrouver ces contenus dans trois threads : le principal, celui dédié aux modules, et celui dédiés aux démos.

Note 2 : ce n’est pas la première fois que j’aborde le sujet de la musique sur Amiga sur ce blog. En 2009, je faisais déjà un article sur le soundtracking, que je pensais même être le premier d’une longue lignée. 4J’étais jeune, j’étais fou.
Et
effectivement, je retrouve dans mes brouillons la seconde partie, écrite apparemment en 2011, qui aborde l’histoire de la musique dans la jeux vidéo ! Que d’ambition ! Du coup je l’ai publiée telle quelle, avec les manques et les trous — il ne faudrait pas que tout cela se perde 🙂

Pourquoi cette nostalgie musicale ? Parce qu’entre 1989 et 1997 5Estimation Ipsos/Cofinoga., quand d’autres mettaient leur radio ou K7 préférée pendant leurs devoirs du soir, moi je lançais mon Amiga (500 puis 1200) pour mettre un fond sonore. 6Dans la série « Dis que tu avais une télé dans ta chambre sans dire que tu avais une télé dans ta chambre… » 7Disons-le tout de go, ça n’a pas forcément amélioré mes notes au collège/lycée…

Un truc comme ça. Actuellement stocké dans le grenier parental, au grand dam de maman. Non maman, si tu me lis, tu ne peux toujours pas jeter ces cartons ! Merci ! 🙂

Donc, le soir venu, face à l’énoncé du devoir à rendre pour le lendemain, soit je lançais une démo 8Une « oeuvre multimédia », pourrait-on dire aujourd’hui. (ou un music-disk), soit je lançais le logiciel ProTracker 2.3d 9Ou 3.15, chacun ses goûts, je ne juge pas., afin de charger l’un des nombreux « modules » provenant de ma vaste collection 10Acquise à la dure, au fil des années, à force d’envois et réceptions des disquettes PAR LA POSTE, messieurs-dames, oui, je n’ai pas honte à le dire : j’étais… un swapper ! Si..

La démo « Celebration » du groupe norvégien IT, sortie en 1989, et accessoirement la première démo qu’il m’ait été donnée de voir, faisant partie du lot de disquettes vendues avec l’Amiga que mes parents m’ont offert à l’époque (j’étais bon élève au collège, oui).
En fait de démo, il s’agissait surtout d’un « music-disk » (au clic droit de la souris, un menu s’ouvrait avec une sélection de 6 musiques, dont 4 par Walkman, dont nous reparlerons bientôt…), ce qui était bien pratique vu que les musiques bouclaient…
Pour vous donner une idée des temps qui change, cette démo Amiga de 1989 occupait une disquette de 880 ko, tandis qu’en 2009, en 4 ko (!) et sur PC, on a Elevated de RGBA.
Vous me croyez si vous voulez, mais cette interface m’était très familière fut un temps. Aaaaah, 1993…

Parfois même, je lançais simplement cet Util-Disk (une disquette pleine de logiciels piratés, oui oui — on voit ici notamment Deluxe Paint III), juste pour entendre la musique du menu de sélection que j’aimais bien, composée par Titan.

Un module, c’est un fichier musical dans le monde du soundtracking. Ce fichier englobe à la fois la « partition » (une suite de « patterns » de notes, nous y reviendrons 11Vous avez teelllement hâte, je le sais.) et les instruments (de tous petits fichiers audio 12Tout pitis pitis.).
Et, parce que why not?, l’extension du fichier était au début d’icelui : mod.Cant_Get_Enough, mod.Hymn_To_Yezz, mod.Consert_In_Space (sic), etc.

J’entends la foule clamer « Oh oui Xavier, épate-nous avec des musiques faites à base d’échantillons 8 bits sur 4 voix, et des graphismes en 32 couleurs ! » Patience, patience, nous y voilà.


Première démo à voir : évidemment, la gigantesque « Desert Dreams » du groupe danois Kefrens, sortie en 1993, gagnante de la demoparty The Gathering ’93. Oui, ça dure 13 minutes 13Et ça tenait sur deux disquettes. 1413 minutes, c’est déjà une bonne durée, mais la moyenne pour une démo de bonne facture oscille entre 5 et 10 minutes. D’autres sont bien plus longues, comme « Odyssey » du groupe Alcatraz en 1991 qui dure 44 minutes du début à la toute fin, sur 5 disquettes. .

Chose rare : le code, certains graphiques, et surtout toute la musique ont été créé-e-s par Anders Emil Hansen, alias Laxity. Un vrai polymathe ! 15D’ailleurs, votez avec moi pour ajouter Alexandre Astier à cette page ! Je veux dire, le mec est musicien, conférencier, acteur, homme de scène, réalisateur, homme éloquent, et il influence une palanquée de geeks à l’humour douteux depuis plus de 15 ans.

Il va falloir commencer un glossaire, sans doute. Pour le moment, reposons-nous sur Wikipédia : démo, démoparty, The Gathering 16Ne pas confondre avec The Gathering \m/, ’93.


Premier module : l’incontournable « Klisje Paa Klisje » 17Anecdote : on m’avait dit (sur RTEL…) que le titre voulait dire « Pas à pas » en norsk, ce qui me semblait bien aller avec l’approche de ce module, qui comprend de nombreuses parties.
Arrivé en 2019 et avec les outils de traduction en ligne aujourd’hui disponibles, je crois comprendre que c’est plutôt « Cliché sur cliché », ou « Une succession de clichés ». Bon, c’est moins poétique, mais ça montre l’humilité de l’auteur 🙂
par le norvégien Tor Bernhard Gausen, alias Walkman18Je vous avais bien dit qu’on allait reparler de lui./Cryptoburners (« x/y » signifiant « x, membre du groupe y » dans la démoscène).

https://www.youtube.com/watch?v=u9S0MC8nKRc
(pas moyen de l’inclure dans la page, vous devez cliquer…)

Je découvre aujourd’hui que cette musique vient de la démo « The Hunt for Seven October« , réalisée par le groupe Cryptoburners en 1990. Cette démo est sympathique mais n’est pas restée dans les mémoires, à la différence de la musique qui elle est devenue légendaire dans le milieu. 19D’ailleurs tout le monde est à fond sur « Klisje Paa Klisje » (KPK.MOD pour les intimes — et les pécéistes), mais j’ai une préférence de snob français pour « Sonate To Her » du compatriote Cyril « Chrylian » Jegot, dont je vous ai fait une capture pas plus tard que ci-après. L’hommage semble assez clair (intro piano, multiples parties, guitares rock), j’aime bien.


Je dois prévenir, ne soyez pas choqué-e-s par la qualité du son des modules (c’est à dire, les fichiers musicaux) que je vais partager dans cet article : le format date de 1987, et bien que très innovant à l’époque, plus de 30 ans d’évolution logicielle plus tard ces modules sembleront un peu ridicules. 20Surtout les premiers modules produits sur Soundtracker, utilisant les si-caractéristiques sons de ST-01, à commencer par le tout premier module au format Soundtracker : Amegas.

Quelques détails sur le fonctionnement d’un module, parce que vous êtes ici pour lire des choses passionnantes :

  • Chaque note de la gamme (do, ré, mi, etc.) d’un son (piano, par ex.) vient d’un seul échantillon (ou sample), joué à différentes vitesses pour changer la tonalité. Un sample joué lentement donnera une note grave ; joué rapidement, il donnera une note aiguë.
    Typiquement, un sample est créé avec la note do par défaut, donc pour faire un ré, il faut lééégèrement accélérer la lecture du son, et ainsi de suite pour un mi, un fa, etc.
    Alors oui, je vous vois venir : du coup, si on veut jouer le si qui termine l’octave, voire si on veut monter d’une octave (le do suivant, etc.), le son dure moins longtemps. Réciproquement, si on descend d’une octave, le son durera plus longtemps — mais ses défauts seront plus apparents. La solution ? Avoir un son différent pour le do de chaque octave — mais ça prend de la place !
    Une astuce : un sample peut-être défini comme « bouclé » dans l’outil : au lieu de s’arrêter à la fin du fichier, il reprend à son début (ou à un endroit pré-défini), en boucle. Un loop bien conçu peut ainsi durer indéfiniment malgré un fichier audio initial très court.
  • La puce audio de l’Amiga, baptisée Paula, ne propose « que » 4 pistes seulement, en pseudo stéréo (deux pistes à gauche, deux pistes à droite). Une seule note par piste pouvait être jouée à chaque instant.
    Je dis « que 4 pistes », car pour l’époque c’était énorme, et surtout l’Amiga mettait à portée 21Portée, hoho ! Vous l’avez ? de toutes et tous l’équivalent des outils professionnels du moment, à un prix grand public !
  • Un « pattern » comprend donc 4 pistes (channels), avec chacun un maximum de 64 positions (de 00 à 63, ou de 00 à 3f pour les fans d’hexadécimal). Pourquoi 64 positions et pas 42 ou 50 ? Question de taille et de code binaire, sans doute : 63 en décimal, c’est 11111 en binaire (et donc 3f en vous-savez-quoi). Une position de plus dans le pattern et on arrive à 10000 en binaire, ce qui nécessite un bit de plus de stockage par position pour toutes les positions suivantes 22Si j’ai bien compris. J’ai sans doute mal compris.. Au final, je n’ai pas vraiment trouvé la raison en ligne…
    Mais aussi, on s’y retrouve élégamment avec la mesure du temps ou la valeur des notes d’une portée musicale ! Souvenez-vous de vos cours de solfège 23Et de clavecin, bande de bourgeois. : une ronde vaut 2 blanches, une blanche vaut deux noires, une noire vaut deux croches, une croche vaut deux double croches, etc. Si on reprend, cela nous donne : 1 ronde = 2 blanches, mais également 1 ronde = 4 noires, 8 croches, 16 double croches, 32 triple croches et enfin, 64 quadruple croches. En somme, on peut placer 64 quadruple croches sur un pattern complet… ou une blanche 24Si j’ai bien compris. J’ai sans doute mal compris. 🙂
    Bon, clairement je pense que c’est plus dû à du bon vieux binaire qu’à du bon vieux solfège, hein.
  • Un sample n’est pas compressé, et le format standard de l’Amiga est le IFF 8SVX (Interchange File Format 8-bit Sample Voice, créé par Electronic Arts 25EA avait également créé le format graphique IFF ILBM, et le fameux Deluxe Paint pour aller avec.), avec un longueur maximale de 128 ko en 8 bits. Mais les samples des trackers utilisaient rarement le 8SVX, plutôt le format brut (RAW), avec les mêmes propriétés.
    De nos jours, le format Opus par exemple peut monter à 510 kbit/s et 48 kHz, en multicanal. Bref, aujourd’hui c’est mieux. 26Vous l’aurez compris : je n’y capte rien.
    Avec le temps, chaque groupe a créé son propre compresseur de modules (NoisePacker, ProRunner, etc.), pour obtenir un net gain d’espace sur la disquette.
  • Seulement 32 samples possibles en tout dans un module Amiga de type ProTracker.

Bien sûr, le rendu sonore d’un module n’a pas la qualité d’un fichier mp3, même de l’époque. Mais le fait d’utiliser des samples courts et rejouables à l’infini avait un grand intérêt : l’espace disque. « Klisje Paa Klisje » dure 13 minutes, son fichier pèse 219 ko (contre 4,6 Mo pour une conversion mp3). Ça laisse de la place pour du code et des graphismes — et de fait, ce format a été très rapidement adopté dans le monde des jeux vidéos, à une époque où tout devait tenir sur une disquette de 880 ko, et 512 ko de mémoire !
Avant cette révolution du tracker, l’univers sonore des jeux était soit limité à des sons synthétique, ou « chiptune » (le « blip blip » de la machine — mais beaucoup plus passionnant qu’il n’y paraît 27Si, si ! J’ai hâte de vous parler des formes d’onde : sinusoïdale, triangulaire, carrée, dents de scie… Haaaa !), soit à un seul sample très court (ça prend beaucoup de place un sample !), donc qui boucle toutes les 20 secondes, par exemple.

Les samples peuvent être joués tels quels, bien sûr, mais les trackers permettent d’y ajouter des effets, ce qui est ‘rôlement chouette didon, car cela permet de manipuler/modifier le son « en direct » (sans modifier le sample).
Chaque ligne peut être configurée avec un effet et une valeur d’effet : volume, vibrato, glissando, etc. Un effet peut également agir sur le pattern plutôt que sur le sample : vitesse de lecture (BPM), saut de position (passer au pattern suivant avant la 64e ligne), etc.
Si aucune note n’est jouée, l’effet s’applique sur le son en cours de lecture.

Prenons un exemple sur cette capture d’écran récupérée sur le net.

Voyez ci-dessus la ligne 43, avec G#106C20 à la deuxième colonne (ou piste). La notation G#106C20 se découpe en G#1, 06 et C20 :

  • G#1 : le sample est joué en sol dièse (G# en notation anglaise) de la 1ère octave. Sol bécarre (sans le dièse), ç’aurait été G-1. Un module est limité à 3 octaves, de C-1 à B-3 (do première octave à si 3e octave). 28Pas de notation pour le bémol, je sais, vous êtes déçu-e-s.
  • 06 : le numéro du sample en hexadécimal (donc ici, le 23e sample du fichier musical).
  • C20 : l’effet « C » de ProTracker, avec la valeur 20 (en hexadécimal toujours). C permet d’indiquer le volume auquel le sample doit être joué. Valeur minimale 00, maximale 40 : grosso modo, on est à la moitié du volume initial du sample. Simple ! 🙂

Si on regarde d’un peu plus près les position avant et après notre G#106C20 sur l’image ci-dessus, on constate deux choses :

  • L’instrument n°6 est quasiment toujours utilisé, mais également le n°4.
  • Toutes les lignes de l’instrument 6 utilisent une valeur différente de l’effet de volume C, et une tonalité différente également.
E-2 04 000 - Instrument 4, mi 2e octave, sans effet.
G#1 06 C10 - Instrument 6, sol dièse 1ère octave, volume à 10.
F-2 06 C30 - Instrument 6, fa 2e octave, volume à 30.
G#1 06 C20 - Instrument 6, sol dièse 1ère octave, volume à 20.
C#2 06 C1A - Instrument 6, do dièse 2e octave, volume à 1A.
G#1 06 C0F - Instrument 6, sol dièse 1ère octave, volume à 0F.
F-2 06 C15 - Instrument 6, fa 2e octave, volume à 15.
G#1 06 C0A - Instrument 6, sol dièse 1ère octave, volume à 0A.
E-2 04 000 - Instrument 4, mi 2e octave, sans effet.

Ce 4e instrument joué à la même note sans effet, j’imagine facilement un grosse caisse (de batterie, n’est-ce pas), et du coup le 6e instrument, avec ses divers volumes, pourrait-il être des variations sur la cymbale charleston (« hi-hat » en anglais) ? 29Vérification faite : ah non, c’est du chiptune. Appuyez sur Envoi pour écouter. Oui, c’est un tracker complet dans votre navigateur, oui.


On comprendra mieux avec un exemple : observez par exemples l’intro du module « Boesendorfer P.S.S. » par Romeo Knight (l’allemand Eike Steffen). Il ne contient que des samples d’un piano (de marque Bösendorfer ?), chacun étant enregistré à une octave différente pour avoir un meilleur rendu sonore lorsqu’ils sont joué à diverses vitesses, pour faire toute une octave proprement :


Une pause, avec « Voyage » de Razor 1911, sortie pour The Party ’91 :

Cette démo dure 15 min 42 s, et comprend quelques scènes assez poétiques pour l’époque, et surtout une seconde partie avec une musique par le duo Tip & Mantronix du groupe Phenomena (on y reviendra sûrement30Ou pas.) !


Un exemple de module cousu main avec de effets bien discrets mais qui donnent une ambiance folle, c’est « Melonmania » par Audiomonster (le français Raphaël Gesqua), en 1992.

La démo d’où vient ce module, en passant : S.O.S., par le groupe Melon Dezign. 31Oui oui, y’a même eu un groupe « concurrent » nommé Lemon. …
Et si vous remontez voir la démo Desert Dream au début de cet article, la première scène consiste en une attaque des pyramides de Gizeh par un vaisseau alien qui lance… un melon 🙂 Les « bagarres » entre groupes étaient fréquentes sur la démoscène, ça permettait de motiver les troupes à faire mieux que ceux d’en face 🙂

Pour le coup je vous ai fait une petite vidéo où je joue chaque piste séparément, afin de se rendre compte du travail d’orfèvre.

Quatre canaux seulement : de la contrainte naît la créativité ! On est en plein OuMuPo 🙂


Vous me direz, ça reste atroce comme manière de composer : ‘faut taper G#106C20 et autres chaque fois qu’on veut insérer une note ?!? On est où, là, dans une formule Excel ? Pourquoi ne pas avoir simplement utilisé le solfège ?

Réponse : le solfège n’est pas simple, justement. Il reste incompréhensible pour 90% de la population. Remplir une partition dans logiciel, c’est la plaie.

Oh, le solfège a bien été essayé, comme avec Deluxe Music Construction Set (Electronic Arts, 1987), mais ça n’a pas pris : la foule voulait enchaîner des notes, pas deviner ce qu’est une double croche.

D’où le succès immédiat des trackers, le premier étant Ultimate Sountracker, écrit par l’allemand Karsten Obarski et publié par EAS en 1987. 32Enfin, « succès immédiat », ‘faut le dire vite : commercialement ce fut un échec car le logiciel était trop instable et l’interface trop « geek » pour les « vrais musiciens ». Mais le concept a été repris par nombre de copieurs et pirates, qui ont sortis leurs propres versions, chacune avec son lot d’améliorations : Noisetracker, ProTracker, SoundFX, OctaMED, etc. Musicalement, le tracker a été omniprésent tant dans les jeux vidéo que dans les démos, pendant longtemps — et continue jusqu’aujourd’hui avec Renoise.

Avec les trackers, la saisie de notes se fait grâce au clavier de l’Amiga, « mappé » sur 2 octaves. Mirez, mirez :

J’ai tenté de vos donner une représentation simple de ce mapping clavier, avec http://keyboard-layout-editor.com.

Le décalage des touches du clavier place même les touches noires comme sur un piano ! Facile !

Donc non, créer sa séquence ne se faisait pas laborieusement, genre saisir « G#106C20 » touche après touche, appuyer sur Envoi pour passer à la ligne suivante, et recommencer, comme dans un fichier Excel (youhou!).
Pour obtenir un sol dièse, il suffit d’appuyer sur la touche 6 du clavier de l’Amiga : Soundtracker insère alors la note correspondante (G#1), pour l’instrument sélectionné (06), puis passe à la ligne suivante, sans mettre d’effet (donc par défaut, G#106000). Hop, on peut saisir la note suivante !

Donc, on sélectionne un sample, on se place sur la piste, et on enchaîne les notes au clavier, qui s’inscrivent les unes après les autres. Besoin d’un saut de ligne ? Flèche en bas. Une fois les notes en place, il sera temps d’ajouter des effets – et cette fois, oui, ça se fait à la main, mais on a accès à tous les outils de copier/coller qui facilitent la vie. 33Je ne découvre ce manuel que maintenant, ça m’aurait TELLEMENT fait gagner du temps à l’époque !


(pause dramatique)

C’est ici que se terminait mon thread, en avril 2019.

J’avais prévus bien des tweets suivants dans mon petit fichier texte, mais le premier de la série me turlupinait. Le voici :

En reprenant les concepts de séquences (patterns) et d'échantillons (samples, joué à différentes vitesses pour simuler l'ensemble des notes), concepts introduits par le Fairlight CMI Series II et son séquenceur Page R (1982), Obarski a mis un outil très cher à la portée de tous.
page_r.gif + Soundtracker18zymoxs.png

Les images, les voici :

Et moi de me dire : c’est quand même fou que Karsten Obarski, un allemand alors inconnu (et malheureusement oublié depuis) ait été seul pour faire un tel saut entre le Page R du Fairlight CMI Series II et son Ultimate Soundtracker, entre le hardware et le pur software, entre la workstation et l’ordinateur familial.

Je me base sur la page Wikipédia pour « Music Tracker » pour écrire cela (il faut bien dire qu’avant de la lire, j’ignorais même l’existence du Fairlight CMI) :

The general concept of step-sequencing samples numerically, as used in trackers, is also found in the Fairlight CMI sampling workstation of the early 1980s.

Le paragraphe immédiatement après me confirme que j’ai sans doute raison de douter :

Some early tracker-like programs appeared for the MSX (Yamaha CX5M) and Commodore 64, before 1987, such as Sound Monitor, but these did not feature sample playback, instead playing notes on the computer’s internal synthesizer.

Plaçons deux citations, pour faire intelligent :

Alors, qui a inspiré Karsten Obarski ? Et à son tour, cet élément inspirant s’est-il inspiré directement du Fairlight CMI, ou y a-t-il tout un arbre généalogique à remonter ? Voire… plusieurs branches parallèles, à la manière de Charles Darwin et de Alfred Russel Wallace découvrant indépendamment la théorie de l’évolution par la sélection naturelle ? 36Brillez lors des cocktails en ville grâce à mon blog !

C’est ce que je me propose d’explorer avec vous dans la seconde partie de cet article — qu’il me reste à rédiger et mettre en page dans WordPress ! Mais je peux déjà vous dire que la forme sera différente (une enquête à base de témoignages), et qu’on va voyager, à la fois dans le temps et sur Terre 🙂

Rendez-vous dans… rhôh allez, dans un mois ou deux ! 37Aucuns doigts croisés dans mon dos, nononon.

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amusant Musique

À propos des batteurs

Temps de lecture : < 1 minute.Toute mon enfance, on m’a appris à croire que les batteurs étaient inoffensifs.

Exhibit A : Roger Taylor, de Queen

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Exhibit B : Lars Urlich, de Metallica (3e en partant de la gauche)

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C’était plutôt clair. Je me mettais à la guitare, et elles étaient toutes pour moi.

Puis, en 1989, sur son album Sarbacane, Francis a commencé à faire flancher l’édifice :

[audio:http://xavier.borderie.net/blog/wp-content/uploads/2013/03/cabrel-rosie.mp3]

Enfin, en 2002, la goutte qui fait déborder le vase : Wilco et sa chanson Heavy Metal Drummer :

[audio:http://xavier.borderie.net/blog/wp-content/uploads/2013/03/wilco-hmdrummer.mp3]

JE NE SAIS PLUS QUI CROIRE !!

Ajouté le lendemain :

…et tout d’un coup, je comprends pourquoi j’ai été bassiste dans tous mes groupes :

jpeg

(Tiré de la série « I Hate my Teenage Daughter », s01e02. Extrait YouTube)

(back2blog, jour 4/10)

 

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Musique offline photos

Amon Tobin – ISAM 2.0

Temps de lecture : 4 minutes.Après avoir raté ses deux passages précédents à Paris, et n’en avoir entendu que de bonnes choses, je me devais d’aller voir Amon Tobin et la mise en scène de son dernier album. Pour bien faire, et parce que j’aime bien être accompagné, je m’en suis servi comme cadeau d’anniversaire pour mon frère. Hop !

Amon Tobin est un DJ, ou plutôt musicien électro. Ses albums sont des petits bijoux de travail sur le son et l’ambiance, le tout avec des rythmiques impressionnantes, partant souvent dans le breakbeat. Après Foley Room, un album aux sonorités très organiques, son dernier album, ISAM, fait la part belle au travail du son et de l’ambiance, laissant un peu de côté les samples de batterie.

Il n’y a rien de plus ennuyant que de voir un DJ mixer, donc tous les artistes électro s’entourent d’écrans et de jeux de lumière pour emporter la foule plus facilement. Mais là, ISAM n’est pas vraiment un album « dansant », donc il fallait quelque chose de plus visuel…
Pour la tournée de cet album, Amon Tobin a travaillé avec une équipe de designers (V Squared Labs et Leviathan ; en coulisse) pour créer un environnement de formes cubiques blanches, sur lesquelles sont projetées des images créées spécialement pour l’album. Après le succès de la tournée de 2011-2012, nouvelle tournée avec une installation deux fois plus grande sur la scène (si j’en crois le site officiel, 8m de large pour 4m de haut et 2,5m de profondeur ; « a stunning 25′ x 14′ x 8′ multi-dimensional/ shape shifting 3-D art installation »).

J’ai découvert Amon Tobin vers 2000-2001, avec son album Supermodified. 13 ans après, il était temps de le voir en live. Et on l’a vu.

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Après une heure à jouer les titres d’ISAM en parfaite synchronisation avec les effets visuels bluffant, courte pause pendant laquelle Amon sort du cube central où on l’apercevait par moments pendants le concert, afin de saluer le public. Cela permet de se faire une idée de la taille de l’installation

En phase avec la thématique des visuels, il est habillé en astronautes. Il devait avoir chaud là-n’dans.

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Puis il retourne dans son cube, et repart pour une grosse demi-heure de concert, cette fois avec des visuels moins synchronisés, mais il se fait plaisir, entre ambiance et breakbeat. Les projecteurs, situés au fond de la salle, reprennent le travail…

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Entre les basses beaucoup trop fortes et le fait que je ne me sois pas vraiment intéressé à ISAM (l’album), j’ai passé le concert à m’émerveiller du spectacle, sans vraiment reconnaître un titre en particulier.

Amon ressort de son vaisseau, cette fois habillé en civil. Il nous remercie, et nous indique du doigt : encore un titre. Retour dans sa cabine, et là : Horsefish, tiré de Foley Room. Du coup, j’ai filmé ça :

(back2blog, jour 3/10).

 

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cool Musique offline

The Nodz – « Totem Animals »

Temps de lecture : 3 minutes.J’ai reçu un courrier mystérieux.

Bon, fondamentalement, tout courrier reste mystérieux tant qu’on ne l’a pas décacheté. C’est d’autant plus vrai de nos jours, où les lettres de type épistolaires s’envoient électroniquement, avec l’expéditeur clairement indiqué en en-tête du titre dans n’importe quel GMail, Outlook ou Thunderbird.

Là, pour commencer, c’était un courrier PAPIER, qui par ailleurs n’avait pas été envoyé par ma banque ou le centre des impôts. Imaginez ma surprise. Ensuite, au verso de l’épaisse enveloppe, l’expéditeur : « Rabeat’s Cage », surplombant une adresse à Montreuil. Allons bon.

Ouvrons-la, voulez-vous ? Une forte odeur de chambre humide et de refermé m’arrive aux narines, et je trouve ça :

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The Nodz. Un groupe de p’tits jeunes parisiens, que je suis de loin en loin depuis quelques années, simplement parce que je connais l’un de leurs guitaristes, Mathieu, depuis des années. Il fait partie de la marmaille de La Garancière, sur la plage de La Londe, chaque été. De gamin roux et potelé, il est devenu une grosse baraque avec une coupe (rousse) afro-style qui me rendrait jaloux si je n’étais pas déjà chauve, et bien sûr il joue sans doute mieux de la guitare que moi. Tiens, pour la coupe de cehveux, appréciez la photo (signée !) ajoutée à l’envoi :

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Yep, Mathieu, c’est le mec au milieu. Sans vouloir attendre que le temps fasse son office sur leur capillarité, ces jeunes freluquets se sont lancés totalement dans la musique, avec un projet solide. Quelques chansons, plusieurs concerts, un EP, et l’envie de concrétiser tout ça avec un album.

Forcément autoproduits, ils se prennent (si je ne déforme pas mes souvenirs) deux ans pour réaliser cet album et faire que la foule en parle. Pendant cette année, ils investissent la « Nodzerie », une maison abandonnée sur un terrain familial (je crois), et écrivent, composent, répètent, enregistrent… Pendant deux ans, ils ont envahi cette maison, et sans doute qu’elle les a inspirés à plus d’un titre.

J’ai pas l’air vraiment au courant, comme ça, hein ? Alors pourquoi m’envoyer cet album ? Parce qu’en juin dernier, ils ont lancé un appel à contribution financière sur Octoo, du crowdfunding comme disent les vieux, pour pouvoir terminer le mixage de l’album, et payer le mastering et le pressage des premiers CDs. J’ai mis mon obole, car c’est à ça que servent les amis, même de vacances, et en février, j’ai reçu un courrier mystérieux : leur album, terminé.

Et l’odeur de chambre humide et fermée en ouvrant l’enveloppe, c’est la pochette de l’album, faite à partir de papier peint provenant le Nodzerie.

The Nodz : http://www.thenodz.com/
Facebook : https://www.facebook.com/Thenodz

thenodz-papierpeint

(back2blog, jour 2/10)

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Vote on the rocks et les concerts à messages

Temps de lecture : 4 minutes.Ce dimanche soir je suis allé aux concerts sous la bannière « Vote on the Rocks », organisés avant tout par Kémar Gulbenkian de No One Is Innocent, et réunissant plusieurs groupes de rock dans l’idée de rappeler que voter est plus que jamais important (dixit Kémar : « voter peut gravement nuire aux sales idées ! »).

Les groupes réunis ne sont pas les moins importants de la scène française, ni les moins politisés :

  • The Hyènes, projet parallèle de Denis Barthes et Jean-Paul Roy, respectivement ex-batteur et ex-bassiste de Noir Désir ;
  • Deportivo
  • Eiffel
  • No One Is Innocent
  • Les Fatals Picards
  • Têtes Raides

C’était tout bonnement excellent : j’y allais principalement pour Eiffel que j’aime beaucoup, mais les prestations de No Is Innocent et surtout Deportivo m’ont enthousiasmé, tout comme ils ont retourné La Cigale avec tout l’esprit d’un bon concert de rock, sueur et hurlements.

Comme il se doit, j’ai filmé quelques titres, et j’ai diffusé aussitôt celui qui reste le plus actuels malgré son âge : L’Iditenté, à l’époque une collaboration entre Têtes Raides et Noir Désir, et ce soir sur scène les Têtes Raides étaient accompagné de Soan (ce me semble) — j’attendais ce titre et me demandait si Bertrand Cantat allait faire une apparition pour l’occasion, étant par ailleurs très proche des Hyènes (forcément) et d’Eiffel. Non, et tant mieux sans doute : les potentiels articles du lendemain auraient surtout parlé de ce « retour » que du message qu’il fallait faire passer.

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Mais justement, le message. J’ai annoncé sur Facebook que j’allais à ce concert (je suis beaucoup plus politisé sur Facebook que je ne peux l’être dans la vie ou sur Twitter ; sans doute un besoin de transmettre certains messages à une tranche différente de mon entourage), et j’ai reçu le commentaire suivant :

Mouais, je suis sceptique sur le « ah bah je vais voter parce qu’un chanteur me l’a dit dis donc ». Si le citoyen a besoin de ce détour, c’est inquiétant. Dans l’antiquité « On reconnaissait le citoyen à ce qu’il avait part au culte de la cité, et c’était de cette participation que lui venaient tous ses droits civils et politiques. Renonçait-on au culte, on renonçait aux droits. » dixit le TLF. Maintenant moi jdis ça, jdis rien.

J’ai pris le temps de répondre, et je me suis dit qu’il serait dommage que cela reste confiné aux murs de Facebook. Dont acte :

Il est évident que ceux qui comme moi sont venus à ce concert savaient déjà l’importance de voter avant même de prendre leur place. Moi ni personne d’autre n’est venu pour écouter un chanteur nous conter l’importance de voter aux prochaines élections — même si ce fut le cas, évidemment, mais c’est très accessoire : autant prêcher un convertit.

L’intérêt de réaliser une telle soirée, et d’en faire un succès (la salle était comble, les concerts excellents, le public enthousiaste), c’est de faire parler. Du succès de l’évènement, de l’importance des groupes acceptant de participer, découle une possibilité de faire parler de soi dans les médias, au pire par un court filet annonçant l’évènement, au mieux par des interview, voire des journalistes sur place, et avec de la chance une diffusion demain pendant 15 secondes au journal de 20h. La cible première, ce ne sont pas les spectateurs, ce sont les médias — et à travers eux les non-votants. L’idée, ce n’est pas de prêcher sa paroisse, c’est de faire passer le message aux absents qui ont baissé les bras politiquement mais qui se sentent encore l’âme « rock ».

Un concert caritatif sert rarement à convaincre les spectateurs de changer leurs idées, mais avant tout à ce que les médias parlent dans leurs pages de la cause défendue. Les Solidays, les concerts de Enfoirés, les Tibetan Freedom Concerts, les Live Aid : l’un des principaux objectifs de ces festivals est de dire « N’oubliez pas ! », et de faire en sorte de voir son message repris par les médias, et lu par le plus grand nombre. Telle est notre société, et le jeu qu’il faut jouer.

En 1999, j’étais allé à Amsterdam pour participer au Tibetan Freedom Concert, monté depuis plusieurs années par Adam Yauch des Beastie Boys pour défendre la cause tibétaine, et cette année organisée sur 4 continents. J’y allait bien sûr principalement pour Thom Yorke, chanteur de Radiohead qui faisait un petit set acoustique accompagne de Jonny Greenwood, mais il y avait nombre d’autres excellents groupes à voir (Garbage, Ben Harper, Joe Strummer, Alanis Morisette…).
A la fin du concert, me dirigeant avec mon groupe de fans de Radiohead vers ce qui allait être une nuit compliquée, j’ai croisé une journaliste qui posait des questions aux spectateurs qui ressentaient le besoin d’exprimer leur joie d’avoir pu voir leur groupe préféré. Au moment où je passais, elle posait la question « En quoi pensez vous que ce concert a aidé la cause du Tibet ? » Voyant que les réponses étaient faiblardes et me sentant inspiré, je me suis approché et lui ai dit directement (je paraphrase et idéalise, bien évidemment)  « Cela dépend de vous. C’est vous qui aurez un impact sur la cause du Tibet, en fonction de la manière dont vous écrirez votre article sur cet évènement. Quel angle choisirez-vous ? Mentionnerez-vous la cause du Tibet à vos lecteurs ? Ce sont les médias et leurs reportages qui auront un impact, nous nous n’avons fait qu’écouter de la musique. »
Sur le coup je n’étais pas peu fier de moi, et me rappelle m’être éloigné dès ma phrase terminée, ambiance cowboy. Mais de ressortir le même argument presque 15 ans après, je suis content d’être toujours aussi peu dupe sur le rôle des médias. Et je m’arrête là car je me donne l’impression d’être un donneur de leçons.

C’était une excellente soirée avec des très très bons concerts (bien que trop courts, avec des intermèdes trop longs). Et toi qui me lis et qui reste indécis ou a baissé les bras : va voter.