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Soundtracking sur Amiga : passion, explications et exemples

Temps de lecture : 13 minutes.

Le 1er avril 2019, je tweetais :

Je me suis fait un petit « trip down memory lane » 1🎵Ce petit chemin, qui sent la noisè-è-teuh 🎶 Amiga ce matin, du coup j’ai envie d’écrire sur le sujet, pour les gens qui n’ont pas connu ce merveilleux monde. Cela me donnera l’occasion de partager une sélection de démos qui m’ont marquées, et une sélection de modules du même tonneau.

Note : ceci est une mise-en-blog de trois diatribes 2Ou « threads », comme disent les jeunes de nos jours. Twitter que j’ai commencées en avril 2019, et que j’alimentais quand me venait l’inspiration. 3Ça a duré 3 jours…
Il est grand temps d’en faire un article digne de ce nom. Si vous me suivez sur Twitter malgré mon compte privé, vous pouvez retrouver ces contenus dans trois threads : le principal, celui dédié aux modules, et celui dédiés aux démos.

Note 2 : ce n’est pas la première fois que j’aborde le sujet de la musique sur Amiga sur ce blog. En 2009, je faisais déjà un article sur le soundtracking, que je pensais même être le premier d’une longue lignée. 4J’étais jeune, j’étais fou.
Et
effectivement, je retrouve dans mes brouillons la seconde partie, écrite apparemment en 2011, qui aborde l’histoire de la musique dans la jeux vidéo ! Que d’ambition ! Du coup je l’ai publiée telle quelle, avec les manques et les trous — il ne faudrait pas que tout cela se perde 🙂

Pourquoi cette nostalgie musicale ? Parce qu’entre 1989 et 1997 5Estimation Ipsos/Cofinoga., quand d’autres mettaient leur radio ou K7 préférée pendant leurs devoirs du soir, moi je lançais mon Amiga (500 puis 1200) pour mettre un fond sonore. 6Dans la série « Dis que tu avais une télé dans ta chambre sans dire que tu avais une télé dans ta chambre… » 7Disons-le tout de go, ça n’a pas forcément amélioré mes notes au collège/lycée…

Un truc comme ça. Actuellement stocké dans le grenier parental, au grand dam de maman. Non maman, si tu me lis, tu ne peux toujours pas jeter ces cartons ! Merci ! 🙂

Donc, le soir venu, face à l’énoncé du devoir à rendre pour le lendemain, soit je lançais une démo 8Une « oeuvre multimédia », pourrait-on dire aujourd’hui. (ou un music-disk), soit je lançais le logiciel ProTracker 2.3d 9Ou 3.15, chacun ses goûts, je ne juge pas., afin de charger l’un des nombreux « modules » provenant de ma vaste collection 10Acquise à la dure, au fil des années, à force d’envois et réceptions des disquettes PAR LA POSTE, messieurs-dames, oui, je n’ai pas honte à le dire : j’étais… un swapper ! Si..

La démo « Celebration » du groupe norvégien IT, sortie en 1989, et accessoirement la première démo qu’il m’ait été donnée de voir, faisant partie du lot de disquettes vendues avec l’Amiga que mes parents m’ont offert à l’époque (j’étais bon élève au collège, oui).
En fait de démo, il s’agissait surtout d’un « music-disk » (au clic droit de la souris, un menu s’ouvrait avec une sélection de 6 musiques, dont 4 par Walkman, dont nous reparlerons bientôt…), ce qui était bien pratique vu que les musiques bouclaient…
Pour vous donner une idée des temps qui change, cette démo Amiga de 1989 occupait une disquette de 880 ko, tandis qu’en 2009, en 4 ko (!) et sur PC, on a Elevated de RGBA.
Vous me croyez si vous voulez, mais cette interface m’était très familière fut un temps. Aaaaah, 1993…

Parfois même, je lançais simplement cet Util-Disk (une disquette pleine de logiciels piratés, oui oui — on voit ici notamment Deluxe Paint III), juste pour entendre la musique du menu de sélection que j’aimais bien, composée par Titan.

Un module, c’est un fichier musical dans le monde du soundtracking. Ce fichier englobe à la fois la « partition » (une suite de « patterns » de notes, nous y reviendrons 11Vous avez teelllement hâte, je le sais.) et les instruments (de tous petits fichiers audio 12Tout pitis pitis.).
Et, parce que why not?, l’extension du fichier était au début d’icelui : mod.Cant_Get_Enough, mod.Hymn_To_Yezz, mod.Consert_In_Space (sic), etc.

J’entends la foule clamer « Oh oui Xavier, épate-nous avec des musiques faites à base d’échantillons 8 bits sur 4 voix, et des graphismes en 32 couleurs ! » Patience, patience, nous y voilà.


Première démo à voir : évidemment, la gigantesque « Desert Dreams » du groupe danois Kefrens, sortie en 1993, gagnante de la demoparty The Gathering ’93. Oui, ça dure 13 minutes 13Et ça tenait sur deux disquettes. 1413 minutes, c’est déjà une bonne durée, mais la moyenne pour une démo de bonne facture oscille entre 5 et 10 minutes. D’autres sont bien plus longues, comme « Odyssey » du groupe Alcatraz en 1991 qui dure 44 minutes du début à la toute fin, sur 5 disquettes. .

Chose rare : le code, certains graphiques, et surtout toute la musique ont été créé-e-s par Anders Emil Hansen, alias Laxity. Un vrai polymathe ! 15D’ailleurs, votez avec moi pour ajouter Alexandre Astier à cette page ! Je veux dire, le mec est musicien, conférencier, acteur, homme de scène, réalisateur, homme éloquent, et il influence une palanquée de geeks à l’humour douteux depuis plus de 15 ans.

Il va falloir commencer un glossaire, sans doute. Pour le moment, reposons-nous sur Wikipédia : démo, démoparty, The Gathering 16Ne pas confondre avec The Gathering \m/, ’93.


Premier module : l’incontournable « Klisje Paa Klisje » 17Anecdote : on m’avait dit (sur RTEL…) que le titre voulait dire « Pas à pas » en norsk, ce qui me semblait bien aller avec l’approche de ce module, qui comprend de nombreuses parties.
Arrivé en 2019 et avec les outils de traduction en ligne aujourd’hui disponibles, je crois comprendre que c’est plutôt « Cliché sur cliché », ou « Une succession de clichés ». Bon, c’est moins poétique, mais ça montre l’humilité de l’auteur 🙂
par le norvégien Tor Bernhard Gausen, alias Walkman18Je vous avais bien dit qu’on allait reparler de lui./Cryptoburners (« x/y » signifiant « x, membre du groupe y » dans la démoscène).

https://www.youtube.com/watch?v=u9S0MC8nKRc
(pas moyen de l’inclure dans la page, vous devez cliquer…)

Je découvre aujourd’hui que cette musique vient de la démo « The Hunt for Seven October« , réalisée par le groupe Cryptoburners en 1990. Cette démo est sympathique mais n’est pas restée dans les mémoires, à la différence de la musique qui elle est devenue légendaire dans le milieu. 19D’ailleurs tout le monde est à fond sur « Klisje Paa Klisje » (KPK.MOD pour les intimes — et les pécéistes), mais j’ai une préférence de snob français pour « Sonate To Her » du compatriote Cyril « Chrylian » Jegot, dont je vous ai fait une capture pas plus tard que ci-après. L’hommage semble assez clair (intro piano, multiples parties, guitares rock), j’aime bien.


Je dois prévenir, ne soyez pas choqué-e-s par la qualité du son des modules (c’est à dire, les fichiers musicaux) que je vais partager dans cet article : le format date de 1987, et bien que très innovant à l’époque, plus de 30 ans d’évolution logicielle plus tard ces modules sembleront un peu ridicules. 20Surtout les premiers modules produits sur Soundtracker, utilisant les si-caractéristiques sons de ST-01, à commencer par le tout premier module au format Soundtracker : Amegas.

Quelques détails sur le fonctionnement d’un module, parce que vous êtes ici pour lire des choses passionnantes :

  • Chaque note de la gamme (do, ré, mi, etc.) d’un son (piano, par ex.) vient d’un seul échantillon (ou sample), joué à différentes vitesses pour changer la tonalité. Un sample joué lentement donnera une note grave ; joué rapidement, il donnera une note aiguë.
    Typiquement, un sample est créé avec la note do par défaut, donc pour faire un ré, il faut lééégèrement accélérer la lecture du son, et ainsi de suite pour un mi, un fa, etc.
    Alors oui, je vous vois venir : du coup, si on veut jouer le si qui termine l’octave, voire si on veut monter d’une octave (le do suivant, etc.), le son dure moins longtemps. Réciproquement, si on descend d’une octave, le son durera plus longtemps — mais ses défauts seront plus apparents. La solution ? Avoir un son différent pour le do de chaque octave — mais ça prend de la place !
    Une astuce : un sample peut-être défini comme « bouclé » dans l’outil : au lieu de s’arrêter à la fin du fichier, il reprend à son début (ou à un endroit pré-défini), en boucle. Un loop bien conçu peut ainsi durer indéfiniment malgré un fichier audio initial très court.
  • La puce audio de l’Amiga, baptisée Paula, ne propose « que » 4 pistes seulement, en pseudo stéréo (deux pistes à gauche, deux pistes à droite). Une seule note par piste pouvait être jouée à chaque instant.
    Je dis « que 4 pistes », car pour l’époque c’était énorme, et surtout l’Amiga mettait à portée 21Portée, hoho ! Vous l’avez ? de toutes et tous l’équivalent des outils professionnels du moment, à un prix grand public !
  • Un « pattern » comprend donc 4 pistes (channels), avec chacun un maximum de 64 positions (de 00 à 63, ou de 00 à 3f pour les fans d’hexadécimal). Pourquoi 64 positions et pas 42 ou 50 ? Question de taille et de code binaire, sans doute : 63 en décimal, c’est 11111 en binaire (et donc 3f en vous-savez-quoi). Une position de plus dans le pattern et on arrive à 10000 en binaire, ce qui nécessite un bit de plus de stockage par position pour toutes les positions suivantes 22Si j’ai bien compris. J’ai sans doute mal compris.. Au final, je n’ai pas vraiment trouvé la raison en ligne…
    Mais aussi, on s’y retrouve élégamment avec la mesure du temps ou la valeur des notes d’une portée musicale ! Souvenez-vous de vos cours de solfège 23Et de clavecin, bande de bourgeois. : une ronde vaut 2 blanches, une blanche vaut deux noires, une noire vaut deux croches, une croche vaut deux double croches, etc. Si on reprend, cela nous donne : 1 ronde = 2 blanches, mais également 1 ronde = 4 noires, 8 croches, 16 double croches, 32 triple croches et enfin, 64 quadruple croches. En somme, on peut placer 64 quadruple croches sur un pattern complet… ou une blanche 24Si j’ai bien compris. J’ai sans doute mal compris. 🙂
    Bon, clairement je pense que c’est plus dû à du bon vieux binaire qu’à du bon vieux solfège, hein.
  • Un sample n’est pas compressé, et le format standard de l’Amiga est le IFF 8SVX (Interchange File Format 8-bit Sample Voice, créé par Electronic Arts 25EA avait également créé le format graphique IFF ILBM, et le fameux Deluxe Paint pour aller avec.), avec un longueur maximale de 128 ko en 8 bits. Mais les samples des trackers utilisaient rarement le 8SVX, plutôt le format brut (RAW), avec les mêmes propriétés.
    De nos jours, le format Opus par exemple peut monter à 510 kbit/s et 48 kHz, en multicanal. Bref, aujourd’hui c’est mieux. 26Vous l’aurez compris : je n’y capte rien.
    Avec le temps, chaque groupe a créé son propre compresseur de modules (NoisePacker, ProRunner, etc.), pour obtenir un net gain d’espace sur la disquette.
  • Seulement 32 samples possibles en tout dans un module Amiga de type ProTracker.

Bien sûr, le rendu sonore d’un module n’a pas la qualité d’un fichier mp3, même de l’époque. Mais le fait d’utiliser des samples courts et rejouables à l’infini avait un grand intérêt : l’espace disque. « Klisje Paa Klisje » dure 13 minutes, son fichier pèse 219 ko (contre 4,6 Mo pour une conversion mp3). Ça laisse de la place pour du code et des graphismes — et de fait, ce format a été très rapidement adopté dans le monde des jeux vidéos, à une époque où tout devait tenir sur une disquette de 880 ko, et 512 ko de mémoire !
Avant cette révolution du tracker, l’univers sonore des jeux était soit limité à des sons synthétique, ou « chiptune » (le « blip blip » de la machine — mais beaucoup plus passionnant qu’il n’y paraît 27Si, si ! J’ai hâte de vous parler des formes d’onde : sinusoïdale, triangulaire, carrée, dents de scie… Haaaa !), soit à un seul sample très court (ça prend beaucoup de place un sample !), donc qui boucle toutes les 20 secondes, par exemple.

Les samples peuvent être joués tels quels, bien sûr, mais les trackers permettent d’y ajouter des effets, ce qui est ‘rôlement chouette didon, car cela permet de manipuler/modifier le son « en direct » (sans modifier le sample).
Chaque ligne peut être configurée avec un effet et une valeur d’effet : volume, vibrato, glissando, etc. Un effet peut également agir sur le pattern plutôt que sur le sample : vitesse de lecture (BPM), saut de position (passer au pattern suivant avant la 64e ligne), etc.
Si aucune note n’est jouée, l’effet s’applique sur le son en cours de lecture.

Prenons un exemple sur cette capture d’écran récupérée sur le net.

Voyez ci-dessus la ligne 43, avec G#106C20 à la deuxième colonne (ou piste). La notation G#106C20 se découpe en G#1, 06 et C20 :

  • G#1 : le sample est joué en sol dièse (G# en notation anglaise) de la 1ère octave. Sol bécarre (sans le dièse), ç’aurait été G-1. Un module est limité à 3 octaves, de C-1 à B-3 (do première octave à si 3e octave). 28Pas de notation pour le bémol, je sais, vous êtes déçu-e-s.
  • 06 : le numéro du sample en hexadécimal (donc ici, le 23e sample du fichier musical).
  • C20 : l’effet « C » de ProTracker, avec la valeur 20 (en hexadécimal toujours). C permet d’indiquer le volume auquel le sample doit être joué. Valeur minimale 00, maximale 40 : grosso modo, on est à la moitié du volume initial du sample. Simple ! 🙂

Si on regarde d’un peu plus près les position avant et après notre G#106C20 sur l’image ci-dessus, on constate deux choses :

  • L’instrument n°6 est quasiment toujours utilisé, mais également le n°4.
  • Toutes les lignes de l’instrument 6 utilisent une valeur différente de l’effet de volume C, et une tonalité différente également.
E-2 04 000 - Instrument 4, mi 2e octave, sans effet.
G#1 06 C10 - Instrument 6, sol dièse 1ère octave, volume à 10.
F-2 06 C30 - Instrument 6, fa 2e octave, volume à 30.
G#1 06 C20 - Instrument 6, sol dièse 1ère octave, volume à 20.
C#2 06 C1A - Instrument 6, do dièse 2e octave, volume à 1A.
G#1 06 C0F - Instrument 6, sol dièse 1ère octave, volume à 0F.
F-2 06 C15 - Instrument 6, fa 2e octave, volume à 15.
G#1 06 C0A - Instrument 6, sol dièse 1ère octave, volume à 0A.
E-2 04 000 - Instrument 4, mi 2e octave, sans effet.

Ce 4e instrument joué à la même note sans effet, j’imagine facilement un grosse caisse (de batterie, n’est-ce pas), et du coup le 6e instrument, avec ses divers volumes, pourrait-il être des variations sur la cymbale charleston (« hi-hat » en anglais) ? 29Vérification faite : ah non, c’est du chiptune. Appuyez sur Envoi pour écouter. Oui, c’est un tracker complet dans votre navigateur, oui.


On comprendra mieux avec un exemple : observez par exemples l’intro du module « Boesendorfer P.S.S. » par Romeo Knight (l’allemand Eike Steffen). Il ne contient que des samples d’un piano (de marque Bösendorfer ?), chacun étant enregistré à une octave différente pour avoir un meilleur rendu sonore lorsqu’ils sont joué à diverses vitesses, pour faire toute une octave proprement :


Une pause, avec « Voyage » de Razor 1911, sortie pour The Party ’91 :

Cette démo dure 15 min 42 s, et comprend quelques scènes assez poétiques pour l’époque, et surtout une seconde partie avec une musique par le duo Tip & Mantronix du groupe Phenomena (on y reviendra sûrement30Ou pas.) !


Un exemple de module cousu main avec de effets bien discrets mais qui donnent une ambiance folle, c’est « Melonmania » par Audiomonster (le français Raphaël Gesqua), en 1992.

La démo d’où vient ce module, en passant : S.O.S., par le groupe Melon Dezign. 31Oui oui, y’a même eu un groupe « concurrent » nommé Lemon. …
Et si vous remontez voir la démo Desert Dream au début de cet article, la première scène consiste en une attaque des pyramides de Gizeh par un vaisseau alien qui lance… un melon 🙂 Les « bagarres » entre groupes étaient fréquentes sur la démoscène, ça permettait de motiver les troupes à faire mieux que ceux d’en face 🙂

Pour le coup je vous ai fait une petite vidéo où je joue chaque piste séparément, afin de se rendre compte du travail d’orfèvre.

Quatre canaux seulement : de la contrainte naît la créativité ! On est en plein OuMuPo 🙂


Vous me direz, ça reste atroce comme manière de composer : ‘faut taper G#106C20 et autres chaque fois qu’on veut insérer une note ?!? On est où, là, dans une formule Excel ? Pourquoi ne pas avoir simplement utilisé le solfège ?

Réponse : le solfège n’est pas simple, justement. Il reste incompréhensible pour 90% de la population. Remplir une partition dans logiciel, c’est la plaie.

Oh, le solfège a bien été essayé, comme avec Deluxe Music Construction Set (Electronic Arts, 1987), mais ça n’a pas pris : la foule voulait enchaîner des notes, pas deviner ce qu’est une double croche.

D’où le succès immédiat des trackers, le premier étant Ultimate Sountracker, écrit par l’allemand Karsten Obarski et publié par EAS en 1987. 32Enfin, « succès immédiat », ‘faut le dire vite : commercialement ce fut un échec car le logiciel était trop instable et l’interface trop « geek » pour les « vrais musiciens ». Mais le concept a été repris par nombre de copieurs et pirates, qui ont sortis leurs propres versions, chacune avec son lot d’améliorations : Noisetracker, ProTracker, SoundFX, OctaMED, etc. Musicalement, le tracker a été omniprésent tant dans les jeux vidéo que dans les démos, pendant longtemps — et continue jusqu’aujourd’hui avec Renoise.

Avec les trackers, la saisie de notes se fait grâce au clavier de l’Amiga, « mappé » sur 2 octaves. Mirez, mirez :

J’ai tenté de vos donner une représentation simple de ce mapping clavier, avec http://keyboard-layout-editor.com.

Le décalage des touches du clavier place même les touches noires comme sur un piano ! Facile !

Donc non, créer sa séquence ne se faisait pas laborieusement, genre saisir « G#106C20 » touche après touche, appuyer sur Envoi pour passer à la ligne suivante, et recommencer, comme dans un fichier Excel (youhou!).
Pour obtenir un sol dièse, il suffit d’appuyer sur la touche 6 du clavier de l’Amiga : Soundtracker insère alors la note correspondante (G#1), pour l’instrument sélectionné (06), puis passe à la ligne suivante, sans mettre d’effet (donc par défaut, G#106000). Hop, on peut saisir la note suivante !

Donc, on sélectionne un sample, on se place sur la piste, et on enchaîne les notes au clavier, qui s’inscrivent les unes après les autres. Besoin d’un saut de ligne ? Flèche en bas. Une fois les notes en place, il sera temps d’ajouter des effets – et cette fois, oui, ça se fait à la main, mais on a accès à tous les outils de copier/coller qui facilitent la vie. 33Je ne découvre ce manuel que maintenant, ça m’aurait TELLEMENT fait gagner du temps à l’époque !


(pause dramatique)

C’est ici que se terminait mon thread, en avril 2019.

J’avais prévus bien des tweets suivants dans mon petit fichier texte, mais le premier de la série me turlupinait. Le voici :

En reprenant les concepts de séquences (patterns) et d'échantillons (samples, joué à différentes vitesses pour simuler l'ensemble des notes), concepts introduits par le Fairlight CMI Series II et son séquenceur Page R (1982), Obarski a mis un outil très cher à la portée de tous.
page_r.gif + Soundtracker18zymoxs.png

Les images, les voici :

Et moi de me dire : c’est quand même fou que Karsten Obarski, un allemand alors inconnu (et malheureusement oublié depuis) ait été seul pour faire un tel saut entre le Page R du Fairlight CMI Series II et son Ultimate Soundtracker, entre le hardware et le pur software, entre la workstation et l’ordinateur familial.

Je me base sur la page Wikipédia pour « Music Tracker » pour écrire cela (il faut bien dire qu’avant de la lire, j’ignorais même l’existence du Fairlight CMI) :

The general concept of step-sequencing samples numerically, as used in trackers, is also found in the Fairlight CMI sampling workstation of the early 1980s.

Le paragraphe immédiatement après me confirme que j’ai sans doute raison de douter :

Some early tracker-like programs appeared for the MSX (Yamaha CX5M) and Commodore 64, before 1987, such as Sound Monitor, but these did not feature sample playback, instead playing notes on the computer’s internal synthesizer.

Plaçons deux citations, pour faire intelligent :

Alors, qui a inspiré Karsten Obarski ? Et à son tour, cet élément inspirant s’est-il inspiré directement du Fairlight CMI, ou y a-t-il tout un arbre généalogique à remonter ? Voire… plusieurs branches parallèles, à la manière de Charles Darwin et de Alfred Russel Wallace découvrant indépendamment la théorie de l’évolution par la sélection naturelle ? 36Brillez lors des cocktails en ville grâce à mon blog !

C’est ce que je me propose d’explorer avec vous dans la seconde partie de cet article — qu’il me reste à rédiger et mettre en page dans WordPress ! Mais je peux déjà vous dire que la forme sera différente (une enquête à base de témoignages), et qu’on va voyager, à la fois dans le temps et sur Terre 🙂

Rendez-vous dans… rhôh allez, dans un mois ou deux ! 37Aucuns doigts croisés dans mon dos, nononon.

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Le plaisir d’apprendre

Temps de lecture : 6 minutes.Je suis très en retard sur mon visionnage de films et séries.

Au fil des années, j’ai accumulé nombre de fichiers vidéo (bien entendu empruntés à un ami proche de mon cercle familial immédiat) suite aux recommandations d’amis, à la lecture de listes du type « Les 25 films à voir absolument » ou « les 100 films qui comptent », ou à la disparition des grands écrans d’un film que j’aurai bien voulu voir. A Scanner Darkly, American Psycho, Cowboy Bebop, Paprika, Jacob’s Ladder, Reefer Madness, 12 Angry Men, etc. : autant de fichiers qui prennent la poussière numérique, dans un dossier « A_REGARDER ».
Idem pour les séries : Battlestar Galactica, Community, Firefly, Homeland, Entourage, Misfits, Life on Mars, etc. Combien de premières saisons stockées sur mon disque dur, en attente de visionnage ? Et d’en ramener d’autres, au fil des discussions et lectures sur le Web, en me disant, à la manière de Marc Andreesen au sujet du type MIME des images, « Someday, maybe ». [ref]
Idem pour les livres, surtout depuis que j’ai une liseuse, et que j’entasse donc les classiques (domaine public oblige) afin de me culturer un peu le cerveau.

Je vis pourtant seul. On pourrait donc se dire que je n’ai un peu que ça à faire de mes soirées libres : me caler devant la télé, dans mon canapé, et enchaîner les séries, films et autres Petit Journal et Zapping.

Bon, pour commencer, je n’ai plus de téléviseur chez moi. Le point central de toute distraction en mon logis est l’ordinateur. À la manière du téléphone qui concentre maintenant horloge, appareil photo, lecteur audio, lecteur vidéo, carte, boussole, console de jeux et que sais-je encore (et accessoirement téléphone), l’ordinateur regroupe dans ses entrailles à la fois le rôle de source de distraction, et de zone de travail.

Vivons donc ensemble en soir de semaine libre typique dans ma vie de célibataire fou-fou. Je rentre chez moi, pose mes affaires, et relance l’ordinateur. En attendant de me cuire un peu de subsistance quotidienne, que faire ? Regarder un épisode d’une série ? Noooon…

Car outre le fait que je me suis créé au fil du temps nombre projets auxquels je participe, et sur lesquels je dois avancer (ou du moins, sur  lesquels je voudrai avancer), il se trouve que j’ai du mal à regarder un film seul. Plus globalement, toute activité culturelle (ou « culturelle », n’s’pas…) devrait pour moi être partagée. Série, film (chez soi ou au cinéma), théâtre, musée, visite de monument, etc. : autant de thèmes et idées abordés et qui méritent d’être discutés par la suite — et si possible à chaud. Je n’aime rien moins que d’écouter l’interprétation d’une oeuvre par ceux que j’aime. Et vu que je ne suis pas très malin, ils me font souvent voir une facette que je n’ai pas forcément considérée, voire m’expliquent que je me suis trompé sur l’intention de l’auteur. C’est agréable d’avoir tort et de s’en rendre compte, cela donne l’impression de progresser, de grandir intérieurement, d’apprendre des choses…

Seule exception à cette « règle » d’aller à un évènement culturel accompagné : les concerts. J’en ai vu près de 40 en 2012, dont sans doute la moitié seul. Je n’aime pas forcément cela (notamment le « personne à qui parler » pendant les interludes), mais je veux voir un groupe, il passe UN soir en ville et pas un autre, je prends ma place et je verrai bien si d’autres viennent aussi, personne ?, tant pis, allons-y — alors qu’un film, une expo, une pièce, « oh, j’ai bien le temps de prévoir ça avec un pote ». Du coup, souvent, je ne les vois pas. Hmpf.

Chez moi, seul face à mon écran, j’ai l’Internet tentateur qui me tend les bras dès que je lance une vidéo : si celle-ci n’est pas assez intense, ou même s’il y a une scène pas passionnante, hop, je mets en pause et je vais voir ce qu’il se passer ailleurs (le drame de Twitter et Facebook ; je fais partie d’une nouvelle génération « zapping »…). Je peux bien mettre 2 à 3 heures pour regarder un film d’1h30, à force de pauses et de « tiens, au fait… »

Heureusement que je n’ai pas Internet dans mes livres : j’ai récemment lu Le comte de Monte-Cristo, et Dumas y fait très souvent référence à des faits ou des personnages, réels ou imaginaires, qui me donnent envie d’en savoir plus (ne serait-ce que pour comprendre pourquoi il place cette anecdote). En ayant Wikipédia dans ma liseuse, j’aurai mis dix fois plus de temps à lire cet énorme pavé.

Je ne me faisais donc aucune illusion en cliquant sur le lien de ce tweet :

 Everyone should watch and watch again Feynman’s Lectures on the pleasure of finding things out… http://m.youtube.com/#/playlist?list=PLEFFA2ADC6E80EA6D&desktop_uri=%2Fplaylist%3Flist%3DPLEFFA2ADC6E80EA6D

Je clique, puis clique sur le lien pour avoir la liste de lecture en mode « ordinateur de bureau » (lien), et lance la première vidéo. 5 vidéos, 10 minutes par vidéo : aucune chance que j’en vois le bout.

Bon, les 10 premières minutes sont passées, c’était intéressant, continuons sur notre lancée…

Et en fait, j’ai tout regardé d’une traite.

Je ne connais que très vaguement Feynman, et dans cette vidéo de 50 minutes, il nous raconte son parcours, notamment la manière dont son père lui faisait voir les choses et l’a aidé à développer une soif du savoir utile ;  son passage à Los Alamos pour le projet Manhattan ; ses recherches libres qui lui ont apporté le prix Nobel, et sa haine des honneurs ; le fait que l’on ne peut pas tout savoir, et donc sa vision de la question ultime du « pourquoi sommes-nous là ? » et de la possibilité d’une entité supérieure…

Feynman a progressé et est devenu ce qu’il est parce qu’il était curieux, qu’il s’est posé des questions auxquelles il voulait répondre, et qu’il s’en est (et/ou qu’on lui en a) donné les moyens. Sous les aspects d’un professeur grisonnant racontant ses souvenirs de guerre, cette heure de vidéo est passionnante avant tout par ce qui résumé dans son titre, The Pleasure of Finding Things Out : faire la démarche d’en savoir plus, chercher à comprendre pourquoi et comment, se poser une question, toujours. Le plaisir de ne pas savoir. Le plaisir d’apprendre.

Et c’est peut-être ça en fait qui fait que films et séries n’arrivent pas à me tenir en attention plus de 10 à 15 minutes d’affilée : fondamentalement, elles ne m’apprennent rien. Je ne vais pas en ressortir grandi, plus « intelligent » ou avec une meilleure compréhension du monde qui m’entoure. Je n’aurai été que distrait de mon quotidien. Certes, j’aurai oublié le temps qui passe et la solitude de ces soirées passées assis devant mon bureau, mais pourquoi ? Discuter entre midi et deux du dernier épisode « waaaaah ! » de Breaking Bad ? Tant qu’à faire, autant passer le temps de manière utile — et donc, avancer sur mes trop nombreux projets. Les vidéos ? Someday, maybe…

Notez bien que je ne renie pas les films et séries ni ceux qui les regardent. Je sais apprécier les bons scénarios, les traits d’humour et une écriture ciselée, et j’ai moi aussi hâte de pouvoir apprécier ces oeuvres, et pouvoir en parler avec mes amis. Mais une fois rendu à moi-même, j’ai plus de facilité à regarder d’une traite les 45 minutes d’un épisode de Superstructures, que d’en passer 22 sur le dernier épisode de Parks and Recreation. Je suis un mec super ennuyeux pendant la pause déjeuner 🙂

Et je ne peux même pas dire que c’est ma soif de connaissances scientifiques qui me taraude : il y a quelques semaines, j’ai regardé avec fascination « Chasseur de skins », documentaire sur les antifas, recommandé par un collègue :

Du coup, je vais peut-être faire plus attention au tumblr de Joachim, Le docu du jour

En aparté…

Après avoir regardé ces 50 minutes de quasi-monologue auto-glorifiante (oui, ‘faut bien égratigner un peu), j’ai fait une rapide recherche sur les gougueules pour avoir des informations sur cette lecture du professeur Feynman (notamment la version complète que vous voyez ci-dessus, plutôt que la version en 5 parties que j’ai regardée).

Parmi les résultats YouTube se trouve cette courte présentation de Jordan Theriot, donnée lors d’un TEDx à CalTech en 2011 en l’honneur du bon professeur. Le discours est sympathique, rien de transcendant : grosso modo, avoir un bon professeur peut vous rendre une matière passionnante. Si je n’ai rien appris de nouveau, j’admire son enthousiasme, et son courage de parler devant une salle pleine de pairs.

L’expérience vécue par Jordan est positive et mérite sans doute ces 5 minutes… mais j’ai fait la bêtise de laisser mes yeux glisser vers les commentaires. Voici le mieux noté :

That is the hottest researcher I’ve ever seen…nerds these days don’t come with glasses & pocket protectors anymore. My sister works in a lab @ USC and her research center throws parties all the time during which a lot of people get drunk. I’ve talked to some of these people & they’re just brilliant but they also know how to party & the women are just FINE. Makes me wish I was a geek.

Nous avons donc une jeune scientifique (« undergrad » : 18-22 ans) qui nous parle avec passion de ses études et de ce qu’elle veut faire plus tard, et le commentaire le plus en vue peut se résumer à « wow, elle est bonne ». Sans vouloir forcément faire le lien avec une des autres lectures de mon weekend, y’a encore du boulot…

Pour le plaisir, et à la demande de Joachim qui le voulait pour son tumbr de documentaires, voici le Superstructures sur l’évolution des transatlantiques :

https://www.youtube.com/watch?v=-z-98l0Ds9I

(back2blog, jour 6/10)

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« Le projet » (parodie)

Temps de lecture : 6 minutes.

Photo par Thanh Nguyen. Merci à lui !

Ca a commencé il y a 2 ans, lorsque le staff de Paris-Web (dont je faisais partie) a décidé de mettre en place « La conférence dont vous êtes le héros« . Pour changer des sempiternelles tables rondes, nous avions décidé de donner un temps de « micro ouvert », où le public pouvait lancer des idées, des débats, se répondre, etc.

De mon côté, j’avais vu peu auparavant un rap de développeurs fait lors d’une autre conférence (JSConf ? Je ne sais plus laquelle #lazyweb). Voyant cette session open-mic se présenter pour l’édition 2010 de PW, je me suis dit « tiens, pourquoi ne pas chanter un truc ? » Je ne sais comment, j’ai très rapidement porté mon choix sur une parodie de « La Lettre » de Renan Luce, avec un premier couplet écrit très facilement dans un widget Netvibes — widget qui porte encore aujourd’hui le titre de « Conférence dont vous êtes le héros ». Je partais de deux idées très simples : convertir le « J’ai reçu une lettre » de Renan Luce en « J’ai reçu un projet », et son « Quelques fautes d’orthographe / Une légère dyslexie / Et en guise de paraphe / ‘Ta petite blonde sexy' » en « Quelques fautes de goût / ‘Intro en Flash’ et puis / Pour parfair’ le dégoût / ‘Compatible IE6′ ». Le reste, plus tard, peut-être.

Et puis non, pas le temps, trop de boulot dans le staff, pas non plus assez de bagou, et finalement tant mieux car ce fut une session de débats et retour sur les conférences de la journée, plutôt qu’une porte ouverte aux délires de chacun.

Édition 2011 de Paris-Web, je suis toujours dans les staff PW et le format « Conférence dont vous êtes le héros » semble trop chaotique pour être maintenu. Arrivent Daniel Glazman et Robin Berjon qui proposent de sélectionner et animer une session de lightning talks, où chaque orateur dispose de 4 minutes pour parler d’un sujet au choix (dans le cadre de la conférence), et pas une seconde de plus. Du coup, une chanson paraît beaucoup mieux avoir sa place dans ce format, et je caresse l’idée, tel Blofeld son chat. Mais je fais encore partie du staff, trop de choses à prévoir, et ça ne se fait finalement pas.

Édition 2012, je ne fais plus partie du staff — officiellement pour « avoir plus de temps pour faire de la musique », mais dans les faits j’ai eu plus de temps pour vivre, tout simplement. Les lightning talks reviennent cette année, et tel le Docteur Mad, je caresse mon chat d’idée. J’évoque le sujet avec une amie, qui me donne l’encouragement nécessaire avec ces mots (je paraphrase) : « t’es malade ». Je rouvre le widget Netvibes, et termine ce premier couplet.

La deadline pour proposer un lightning-talk est le 17 septembre à minuit dernier délai. Ce lundi là, je n’avais rien à faire, donc j’ai rapidement regardé les accords de la chanson, enregistré une vidéo, l’ai mise sur YouTube, et ai envoyé le lien sans plus de détail à Daniel et Robin, à minuit passée de 6 minutes, dans un mail intitulé sobrement « Oh, zut alors, à quelques minutes près ! :p ».

Cette proposition en vidéo, la voici :

Les paroles de l’époque :

J’ai reçu un projet, A rendre pour demain,
Qu’un free a refusé, « Il m’a traité d’radin ».

Quelques fautes de goût, « Intro en flash » et puis,
Ecrit avec bagou : « Compatible IE6 ».

Mais moi je suis un dev Qui veut de la qualité
Et, quand il n’y pas grève, Je viens apprendre à Paris-Web !

J’envoie le lien vers la vidéo, et les laisse se débrouiller avec ça.

Dès le lendemain, je sens que ça discute dans le pôle Orateurs de Paris-Web : Delphine, membre du staff de PW et néanmoins amie, me tweete ceci : « Hé, je ne trouve plus le lien vers tes vœux à l’envers… » Comprendre, « on a bien reçu ta vidéo, moi je sais déjà que tu es fou, mais pour convaincre les autres j’ai besoin de preuves supplémentaires ». [pour rappel, cette vidéo de voeux est ici : http://vimeo.com/19401523 ].

Le 26 septembre, Sébastien, président de Paris-Web et néanmoins ami, me contacte sur GTalk :

Sébastien: Plop?
me: Grüüü
Sébastien: Juste une question qui te prendra à peine 10 secondes pour y répondre
Ta vidéo pour les lightning talks, c’est bien une vraie proposition ?
me: hahaha 🙂
je flippe ma race, mais oui.
Sébastien: Parfait, c’est tout ce que je voulais savoir 🙂
me: bien que n’ayant aucune idée si je suis en mesure de boucler la chose, ou même de la jouer devant des gens.
Sébastien: va falloir mon grand
me: on verra
Sébastien: 🙂
on donne des nouvelles bientôt
me: le plus tôt le mieux :p
Sébastien: Tu peux commencer à plancher dessus dès maintenant :p
me: mmmpf
déjà, apprendre à jouer de la guitare
ensuite, cesser d’être bègue.
2014 ?
alleeez 🙂
Sébastien: fallait pas appuyer sur le bouton.
1 semaine par objectif
et ça le fera 🙂
me: je l’ai envoyé après minuit, normalement ma proposition est irrecevable
Sébastien: on a décompté le temps d’upload sur Youtube
elle est recevable
me: et votre charité chrétienne ?!
haha
Sébastien: tsss
bref, c’est donc oui hein ?
me: oui oui, j’assume, je ne suis plus à ça près.
Sébastien: parfait
😉

C’était donc signé, j’avais moins d’un mois pour finir le texte, et apprendre à jouer correctement la chanson (4 accords, mais avec une certaine rythmique, plus compliquée à garder en chantant). Il me fallait également une guitare électro-acoustique pour que le son passe bien, et je remercie publiquement Cyrièle de m’avoir prêté la sienne — ma propre guitare acoustique n’étant pas aussi moderne.

La fin, vous la connaissez grâce à la photo en tête de cet article : ça s’est fait. Voici une vidéo pirate du concert, en attendant la version pro au montage impeccable de Paris-Web :

Et voici le texte complet (dont le dernier couplet, que je n’ai pas pu chanter sur le coup) :

J’ai reçu un projet, il y a un mois je pense,
J’aurai dû refuser, maladresse de freelance.
Le client dans son mail, écrit en Comic Sans,
Promet monts et merveilles à très courte échéance.
Et moi je suis un dev qui a besoin de ce projet
Pour payer mes rêves à commencer par mon loyer.
(peut-on décaler d’un pixel ?) (comment ça, « logo vectoriel » ?)

Mon client, vieux grigou, a une idée d’génie :
Vente en ligne de ragoûts, option riz ou saucisses,
Quelques fautes de goût, « Intro en flash » et puis,
Écrit avec bagou : « Compatible IE6 ».
Mais moi je suis un dev qui veut fair’ de la qualité
Et, quand il n’y pas grève, Paris-Web m’aide à m’élever !
(HTML standard vivant) (CSS3 la REC pour quand ?)

J’ai choisi d’êt’ freelance, Marre des SSII,
J’habite où j’veux en France, Marre des loyers d’Paris.
Je prépare mon weekend Quand le lead-dev m’écrit :
« Tu fais quoi cette aprèm’ ? » Mise en prod vendredi.
Et moi je suis un dev Qui pleure quand je ne peux pas
Faire tout ce dont je rêve, comme valider sous Opéra !
(ou faire le back-end en Python) (car Ruby c’est bien trop abscons)

(tiens, d’ailleurs !)
Y’a pas que le front-end, il y a aussi le back
Où ‘faut connaître Zend, Symfony et leurs FAQ.
Maîtriser DreamWeaver, Vim, Eclipse, Notepad
Pour planter un serveur, 15 outils, même panade.
Mais moi je suis un dev, qui n’aime pas trop PHP
Pour la faire brève : NodeJS, viens vite me sauver !
(le JS serveur c’est l’av’nir) (un nouveau langage à haïr)

Quant aux métiers graphiques, j’aimerai en parler,
Mais j’avoue, y’a un hic, je n’sais pas dessiner,
J’ajoute ce couplet car Paris-Web les aime,
Allez-y, proposez un’ conf’ l’année prochaine
Je ne suis pas un dev, je suis rédacteur technique
Et, trois journées trop brèves apportent plus qu’un vol yogique.
(pourtant y’en a des rimes en [ik]) (Paléoprotérozoïque)

Voici tous les sujets dont nous allons parler
Pendant ces trois journées de confs et d’ateliers
Ah, pardon, on me dit qu’en fait c’est terminé,
J’pensais passer jeudi, j’pensais improviser.
Faites confiance au gens, et ils vous feront passer
après Stéphane Deschamps, rien d’tel pour ne pas angoisser !
(« faut-il être un entertainer ? ») (l’ironie me frappe en plein coeur)

Un dernier couplet, une dernière minute,
Avant le couperet, la fin en uppercut,
J’ai un peu transpiré, personne ne m’a dit « chut »,
La guitare, pour chanter, c’est quand même mieux qu’la flûte.

Si vous voulez l’ambiance karaoké, voici mes slides : http://fr.slideshare.net/xavierborderie/parisweb-2012leprojet

Je suis passé en dernier, et je remercie très fortement les 9 autres orateurs de ces lightning, grâce auxquels, j’ai ri, applaudi, appris, et surtout oublié que je passais après eux, et ça m’a bien aidé à ne pas me ronger les ongles.

Deux petits plaisirs pendant les heures et minutes précédents mon passage :

  • À Christophe, découvrant que je fais un lightning en fin d’après-midi et me demandant si j’allais chanter, répondre « noooon, ça va pas, je suis pas taré à ce point ».
  • À Stéphane, qui passait juste avant moi dans l’ordre des lightnings et qui regrettait ce placement, lui interdisant de chantonner « Dites 33 » à mon intention au début de son lightning, répondre « noooon, ça ne se fait pas de référencer un autre participant dans sa lightning » (la blague étant que je faisais référence à Stéphane à la fin de la mienne).

Après Paris-Web, les participants sont allés au bar d’en face pour parler entre gens de bonne compagnie autour de quelques chopines. Avec quelques fans de base, j’ai attendu le staff à la sortie de la conférence, et nous sommes arrivés longtemps après tout le monde dans le bar. En arrivant sur la terrasse avec la guitare à la main, ovation, « une autre ! », etc. Je ne me suis pas fait prier : montant sur une chaise, j’ai entonné le dernier couplet, très inintéressant mais au moins, c’est fait :

Alors on me demande un mp3 en plus du texte complet. Mais de mon point de vue, c’était vraiment un one-shot, avec trop de blagues relatives à Paris-Web, je ne suis pas certain que cela puisse intéresser grand monde en dehors de ce cercle — et surtout je trouve mon final très faible.

Mais je garde en tête d’en écrire une version plus « oecuménique ». Plus tard, peut-être… 🙂

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Le soundtracking (2) : une histoire de la musique dans les jeux vidéos

Temps de lecture : 7 minutes.(Note : ceci est un brouillon rédigé en 2011, publié tel quel après redécouverte en 2021. Excusez donc les XXX à compléter, et l’absence de conclusion 🙂 )

Après une première partie présentant le soundtracking et donnant quelques exemples de mon choix, on enchaîne avec cette deuxième partie, celle où je remonte le temps pour vous, en tentant de n’être point trop chiant…

*tousse*

De nos jours, les ordinateurs disposent de gigaoctets de mémoire et processeurs avec des vitesses d’horloge qui feraient peur même à Harold Lloyd. On peut donc facilement charger une musique au format MP3, sans craindre de ralentir le jeu ou de devoir en retirer des éléments graphiques.

A la grande époque du soundtracking (disons 1987-1992), les machines étaient toutes autres. Si l’on prend l’Amiga 500 (<3), sa mémoire par défaut était de 512 Ko (que beaucoup poussaient à grands frais à 1 Mo), et sa vitesse d’horloge dépassait à peine les 7 MHz – soit même pas 0,001 % des capacités des machines actuelles : le modèle le moins cher sur Dell.fr (la base, quoi), à l’heure où j’écris ces lignes (octobre 2009), est l’Inspiron 546 MT (299 euros), équipé d’un processeur AMD Sempron (2,2 GHz) et 2 Go de RAM DDR2. Pour simplifier, les processeurs d’aujourd’hui sont 300 fois plus rapide, et la mémoire vive 2000 fois plus grande.

Mais avant de discuter de l’intérêt technique du sountracking vis-à-vis des possibilités de l’époque, plongeons à la source, si volvolé bien…

Une petite histoire de la musique d’ordinateur / de l’informatique musicale

Jouer de la musique avec un ordinateur ne date pas d’hier – le premier essai de musique numérique date de 1949, avec le CSIRAC Australien, et la première musique jouée par un ordinateur date 1951 avec le Manchester Mark I (commercialisé sous l’appellation Ferranti Mark 1). Reportage de la BBC. Dès cette époque, les ordinateurs se sont mis à inclure des outils pour envoyer un signal sonore (afin d’avertir par exemple de la fin d’un traitement long), et rapidement ces outils ont été détournés pour jouer de la musique : d’abord on a pu modifier la tonalité du son, puis sa longueur, puis enchaîner les tons, etc. Archive audio d’époque (il est amusant d’entendre les scientifiques faire mumuse autour de la machine, l’opératrice faire des commentaires… Ca devait draguer sec à l’époque avec les cartes perforées…).

OK, super, on peut faire bip-bip avec un ordinateur, quoi d’autre ? A l’origine une expérience amusante pour les mathématicien qui ont accès à du matos coûtant plusieurs millions de dollars, les possibilités se sont rapidement étendues, tant au niveau matérielles que logicielles.

Dès 1957 sort le premier logiciel dédié à la création musicale, avec le langage de programmation idoine. Oui car depuis le début, on compose non pas avec un clavier type piano, mais en entrant les codes. Vous avez fait du LOGO sur un TO9 à l’école, fait bouger la Tortue à Gauche de 90 degrés ? C’est pareil.
Donc, premier logiciel dédié en 57 : MUSIC-I (suivit de MUSIC-II, jusqu’à V) du Bell Labs, capable de produire des sons synthétiques (pas juste un long bip). Ayant donc lancé le mouvement et inspiré tous les logiciels à suivre, son auteur, Max Mathews, est considéré comme « le père de la musique par ordinateur ». En 64, MUSIC-IV sera utilisé pour recréer numériquement des sons d’instruments cuivres, par l’impulsion du français Jean-Claude Risset. C’est le début de l’échantillonnage (sampling), qui permet à l’ordinateur de sonner comme n’importe quel instrument (pour peu qu’on l’ai au préalable enregistré).

Bon, ça devient chiant le cours d’histoire, hop section suivante.

La musique dans les jeux vidéos

Les développements informatiques ne se faisaient pas sans un intérêt financier derrière. Généralement, les innovations techniques proviennent de projets financés par l’armée (Internet) ou l’industrie du divertissement (à commencer par l’industrie pornographique, bien sûr). En somme, si c’est pas pour niquer son voisin ou niquer sa voisine, y’a peu de chance que ça avance. Un jour j’exposerai pleinement cette théorie dans un article à part. M’enfin bref.

L’intérêt pécuniaire est arrivé avec les premières salles d’arcade : dans les années 30, un gros malin s’est dit qu’il pourrait se faire un paquet de thune en proposant des machines où il fallait payer pour faire une partie. L’idée est simple : les gosses payent pour lancer des balles à des stands, mais si je peux remplacer l’employé du stand par une machine, hop un salaire en moins à payer !

Les premiers jeux d’arcade étaient mécaniques, faits en bois, et étaient sonorisés avec des carillons (ensemble de cloches) et autres sirènes. Depuis les débuts du bandit-manchot, tout le monde sait que le son est essentiel pour le business : non seulement déclencher la sirène de victoire devient un but en soi pour le joueur (au même titre que d’aligner quatre as), mais le bruits attire l’attention des personnes à l’entour, même si la machine n’est pas visible. Bref, le son, c’est bon pour le bizness.

Reste que les rares fois où on se permettait une bande-son, c’était un disque vinyle qui jouait (type juke-box), ou des cassettes audio – bref, des trucs qui s’usent, qui cassent, qui se rayent. L’ensemble de la machine arcade s’est rapidement électrifiée, puis avec l’arrivée de la vidéo abordable et des puces électroniques, les bornes sont devenues électroniques.

Les premiers jeux vidéos étaient des amusements de scientifiques (Tennis for Two en 1958, Spacewar! en 1962 par le MIT) à base d’oscilloscope, sans son ; ils menèrent rapidement aux premiers jeux vidéos commercialisés sous forme de borne arcade, et en 1971, Computer Space mettait largement en avant son grand avantage, le son : poussée du moteur, lancement de missile, explosion. Un an plus tard, Atari lançait Pong, avec le succès que l’on sait. Le concept du jeu était une adaptation en borne arcade de l’un des nombreux jeux de la première console de jeu vidéo (à brancher sur son téléviseur), la Magnavox Odyssey, et fut largement repris et copié par ceux qui voulaient une part du gâteau : une industrie était née.

Magnavox a largement attaqué en justice tous les copieurs, mais Atari a innové avec le premier jeu sonore : les sons étaient obtenus en modifiant le générateur de pulsion de synchronisation vidéo, afin de lui faire jouer certaines tonalités. C’était plus des bips que de vrais sons, du fait des limitations techniques de la machine, mais un premier pas était fait. Petit à petit, ces bips se transformeront en sons de plus en plus réalistes.

Chaque borne jeu arcade disposait des ses propres circuits intégrés dédiés au son XXXXXXXX

Les précurseurs : logiciels et compositeurs

Comme on l’a vu avec la série de MUSIC-n, les programmeurs ont vite compris que pour attirer les gonzesses, il fallait faire faire un truc créatif à leurs gros tas de ferraille à trouze-millions de dollars. Vu que le graphisme était inexistant, qu’il fallait être fort pour voir de l’art dans les cartes perforées, et qu’ils n’avaient pas Napster sous la main pour télécharger « J’ai la quéquette qui colle », bah il fallait bien commencer par quelque part : la musique. Et vu qu’un musicien n’est pas un programmeur (quoique, Bach aurait sûrement kiffé coder en Python), et bien les programmeurs se sont faits musiciens.

Pendant longtemps, chaque studio de jeu vidéo (car c’étaient eux) a codé son propre moteur de création/diffusion musicale. Les grands compositeurs des débuts (milieu-fin des années 80) étaient à la fois responsables de la composition de la musique, de son intégration dans le programme, et de la création du logiciel de composition. Chacun avait son petit truc en plus, mais la plupart des studios se reposaient sur les mêmes techniques : soit utiliser des sons synthétiques et les enchaîner via une partition informatique (léger en mémoire mais pas très sexy), soit exploiter des boucles sonores répétitives de 15 à 20 secondes (très lourd en mémoire, et rapidement lassant).

Les choses se sont améliorées avec l’arrivée du C64 en 1982, légendaire ordinateur de Commodore. L’ingénieur en charge de la puce sonore n’avait pas de spécifications précises, donc il a implémenté une puce très élaborée pour l’époque, baptisée SID (Sound Interface Device), disposant de trois voix indépendantes capable d’émettre des sons sur 8 octaves, sans compter de nombreux autres effets. A partir de là, la musique dans les jeux vidéos est vraiment devenue une affaire sérieuse : XXX

Les musiciens étaient donc programmeurs, chacun avec son petit programme : Rob Hubbard, Tim Follin, Martin Galway, David Whittaker et d’autres programmaient directement leurs mélodies en langage machine, la plupart faisant leurs premières armes sur Commode 64…

Pourquoi se souvient-on de tous ces noms, et pas de la plupart des compositeurs suivants ? Quelques idées :

  • Ces mecs étaient des précurseurs. Avant eux, il n’y a rien eu ; après eu, un mouvement est né.
  • A l’époque, il fallait être programmeur pour faire de la musique sur ordinateur, et seule une poignée en était capable. D’ailleurs, ils étaient souvent décrits comme « music programmers ».
  • Le souvenir de certains jeux est parfois très lié au compositeur, plus qu’à la qualité du jeu : Turrican, XXX

XXX

Les trackers

Les musiciens étaient donc surtout des programmeurs qui savaient exploiter les puces sonores des machines. D’abord directement avec du code machine, puis en se créant des routines pour n’avoir qu’à écrire des appels de fonction avec différentes valeurs. Mais ça restait très laborieux, et inaccessible au communs de mortels – notamment, les « vrais musiciens ».
Le vrais pionnier en la matière était Rob Hubbard, qui a largement défriché le terrain, et vu ses routines reprises et améliorées par d’innombrables successeurs.

Il y avait donc un besoin d’interface graphique. Chaque éditeur de jeux vidéos a demandé à ses compositeurs de concevoir un propre logiciel permettant d’accélérer leur rendement, voire la portabilité des musiques. Dans les faits, il s’agissait de prendre les routines existantes, et de les présenter de manière plus visuelle. C’était au départ très basique, affichant une suite de chiffres souvent compréhensible uniquement par le programmeur du logiciel, mais c’était l’essentiel : ne plus avoir à écrire la musique en assembleur.

Lorsque vint la demande de réaliser un vrai logiciel de musique, la logique a voulu que l’affichage des notes se fasse sur une portée, comme le veut toute bonne représentation du solfège. Des logiciels comme Aegis Sonix (1984) ou Music Construction Set d’Electronic Arts (en 1984 pour C64, Atari et Apple ; puis Deluxe Music Construction Set pour Amiga seulement, en 1986) se basaient sur ce principe.

Mais pour le coup, tous les programmeurs qui n’en avaient que faire du solfège (ou même les utilisateurs lambda) étaient mis à la porte de la Musique Assistée par Ordinateur. Il fallait donc une interface qui puisse être rapide à maîtriser, tout en offrant un panel de possibilité aussi large que pouvaient l’être les routines personnalisées des premiers programmeurs de musique. Ce concept, c’est celui du tracking : chaque canal musical est représenté par une piste (track), dont chaque ligne contient une note marquées de C à B (Do à Si en notation anglaise), sur plusieurs octaves, avec des effets (trémolo, vibrato, volume, etc.). Ces logiciels sont collectivement nommés trackers, ou soundtrackers, en hommage au logiciel le plus célèbre du lot…

En effet, l’Histoire n’a retenu qu’un nom : celui de Karsten Obarski et de son logiciel, The Ultimate Soundtracker, sortit mi-1987 sur Amiga 500, initialement un produit commercial, mais devant le peu de succès son code source s’est retrouvé diffusé librement (et officiellement ?), et les développeurs de tous poils se sont jetés dessus pour l’améliorer, et ont créé un véritable arbre généalogique des trackers, qui continue de s’étendre aujourd’hui…
Il ne s’agit pas du premier tracker graphique (loin de là), ni même du premier tracker public, car il me semble en fouillant que le tout premier était le légendaire SoundMonitor (1986), conçu pour Commodore 64 par le non-moins légendaire Chris Hülsbeck – qui en 1987 écrit le fameux TFMX. SoundMonitor a été initialement diffusé dans un magazines de programmes imprimés, à recopier chez soi !

Néanmoins, en transposant le concept du tracking inventé pour le C64 et sa puce SID, sur le formidable Amiga avec sa puce dédiée à l’audio (et baptisée Paula : 4 canaux, support de fichier 8 bits en stéréo avec accès direct à la mémoire), il y avait de quoi lancer une révolution, et c’est le Soundtracker d’Obarski qui en a été l’instigateur. Il était simple, son format de fichier était facile à comprendre, très portable et rapidement étendu…

(Note de 2021 : le brouillon de 2011 s’arrête là…)

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Le soundtracking (1) : présentation et exemples

Temps de lecture : 6 minutes.Je me suis mis à la musique assez tard, rétrospectivement. Je n’ai commencé à m’y intéresser qu’à l’arrivée du câble sur la télévision familiale, et avec elle MTV (à l’époque où Ray Cokes y sévissait encore). Certains clips m’ont donné envie d’acheter mes premiers albums, et je ne me suis décidé à sauter le pas qu’une fois après avoir récupéré un mini-boombox qui faisait lecteur CD, que j’ai calé devant mon lit. On s’en fout.

Mon premier album acheté a dû être « Jagged Little Pill » d’Alanis Morissette – et par acheté, j’entends « commandé au Club Dial ». Ahem. J’ai dû donc me mettre à la « vraie » musique vers 1995 – soit vers mes 18 ans. Re-ahem.

Enfin, quand ci-dessus je parle de musique, je parle de celle que l’on trouve en CD dans les magasins plus ou moins spécialisés, avec une production, un label, un système de distribution, un classement télévisuel animé par Marc Toesca, et la possibilité de payer pour écouter cette musique dans mon lecteur de K7.

demo-effect1

Parce que même sans toute toutes ces fioritures superflues mais considérées comme essentielles par les musiciens qui veulent réussir, de musique elle-même, j’en ai quasiment toujours eu dans les oreilles, grâce à mon Amiga 500 (puis 1200) et au merveilleux monde de la scène démo. Là où certains mettaient une cassette audio pendant qu’ils bossaient leurs maths, moi je mettais un jeu ou une démo pour écouter leur musique… Aaaah, l’intro de Turrican II, le musicdisk Jesterday par Sanity, l’intro d’Epic, la démo Enigma par Phenomena… Good times… *larme à l’oeil*

Certains pourront dire que ce n’est pas là de la « vraie musique », mais pour moi c’est surtout pour simplifier la différence d’avec la musique de jeux vidéos ou de démos… Quelle que soit la provenance, c’est de la musique, tout simplement : que ce soit du Mozart, du Britney ou du chiptune de C64, ça reste un morceau sur lequel quelqu’un a posé sa créativité. L’outil ne change rien : si on doit dire que la musique faite par ordinateur n’est pas de la « vraie musique », alors à partir de quel outil commence la fausse musique ? La guitare électrique (1930) ? Les ondes Martenot (1928) ? Le Vocoder (1930) ? Le Mellotron (1960) ? La platine vinyle (1946) ? Le magnétophone (1935) ? Conneries. Même générée par des algorithmes, pour moi la musique est, point barre.

Je prendrai sans doute un jour le temps d’écrire un truc sur mon expérience de la démoscène (car ça n’intéresse personne, donc IL FAUT que j’écrive là-dessus), mais il suffit de dire que la musique que j’aimais pendant mes tendres années, était faite et jouée sur ordinateur, par des milliers de compositeurs inconnus, pour la plupart amateurs et bénévoles, avec l’espoir de se faire embaucher dans une boite de jeux vidéos.

demo-effect2

Loin des Hendrix et autres Clapton, mes stars de l’époque portaient des noms qui font rêver et voyager, comme Walkman, Jester, Moby (non, pas celui-là, l’autre), Groo, Dizzy (non, pas Gilespie, un autre), Chris Hülsbeck ou Jogeir Liljedahl (dont je peux encore écrire le nom sans réfléchir). Les tubes qui tournaient en boucle sur mon Amiga (ou dont je sifflais la mélodie en me rendant à l’école) avaient pour titres « Klisje Paa Klisje », « More Than Music », « Face Another Day », « Coltris », « Oolah », « Wizardry »…

Walkman : Klisje Paa Klisje (qui signifie « pas à pas ») – 13 min 21 s
Du soft-rock à base de piano.

Moby : More Than Music – 21 min 59 s
Toutes les facettes du rock ! (attention, ce n’est pas « le » Moby)

Jogeir Liljedahl : Face Another Day (qui a eu droit à sa propre démo) – 22 min 11 s
Ambiance synthé new-age pour ce long titre.

Jester : Wizardry (l’un des titres du musicdisk Jesterday par Sanity) – 5 min 21 s
Jester était plutôt habitué à la musique boum-boum, là c’est plus, euh, péruvien 🙂

Dizzy : Coltris – 4 min 59 s
Quand un jazzman se lance dans la composition sur ordinateur, ça donne quelque chose de très original.

Groo : Oolah (tirée de la démo Stars) – 6 min 20 s
Grosse ambiance sombre et basse slappée.

(notez que c’est le seul titre de ma sélection à utiliser plus de 4 voix – en l’occurrence, 16)

(pour les connaisseurs : non, je n’ai pas mis Heatbeat, je n’ai jamais vraiment trop accroché avec ses modules…)

demo-effect3melon

Je vous assure, j’ai dû rendre mes parents fou à forcer d’écouter cette « musique électronique » pendant des heures — sans compter celles passées à simplement regarder les notes et leurs effets défiler devant mes yeux, juste pour voir à quel point certains pouvaient exploiter 4 voix — et contourner les limites du format…

A écouter des musiques instrumentales longues de plus de 5 minutes, avec moult sous-parties, pas étonnant qu’aujourd’hui je suis un tel aficionado du post-rock…

Et d’ailleurs, j’écoutais même sans le savoir du Hendrix et du Clapton. Je veux dire, il m’a bien fallu une dizaine d’années avant de savoir que Hideaway Blues et Killing Floor étaient de vraies chansons, rendues populaires par Stevie Ray Vaughan ou Jimi Hendrix — pas seulement de putain de bons modules !

Chorus & Sid : Hideaway – 2 min 11 s

Chorus & Sid : Killing Floor

Stevie Ray Vaughan and Double Trouble : Hide Away

Jimi Hendrix : Killing Floor

J’avais par contre plus de doute pour les titres les plus rock de HitHansen, mais sans chercher à trouver l’origine. Ici encore, il m’a fallu plusieurs années, et même la puissance de l’Interweb, pour découvrir l’infâme vérité…

HitHansen : Electric Church

Joe South/Deep Purple/Kula Shaker : Hush (pour une partie)

HitHansen : Experienced(x)

Jimi Hendrix : In From The Storm

Gn ? Modules ?

Mais revenons aux faits. Les premiers modules tenaient dans un fichier de moins de 100 Ko, préfixé de l’extension « mod. », comme « mod.kisjepaaklisje ». Ce préfixe (aujourd’hui devenu une extension normale .mod), c’est la marque du format MOD, qui décrit un module. Un module, c’est un fichier créé à l’aide d’un soundtracker. Faire de la musique avec un soundtracker, c’est ce dont j’ai envie de parler ce soir…

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Pourquoi ? Simple : je suis dans une phase nostalgique ; il y a une grosse semaine, je me suis pris d’envie de me réécouter quelques bon vieux modules. J’ai téléchargé le tracker OpenMPT (port open-source de ModPlug Tracker), et une poignée de fichiers : MOD.klisje paa klisje.lng (Walkman), drink_my_pain_away.mod (Moby), more_than_music-1.mod et more_than_music-2.mod (Moby encore), my_bass_is_crying.mod (Moby toujours), et enfin MOD.Face Another Day (Jogeir). Puis je ressortit mon exemplaire de Mods Anthology Volume 1…

Good times. Je me devais de vous en parler, ne serait-ce que pour montrer que cet art est LOIN d’être oublié, ou même mineur…

Et vu que j’ai déjà commencé à m’étaler sur plus de 1000 mots, je vais couper ici et publierai la 2e partie quand elle sera finie. Je pense que j’aurai fait le tour du sujet au bout de 5 parties. A voir…

Exemples

En attendant cette seconde partie, quelques autres de mes morceaux préférés, qui remplissaient ma chambre de sons merveilleux longtemps avant que je ne songe à acheter un CD…

A tout seigneur tout honneur, quelques modules de Karsten Obarski, créateur du format : Amegas, Bluesong et Pretend (passer d’un .mod à 44 Ko à un mp3 de 1,50 Mo, ça fait mal 🙂 )

Amegas – 4 min 21 s
Probablement l’un des premiers modules créés sur Soundtracker.

Bluesong – 3 min 58 s
Plus calme, et boucle parfaitement bien.

Pretend – 48 secondes
Petit morceaux sans prétention, mais avec une jolie mélodie.

4-mat : L-F-F – 2 min 43 s.
Un bon exemple de chiptune, que l’on retrouve dans de nombreuses cracktros. J’adoooore ce morceau, les instruments sont très blip-blip mais la mélodie est top.

Chrylian : Sonate to Her – 6 min 24 s
Pour moi un morceau aussi bon que Kisje Paa Klisje, dont je parlais avant. Piano, multiples parties, nombreuses ambiances — et par un français cette fois 🙂

Moby : Drink my Pain Away, Elekfunk! et Livin’ Insanity (tirées de « Arte » par Sanity), et Raging Fire.
(non, c’est un autre Moby que celui connu de toutes et tous)

Drink My Pain Away – 4 min 29 s
Clairement un soir où ce bassiste était triste…

Elekfunk! – 3 min 21 s
Preuve que l’on peut faire groover avec des samples !

Livin’ Insanity – 3 min 06 s
Deuxème exemple de guitare samplée bien utilisée.

Raging Fire – 1 min 04 s
Court mais efficace !

Audiomonster : Alcoholic Score et Melonmania (main tune et outro tune de la démo « S.O.S. » de Melon Dezign)

Alcoholic Score – 4 min 50
Un autre champion du groove en module !

Melonmania – 2 min 46 s
Ambiance plus feutrée et guitare au lointain.

Romeo Knight : Boesendorfer PSS  – 3 min 17
Final de la démo « Wicked Sensation » de TRSI.
Du piano de bout en bout, à je ne sais combien de mains 🙂

Walkman : TJA – 9 min 35
Enfin, retour à l’auteur de Klisje Paa Klisje, pour un autre trip, plus dark.

Rendez-vous dans un prochain article, pour partir aux origines du soundtracking et des machines qui font du bruit ! 🙂