Sabaidee Laos ! (troisième partie)

(avez-vous lu la première et la deuxième partie ?)

Jour 5

Réveil tranquilou dans la chambre de Pierrot, située en dehors du resort… et donc dans le village. Je me lève et ouvre la porte pour apprécier le temps, et moi de découvrir la vue matinale la plus dépaysante qu’il m’ait jamais été donné de voir, habitué que je suis des hôtels grand-luxe, bien sûr. Vue directe sur le village en bordure de route, avec un filet de ruisseau en contrebas. Sortir du noir profond de la chambre de Pierrot à ça, ma foi, ça le fait.

Il n’y a plus de client pour aujourd’hui, mais Pierrot est occupé avec les affaires à régler, ce qui nous laisse l’occasion de flemmarder et faire le tour du propriétaire. Voyons par exemple la salle à manger, avec en devanture une superbe terrasse surplombant de quelques mètres la rivière.
Tournons le dos à la rivière pour faire face au bar. Vous voyez ce poteau ? Vous voyez la marque sur icelui ? C’est l’endroit atteint par les eaux lors de l’inondation de 2008. Et voyez l’état du jardin aujourd’hui : rien n’y paraît, et il s’est même embelli par rapport aux photos que j’ai vu. Chapeau bas à Pierrot et son équipe (et tout le village qui a participé).

Le bord de rivière n’est pas mal non plus :

Et tant que je suis dans les panoramas de la journée, hop, téma la cheutron des breuchan, mec, t’as vu ?

Chaque bâtiment (quatre en tout), sur pilotis, contient deux chambres, et franchement elles ont une bonne tête. Voici l’une des plus récentes :

Bref, c’est pas du resort que tu croises tous les jours. Et entre ça, le beau temps, les balades à la cool et la cuisine qui déchiquète sa génitrice kodiak, franchement, t’y es pas déjà ? T’attends quoi ?

Tiens, baladons-nous justement : Pierrot en a fini avec sa paperasse et le réglage des divers boulons du jour, et propose de terminer la mâtinée par un tour de l’environnement immédiat.

Le temps de remonter la rue principale du village…

…on traverse un pont et, surprise !, nous sommes sur la rive d’en face !

Un joli point de vue sur l’ensemble du resort et de l’îlot devant celui-ci :

Première visite : la zone où les habitants font sécher l’eau de la source afin d’en récupérer le sel (et le vendre), sur la rive face au resort.

Hop, explications en vidéo :

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Voilà, maintenant vous savez tout. Ou du moins, vous en savez autant que moi.

Continuons notre petite balade… Les paysages sont jolis, à quelques minutes de marche du resort (clic clic fullscreen)…

…tandis que dans la rivière, les enfants pèchent et les mamans s’occupent du linge…

La vie s’écoule, quoi. Le chemin mène ensuite au village du coin, que nous traversons d’autant plus rapidement que nous croisons une scène qui pourrait sembler à la découpe d’un chien vivant, mais qui tout aussi plausiblement pourrait être un accouchement canin : devant une maison en bambou, 5 à 7 villageois sont accroupis face  à un chien qui, allongé et dos à nous, hurle à la mort. L’un des villageois semble avoir les mains sur son ventre. Couteau ? Nous n’en saurons pas plus, car…

Pierrot nous a raconté que Piba avait son petit succès auprès des villageois du coin. Dialogue ré-imaginé et sans doute exagéré pour satisfaire à notre dégoût d’occidental :

Villageois : Il est chouette ton chien, j’en ai jamais vu des comme ça, tu l’as trouvé où ?
Pierrot : Je l’ai fait venir de Thaïlande.
V : Ah bon ? Et il va rester à cette taille ?
P : non, il devrait être grand comme ça. [signe de la main]
V, impressionné : Oh ? Et, y’aurait moyen que tu me l’échanges contre, euh… [cherche du regard] ce chien là ? [pointe un chien vieux et malade]
P, commence à comprendre : Euh, non, y’a pas moyen.
V : Ok, mais sinon, tu pourrais m’en ramener à moi de Thaïlande. [bave aux commissures] Genre une dizaine ?
P : Ca va pas être possible, monsieur.

Bref, certaines ethnies mangent les chiens. C’est pas grave hein, c’est très bon le chien, paraît-il, mais juste, Pierrot ne se balade plus trop dans les villages avec son chien depuis lors 🙂

Donc, nous passons le village, au demeurant fort sympathique…

…pour, par un chemin détourné, descendre sur la rive en contrebas…

…et traverser la rivière avec les moyens de transport locaux 🙂

Et une barge plus robuste pour les deux garçons et Piba, qui n’est pas franchement un habitué de la chose : après être tombé à l’eau au bord de la rivière, il fera moins le malin pendant la traversé.

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…le tout sous le regard amusé de la marmaille, qui ne croise pas de « falang » tous les jours quand même 🙂

Nous revoilà à nouveau sur la rive initiale, le chemin de retour vers le resort se fera tranquillement, en croisant quelques beaux spécimens, et toujours de jolis paysages qui vont loin, loin, loin…

Et avec tout ça la journée commence à peine : une fois rentrés au resort, il n’est même pas midi. Après avoir passé un Piba mouillé à la serviette-éponge, Pierrot retourne à sa gestion des affaires quotidiennes, tandis que nous sommes libres de faire comme bon nous semble.

J’en profite pour aller voir la vue depuis l’île en face du resort.

A gauche, le restaurant ; au lieu, le jardin ; à droite, le dernier bâtiment construit ; encore plus à droite (hors-photo), le combo spa/massage/bain d’eau chaude…

C’est plutôt paisible et isolé, comme environnement.

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Visiter l’île d’en face, donc, mais également goûter la température de l’eau. Ha!, cette fameuse source ne doit pas être si chaude que ça, non ?

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Si. Grave, même.

Bon, c’est pas tout ça, mais il se fait faim. Bah oui, mine de rien, tout ce texte, ça ne fait que la matinée de 2 février 2009, tout laotien fut-il.

L’après-midi se passe sereinement : tandis que Pierrot travaille aux 4 coins du resort et s’efforce de tout bien régler, les blondes (la fille et Piba) jouent ensemble ou lisent au soleil (enfin, surtout la fille), et je bouquine également (et joue à GTA Chinatown Wars sur ma DS, oui, bon) sur le balcon de la chambre, avec vue sur la rivière et la colline en face.

La vie du village de Muang-La s’écoule avec la rivière : tandis que certains récoltent le sel de la source, d’autres pèchent les poissons avec une technique particulière…

…ou plus classique…

Les femmes du village viennent se laver ou passer leur linge à l’eau, profitant de la chaleur de la source… qui ne semble pas les gêner plus que ça.

17h, le soleil se couche, Pierrot propose de marcher jusqu’au temple local, afin de l’apprécier à la lumière du soir.

Sur le chemin du retour, on passe devant le bar des katoïs (les fameux ladyboys, ou « monsieur-madame », qui sont a priori les seuls à mettre un peu d’ambiance dans les soirées des villages laotiens)… Les bars katoïs sont faciles à repérer, il y a des guirlandes à l’extérieur et ils diffusent sans cesse la dernière musique hype mode de 1994.

…puis on s’arrête dans un petit bar situé non loin du resort, où l’on descend quelques bouteilles de Beerlao — non sans avoir, politesse locale, servi un verre à la table voisine en passant. Et on continue de se raconter nos vies, en descendant les verres…

Retour, enfin, au resort (à deux pas de là), pour profiter de la succulente cuisine.

Pour une fois, Pierrot s’autorise à nous accompagner, et sous la pression de la tablée de quadras parisiens de passage, enchaînera sur une partie de carte, puis deux, puis trois — non sans avoir avant tout permis à son staff d’aller se coucher. Ils sont gentils les touristes, mais y’en a qui bossent le lendemain.

Je fais le tour du patelin pendant ce temps, bouquine, et enfin, tout le monde se couche… Il est quand même une heure passée, j’en connais un qui va avoir du mal demain matin (pas moi, hein, le grand couleur homard).

Sabaidee Laos ! (deuxième partie)

(pensez à lire la première partie)

Jour 3

Luang-Prabang, 2e jour. Levés tôt, petit déj au Couleur Café, et en route (car ça va prendre du temps pour arriver au resort) — mais non sans quelques arrêts, d’abord se prendre quelques sandwichs lao pour le pic-nic du midi, puis un tour dans un marché lao, histoire d’en apprécier l’ambiance…

…et au détour d’un présentoir, « oh, ‘faut que vous essayiez ça ! », s’installer et manger, donc, ça :

Bon alors je n’ai pas retiendu le nom, mais en gros c’est divers bidules (une cuillerée de chacun des huit bols) plongés dans du lait de coco sucré (une bonne louche), et ça défonce. A priori, il y avait de la châtaigne. Peut-être. en tout cas, même pas malade, didon !

On prend la route. Pendant 200 km, c’est du bon plat, on traverse des villages et on admire la circulation sur les routes laotiennes : beaucoup, BEAUCOUP de scooters et de vélos (où les passagères sont en amazone) et de gens à pieds, quelques touk-touk (pas les mêmes qu’à Bangkok, beaucoup plus stylés « mini camion » que « tricyle tuné »), et des camions de travailleurs/marchandises…

On sort rapidement de la zone urbanisée, et la route s’entoure de monts et vallons… Les premiers villages apparaissent…

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Il se fait faim, garons-nous sur le bas-côté, et descendons quelques marches afin de pic-niquer devant une chouette vue.

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Reprise de la route, qui perd un peu qualité mais le véhicule du Muang-La Resort est tous-terrains, donc nous nous rions des nids de poules ! Cot cot ? Haha !
Passage rapide dans Oudom Xay, la capitale de la province du même nom et plus grande ville du nord du Laos, encore quelques kilomètres et nous arrivons, enfin, dans le village puis le resort de Muang-La.

Et là, tout ne devient plus que luxe, calme et volupté… à commencer par la chambre.

…où Pierrot nous laisser nous poser, nous ablutionner et nous changer tandis qu’il se tient au courant des affaires du resort. La consigne : ‘faut pas trop compter sur lui, il a beaucoup de taf tout le temps, agissons comme des clients lambda et tout se passera bien.

La minute promotionnelle
Muang-La est un superbe resort, ouvert en 2007 sur les rives de la rivière Nam Phak (« nam » signifiant « rivière », donc). Le village est connu dans la région pour sa source d’eau chaude naturelle, et le resort en fait bon usage en proposant un spa avec bain d’eau chaude. Ça revigore.

Le village de Muang-La est connu principalement pour cette source naturelle d’eau chaude, ainsi qu’un Bouddha sacré, mais autrement il reste particulièrement « normal » : une rue principale parsemée de quelques maisons en bois ou bambous (et quelques-unes en dur), une végétation verte et luxuriante, et bien sûr la population très souriante, comme partout au Laos.

Le resort est en bordure de rivière, et cela joue pas mal pour le charme de l’endroit. Mais il l’a payé cher : lors des intempéries dantesques de septembre 2008 (voir le milieu de ce post sur le blog perso de Pierrot), due à un typhon exceptionnellement puissant (normalement les montagnes laotiennes bloquent les lourds nuages au Vietnam). Ces évènements sont heureusement super rares, et l’endroit a depuis retrouvé tous ses atours — et même un bâtiment en plus 🙂

Pendant ce temps-là, à Vera Cruz
La nuit tombée, il se fait faim, apéro sur la terrasse qui donne sur la rivière. Pierrot ne plaisantait quand il disait de prendre des fringues chaudes : ça caille, mais pas de quoi non plus sortir le manteau d’hiver. En revanche, le staff nous sort un brasero plein de braise (donc), et ça c’est une idée qu’elle est bonne.

L’apéro terminé, on retrouve Pierrot pour le dîner… mais vu qu’il est gérant, et bin c’est tête à tête avec Stéphanie a se raconter nos vies (on ne se connaît pas vraiment, ça fait plein de trucs à raconter), et de temps en temps on voit Pierrot, qui passe… 🙂

Il est super sérieux dans son rôle de grand chef d’orchestre, attentif au moindre détail, et dirige son staff de manière discrète et efficace (et parfois marrante). Suis impressionné par une telle éthique, là où il serait si simple de laisser faire et déconner avec nous. Bon, y’avait des clients aussi… 🙂

De son côté, la nourriture, totalement laotienne, et « mmmmh ch’est kro bon ». Sérieux, Pierrot, c’était trop bon. J’adore le riz gluant, j’en veux tous les jours. Avec le bidule au coco milk 🙂

Une fois les clients couchés (le long trajet et la fraîcheur nocturne aident à préférer l’intérieur de la chambre à la salle à dîner ouverte à l’air libre), on se retrouve à trois autour d’un verre, à raconter tout et rien ; puis, dodo, car le zigoto se lève tôt le matin.

Jour 4

Pierrot n’a pas que ça à faire de s’occuper de nous, donc il nous a programmé une sortie vers le grand marché d’une ethnie locale, en compagnie d’autres clients du resort. Ce marche se déroule tous les 10 jours, c’est l’occasion, et ça nous fera voir un peu plus de pays.

La minute culturelle : quelques ethnies du Laos

Il n’y a pas que le peuple Lao au Laos, il y a une foule de minorités ethniques, arrivée dans le pays plus ou moins récemment. Et il y a les Chinois, qui profitent « un peu » de l’indolence des Lao pour envahir le pays avec leur argent, leurs hôtels, leurs casinos et plus globalement leur produit de piètre qualité.

Les villageois que nous avons croisés pendant notre séjour sont principalement de trois groupes ethniques (ta mère, oui, HAHA, merci) :

  • Les Hmong (prononcer « mongue ») : arrivés depuis le sud de la Chine (montagneuse) au milieu du XIXe siècle, ils se sont installés dans les montagnes, généralement à haute altitude. Très présents également aux Etats-Unis, et même en France ;
  • Les Akha : également venus des régions sud de la Chine, ils ont la caractéristique de vivre dans des maisons sur pilotis, et sans fenêtre ;
  • Les Khmu (« kamou ») : très présents au Laos du nord, dont ils sont l’une des principales ethnies, et pour cause : ils sont du coin. Très isolé, ils vivent cependant souvent côte-à-côté avec les Hmong. Ils se sédentarises : beaucoup ont des maisons avec des murs en béton plutôt qu’en bambou/bois.

La question de l’altitude est important, si je me souviens bien, parce qu’ils croient en une sorte de fin du monde avec déluge biblique, et donc plus haut tu es, plus de chances tu as de survivre. Pas con le gars.
Et, non, je ne suis pas s’ils sont venus en marchant depuis la Chine — mais c’est probable.

Ah, et les Hmong se font en ce moment même déporter de la Thaïlande au Laos, sympa le traitement des ethnies…

And now, for something completely different…

THE LARCH

Euh, je veux dire, la balade. Passés les quelques kilomètres de route dégradées mais de bien beaux paysages, on arrive dans un village un peu plus gros que les autres…

…puis au fameux marché… qui n’est pas si grand que ça, mais nous y trouverons quelques trucs sympa à acheter, notamment une machette (!!)…

…et un truc qui a l’air rigolo à manger :

Mais quels sont ces animaux dans le porte-bagage de ce scooter ?

Ah, selon notre guide, John, ce serait une sorte d’écureuil/rat du coin, que les gens tuent d’un coup précis de lance-fléchettes… si j’ai bien compris. Miam !

Pendant ce temps, de l’autre côté de la rive…

Le tour du marché fait, nous nous mettons en route pour visiter un ou deux villages, perdus sur ces routes encore plus défoncées. L’aventure, je vous dis !

Accrochées à flanc de coteau, sur des pilotis ou à même le sol, les habitation marrons se démarquent de la végétation.

Les hommes et la plupart des femmes sont partis travailler, restent les animaux (beaucoup de cochons nois de poils, et de chiens apeurés), et surtout un troupeau d’enfants qui s’amusent à vous suivre, à vous imiter en train de parler, et bien sûr s’émerveillent de la technologie. Ils rechignent quasi systématiquement à être pris en photo, mais si vous prenez innocemment une maison en photo et que vous le montrez le résultat, l’attroupement se fait et il devient plus facile de les aborder. Pour eux, c’est de la magie. Pour nous, c’est tenir au bout des doigts de quoi les nourrir pendant 6 mois…

Second village, et d’autres coutumes, comme cette « balançoire » qui sert, si j’ai bien compris, à sécher le riz, et, ceci fait, à faire se rencontrer garçons et filles autour d’un jeu innocent…

Car apparemment, la drague au Laos, c’est pas trop ça : tu embrasses = tu épouses, et sinon tu peux enlever celle que tu aimes, le père ne dira rien. Je peux avoir mal compris, une fois de plus, hein 🙂

Et les montagnes qui s’étendent à perte de vue…

…et les enfants qui rient et, timides, t’imitent…

« You want see other village yes? », nous demande John. Non, ça devrait aller là… On se sent déjà suffisamment déplacés de visiter un village comme s’il s’agissait d’un musée de curiosités, au bout de deux villages ça suffit.

On reprend la route, « you want stop here for lunch ? », euh non au bord de la route bof quoi, y’a pas plus joli ? Le conducteur, après un chemin qui descend vers la rivière, nous trouve un endroit plus joli. Carrément.

Miam miam à l’ombre du camion (car la soleil donne), tandis que sur la rivière, spectacle de quatre fringants jeunes hommes qui pèchent : debout sur leur pirogue, l’un jette un filet tandis que les autres, à la manière des gondoliers de Venise, utilisent leur bâtons pour diriger l’engin flottant, puis tous tapent sur la surface de l’eau le plus violemment possible, sans doute pour abrutir les poissons ?

Reprise de la route pour un retour au resort. Ca somnole, je parlote avec John, un gamin de 19 ans qui fait le guide pour payer ses études. Il veut faire des « wessite », et pour cela il prend des cours de « STML and Jawa ». Bon, alors, en bon évangélisateur, je lui ai parlé de JavaScript et CSS, mais 1) je me suis arrêté avant de mentionner MooTools et jQuery, et 2) je n’ai pas trop insisté sur le fait que Java, c’est pas trop top pour faire un site web, car bon, c’est sa thune, hein. Et pis, p’tet qu’il deviendra consultant, qui sait ? J’aurai p’tet dû mentionner C#, alors… Mmmh…

Retour au resort, et l’après-midi est à nous, il n’est que 15h. C’est l’occasion de jouer avec Piba !

Piba

Pierrot est désormais plutôt bien implémenté au Laos, et loin de fonder une famille, il s’est quand même fait plaisir : un labrador beige ! Il l’a nommé Piba, qui signifie « fou » en Lao (en fait, « pi ba », mébon), car « chien fou! chien fou! » est une des ses grandes expressions, et en Lao ça donne « Ma pi ba », ce qui fait trop long, donc Piba it is.

Il est tout jeune, importé de Thaïlande, et avec ses grosses papattes et ses grandes n’oreilles, tout le monde l’adore, clients ou staff.

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Autrement, le reste de l’après-midi est passé à bouquiner et papoter dans le jardin…

…parce que, bon, c’est quand même grand, il fait beau, ce serait dommage de gâcher, n’s’pas ?

Le soir, parties de carte avec un arrivage de français, dont certains de ma ville, Asnières. Bon sang de bois, c’est bien la peine de partie au Laos pour rencontrer des asnièrois ! Chance, ils ne connaissent pas mes parents, pfiou…

N’étant pas à fond dans les jeux cartes, je me balade et vous présente cette belle affiche, placée derrière le bar :

Mais de quoi s’agit-il, me demanderez-vous ? Culture-généralons-nous, grâce à notre ami Pierrot : cette affiche de 2007 célèbre 30 années d’amitié entre le Laos et le Vietnam, et 45 années de relations diplomatiques. On reconnaît à gauche le drapeau vietnamien, avec représenté l’un des forces de ce pays, les ponts ; à droite,  la laotienne et la spécificité du pays, les barrages hydro-électriques. Supair !
En parcourant Wikipedia, cependant, on se rend compte en fait que le Vietnam a depuis longtemps exercé une forte influence sur la politique du Laos, d’abord secrète, et formalisée en juillet 77 par un traité d’amitié et de coopération.

Ils continue de jouer aux cartes. Le staff est parti se coucher depuis longtemps, sauf Pierrot bien sûr, car il faut bien rester avec les clients jusqu’au bout, même s’ils souhaitent philosopher jusqu’à pas d’heure…

Je sors du resort et marche dans la nuit, au bord de la rivière puis aux limites du village. Quand je reviens, enfin la dernière partie se termine. On rentre se coucher chez Pierrot, car toutes les chambres sont prises par la clientèle. Dodo, demain Pierrot se lève tôt.

(hop, à la troisième partie)

Sabaidee Laos ! (première partie)

[début décembre, j’ai passé 10 jours au Laos. permettez-moi de raconter mon voyage. jour après jour]

Prologue

Samedi 17 octobre 2009
Je suis célibataire depuis 4 jours, et licencié économique depuis 3 (et je n’en parlerai pas plus ici). C’est l’anniversaire de mon vieux pote Pierrot, expatrié au Laos depuis presque 3 ans. Je lui ai envoyé une carte de bonne année moche via Dromadaire (une fois n’est pas coutume…), il m’appelle pour papoter et prendre de nouvelles. De fait, elles ne sont pas forcément bonnes…

(…)
X : m’enfin bon, du coup, je vais p’tet en profiter pour enfin passer te voir, mon pote !
P : ah, ça c’est cool, ça me ferait plaisir.
X : bin oui ; donc dis-moi, quel est le moment qui t’arrangerait le plus pour que je débarque ?
P : ah bin tu sais, là, la haute-saison arrive, donc si tu débarques en ce moment, je n’aurai pas beaucoup de temps à te consacrer, ‘faudra que je passe du temps à gérer le resort.
X : ah, ouais, forcément. Donc, ‘faudrait que je débarque maintenant quoi ?
P : oui, ou alors à partir de la mi-janvier.
X : ah wè quand même. Non parce que je comptais quand même être en pleine phase de recherche de taf en janvier, donc ça ne va pas simplifier la chose.
P : bah tu me dis mec, moi je ne bouge pas, de toute façon je ne remonte pas en France cet hiver, trop de boulot…
X : bon, ok, je vais voir, je te tiens au courant là-dessus… Mais sinon, pendant que j’y pense, changement de sujet : est-ce que…
(…)

Ça semblait mal barré : je me voyais mal passer 10 jours à ne profiter de mon pote que pendant son maigre temps libre. Il est responsable du Muang-La Resort, et son attention est constamment prise par son staff et son quotidien. Pas vraiment le temps de balader les potes à droite à gauche…

Mercredi 28 octobre 2009
Appel du Pierrot.

P : ouais, alors rapidement, je t’appelle car j’ai une ancienne collègue qui a décidé de venir au Laos pendant 10 jours, à partir de fin novembre. Ça te dirait de t’incruster sur son voyage ? Comme ça au moins quand je serai occupé avec le resort, bin vous pourrez vous balader de votre côté.
X : mais grave, que voilà une bonne idée qu’elle est bonne. L’idée.
P : je vais vous mailer à tous les deux, vous réglez les détails entre vous. C’est cool !

Échange de mail, dans lequel Pierrot suggère à Stéphanie (donc) de m’envoyer un questionnaire pour vérifier si les longues heures de vol se passeraient sans encombre. Elle oblige (je copie-colle son mail) :

Est-ce que tu aimes les films de gladiateurs ?
Est-ce que tu aimes quand un chien vient se frotter à ta jambe ?

Une fane de Peter Graves, ça présageait plutôt bien 🙂

Les verres de présentation pris le lendemain confirment l’impression : je vais passer 11 jours en compagnie non seulement de mon vieux pote, mais également d’une grande blonde qui aime rigoler et être spontanée. Youpla !
Elle prend les billets le lendemain, et ne reste plus qu’à attendre la fin du mois pour décoller, direction le Laos (via Bangkok). Pendant qu’on lui prend de la musique, des films, du chocolat, du saucisson et des fromages (avec l’aide de la mère de Pierrot), lui nous prépare un petit programme histoire de nous occuper. Ça se présente bien !

Le 12 novembre, c’est mon dernier jour chez Netvibes.

A J-5, la tension est à son comble.

A J-1, on ne tient plus.

Le jour J, bah, euh, on part.

Jour 1

Samedi 28 novembre, 11h30
Rendez-vous au lieu-dit Roissy Charles-de-Gaule, riante contrée connue pour ses bâtiments de stylé néo-carcéral. Après le menues obligations logistiques, nous embarquons dans un rutilant Airbus de la Thai Airways, direction Bangkok. C’est la teuf. On décolle à 13h30. C’est parti pour 13h de vol – je suis blasé, ça ne fait jamais que la 2e fois cette année que je faisle trajet Paris-Bangkok…

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…mais cette fois, avec un passager clandestin : Cheval ! 🙂

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Jour 2

Atterrissage à Bangkok vers 6h du mat’ (heure locale), et vu que nos billets ne sont pas chers, nous avons droit à 6h30 d’attente avant de nous envoler pour le Laos. La ballade dans la zone de transit est rapide, et nous permet de déjeuner comme des rois :

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Une sieste d’1h30 sur les sièges de l’aéroport nous permet de nous recaler un peu plus sur le fuseau horaire, puis c’est l’embarquement.

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Ce fier appareil de Bangkok Airways va nous amener à Luang Prabang, ancienne capitale royale posée sur le Mékong.

13h de vol + 6h30 d’attente + 2h de vol, on arrive enfin, c’est génial !

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Les vacances commencent officiellement… avec le remplissage des formalités administratives : $35 et une photo plus tard, nous avons notre visa. J’ai le nez qui coule depuis une semaine, mais je ne vais pas cocher les cases sur le formulaire de prévention anti-H1N1, hein, ce serait dommage de se voir refuser l’entrée dans le pays…

La minute culturelle : histoire-géo
Alors, le Laos, c’est où, c’est quoi, ça se mange comment ? Le Laos partage ses frontières principalement avec la Thaïlande à l’ouest, et le Vietnam à l’est. Le nord est partagé entre le Myanmar et la Chine, et le sud avec le paisible Cambodge. Remercions Wikimedia Commons pour cette zoulie carte :

Si vous avez du mal à repérer ces pays sur la mappemonde, voici une carte d’ensemble. Comme vous le voyez, la capitale est Vientiane, et Luang Prabang, qui se trouve plus au nord, s’écrit aussi Louangphrabang (le « ph » se prononce « p », tout simplement. Je vous laisse prononcer iPhone…). Mon pote et ami, lui, vit à Muang-La, dans le district d’Oudom Xay (prononcer « saï »), qui se trouve, mettons, 200 kilomètres de route plus au nord, mais il faudrait bien 4-5h pour y arriver. Heureusement, le paysage est superbe… Grand jeu : trouvez Luang Prabang, Oudom Xay et Muang La sur cette carte ! 🙂

A la différence de ses principaux voisins, le Vietnam et surtout la Thaïlande, le Laos n’a pas encore succombé à la tentation du tourisme (ou en tout cas, du « surtourismage », ouais néologisation mon amour), sans doute avant tout par ses infrastructures routières pas vraiment aux normes, et à son paysage très vallonné/montagneux. Et aussi peut-être parce que les Laotiens sont très heureux comme ça… Mais du coup, cela fait du Laos une destination très prisée de ceux qui justement veulent s’écarter des touristes et s’enfoncer dans un univers plus naturel — ce n’est pas pour rien que le pays était à la première place du classement « 53 places to go in 2008 » du New-York Times.

En parcourant un ou deux guides sur place, j’ai voulu vérifier si le Laos pouvait expliquer ses tendances francophiles par sa possible origine siamoise. Les bouquins n’en disaient rien, et même Wikipedia a tendance à dire que Siam, c’est juste l’ancien nom de la Thaïlande. Heureusement, grâce à mon talent sous Photoshop, je peux combiner deux cartes et faire montre de la vérité : le Laos faisait bien partie intégrante du royaume de Siam. Ha !

(en jaune transparent, le royaume de Siam (1238 — 1939) ; en jaune opaque, le Laos d’aujourd’hui)

Comment ça on s’en fout ? Ça a son importance ! Notamment par l’engagement de la France dans les conflits locaux (Diên Biên Phu se situe au Laos les enfants ; 1953 — 1954), par suite de l’existence de l’Indochine (qui englobait le territoire actuel du Laos, du Cambodge et du Vietnam ; 1887 — 1954), qui elle-même fait suite au placement dudit Laos sous protectorat français en 1902/4, entre autres traités destinés à pacifier la zone…

Bref, tout ça pour tenter de s’intéresser à l’Histoire de se pays somme tout sans histoire (haha), et également a expliquer la large communauté française, ainsi que la signalisation routière encore ici et là bilingue Lao/Français – même si l’Anglais prend de la place.

Bon, je vois que ça vous gave, passons…

Et maintenant…
L’aéroport de Luang-Prabang (ci-après LPK), c’est un peu ton aérodrome de village : une piste, un parking, et une bâtiment contenant une seule grande pièce avec des cloisons pour condenser 4 guichets, les files d’attente, le tapis roulant pour les bagages, et la zone de retrouvailles. Ça tranche avec celui de Bangkok, c’est sûr. C’est bien, c’est familial 🙂 A peine entrés dans le bâtiment, on aperçoit donc notre Pierrot international de l’autre côté de la pièce, qui fait coucou et, forcément, pointe sa montre en faisant mine de râler. Bagages récupérés et posés dans son gros véhicule tous-terrains siglé « Muang-La Resort », et en route pour la ville. Il fait beau et chaud (ou l’inverse), j’ai l’air un peu sur-chargé avec mon passe-montagne, « tu nous avais dit de prendre des vêtements chauds, couillon ! »

(à gauche, la piste ; à droite, le parking)

En 15 minutes, nous sommes devant le Mekong Riverside Hotel, où nous passerons la nuit. Posage de bagages, légères ablutions, et on se retrouve juste à côté, au Couleur Café, histoire de déguster notre première bouteille de Beerlao du séjour, et de se poser un peu… Il est 16h. « Alors, comment ça va la vie ? »

Pierrot, c’est mon copain, mon poto — et aussi celui de tout plein de gens à Paris. Une vingtaine de personnes peuvent sincèrement dire que c’est leur meilleur ami, et ne pas se connaître entre elles. Pour ma part, j’ai l’heur et l’avantage de le connaître depuis, boarf, 15/17 ans ? P’tet plus ? Qui compte ? Bref, je le connais bien, et genre je savais que malgré presque 3 ans passés sous le soleil du Laos, il aurait toujours autant le bronzage d’un homard, et ça ça fait plaisir.
Éternel Gentil Organisateur de nos soirées parisiennes, il a rendu orpheline une grosse poignée de groupes de gens, pour venir gérer un resort dans la cambrousse Laotienne, tout ça quasiment sur un coup de tête/défi, et ma foi il y est heureux — même si, forcément, spa pareil, hein : passer de l’hypersocialisation alcoolisée panaméenne au fait de devoir passer par un interprète anglais-lao pour la moindre requête, ça doit faire un choc. Mais il le vit bien, et maintenant en revient même à être gêné par la pourtant faible circulation dans les rue de LPK.

Bref, en bon GO, il ne tarde pas à nous faire faire le tour de la ville, à commencer par un ch’tit temple, pour la mise en bouche. Ici et là sur les bords du fleuve, on peut voir des terrains de pétanque avec ses jours : relique du colonialisme français, il paraît que les joueurs utilisent toujours des locutions françaises, genre « c’est bon », qu’ils ont plutôt un bon niveau, et d’ailleurs la pétanque fait partie des XXVe SEA Games (South-East Asia), les Jeux Olympiques de la région, qui se disputeront justement à Vientiane dans les jours qui suivent. Je découvre d’ailleurs que dans cette discipline, le Laos a remporté 9 médailles, dont 2 en or et 6 en bronze.
Après cette mise en jambe, en route vers le sommet local, où après une marche abrupte, nous découvrons un stūpa et un petit wat, nommmé Tham Phou Xi. On y découvre un panorama sympathique sur cette ville inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO…

Détail :

Le soleil se couche sur la ville…

…et la soixantaine de touristes venus prendre LA PHOTO du coucher du soleil sur ce point de vue unique dans la ville… Entre les branches d’arbres et les petits malins qui se sont mis sur le rochers devant tout le monde, difficile de faire une photo potable…

On a beau faire des efforts pour attendre ce foutu dodo de soleil…

…ça saoule rapidement, toute cette foule (surtout Pierrot, pour qui en plus ce n’est pas la première fois que le soleil se couche). On les laisse à leur astre, et on descend par l’autre versant, en passant devant quelques statues bouddhistes et même un lieu contenant « la trace de pas de Bouddha ». Chouette. Heureusement d’ailleurs qu’on a Pierrot pour nous expliquer le sens de tout cela…

La nuit tombe, il est temps de parcourir le marché qui s’est mis en place sur la rue en contrebas.

Ce n’est pas complètement innocent : tandis que nous parcourons les travées où des laotiens vendent leurs productions, Pierrot y fait quelques achats a destination de son resort, de son staff ou de lui-même… Nous découvrons pour l’occasion qu’il se débrouille plutôt pas mal en Lao, et le voir négocier avec les enfants suffit à nous convaincre que rien ne remplace la pratique par l’immersion totale.

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Tiens, paf, quelques mots essentiels (je vous le fait en pseudo-phonétique, hein) :

  • Bonjour : Sabaïdee
  • Ca va ? : Sabaïdee bo ? (pourtant le « bo » exprime la négation. bon)
  • Ca va bien : Sabaïdee (ouais, je sais)
  • Merci : Kop tchaï
  • Merci beaucoup tu m’as limite sauvé ma life mec : Kop tchaï lalaï
  • C’est pas grave / pas de problème / hakuna matata : Bo pénianne
  • Pardon : Koto
  • Fou : Piba (« il est complètement piba, lui ! »)
  • C’est trop cher : PENG !!!!

…et c’est à peu près tout ce qu’on a appris, car Pierrot prenait tout en charge pour nous, et autrement l’anglais/français était suffisamment bien compris par nos interlocuteurs.

Ces quelques achats faits, marchons tranquillement vers le Vaï-Vaï, un restaurant tenu par un français, où nous en croisons d’autres (de français). La communauté française de Luang-Prabang, a vue du nez, ne compte pas plus de 50 âmes — ou en tout cas, c’est ce que nous sommes portés à croire, car nous n’en avons guère rencontré plus, et ils se connaissaient tous entre eux, sortaient aux mêmes endroits, dînaient chez l’un après avoir bu un verre chez l’autre. Very tightly knit. Et tous très cool, avec des tonnes d’histoires récoltées dans leurs anciennes vies ou leurs voyages à travers le monde. Par contre, il ne faut pas leur parler de retourner vivre en France 🙂

Après avoir discuté avec nos nouveaux amis, Pierrot nous amène boire deux dernières bouteilles de Beerlao dans un petit bar local, tenu par des ados laotiens…

…et enfin, vers 23h, dodo : pour la demoiselle et moi, il est encore tôt (-6h), mais demain nous prenons la route !

Allez lire la deuxième partie ! (bientôt)

La courbe de PJ Harvey

[note : blogpost entamé fin 2007, abandonné, repris, étendu, oublié, remanié, oublié, et enfin terminé en catastrophe vu l’arrivée prochaine du nouvel album (30 mars)… Excusez-moi donc si certaines parties sentent le réchauffé / déjà-lu]

Quand on apprécie un artiste – quand on l’apprécie vraiment -, on suit son évolution avec plaisir, malgré les écarts parfois extravagants qui peuvent y avoir entre deux périodes de son œuvre. Je parle bien sûr de musique, mais cela s’applique à tous les arts, je suppose. Je crois que c’est dans une FAQ d’un site non officiel sur les Smashing Pumpkins où j’ai vu l’explication suivante :

Q: What is a true fan?
A: A true fan is someone that will give the band’s next record a chance. Not just one listen, but a few, just to make sure they really don’t like it.

[update: FAQ retrouvée, texte corrigé]

Ma fannitude était dernièrement particulièrement mise à l’épreuve par Radiohead, dont les livraisons depuis OK Computer ne dévoilaient leur intérêt, selon les titres, qu’au bout de plusieurs écoutes – et j’ai même été jusqu’à réaliser mon propre Kid Amnesiac tant certains titres me semblaient faibles. Leur dernière livraison, In Rainbows, est sans doute leur album le plus calme et le moins « rock », mais également leur album le plus cohérent depuis OK Computer, et mérite sans doute d’être au moins sur la 3e marche du podium de leurs meilleures productions… mais j’en ai déjà parlé ailleurs.

Q Magazine : Lick My Legs cover
Q Magazine : Lick My Legs cover
Comme le titre de cet article vous laisse présager, l’idée ici est avant tout de parler de PJ Harvey – qui a également livré récemment son album le calme et le moins rock, au premiers abords : White Chalk [note : sortit le 24/09/07, donc un « récemment » tout relatif désormais]. De fait, un écart violent avec son précédent album, Uh Huh Her, qui frappait par son âpreté et son aspect d’urgence.

Tout nouvel album de la part de PJ Harvey est une nouvelle confirmation d’une de mes théories, basée sur ce que ma demoiselle m’a appris d’elle : Polly-Jean fait volte-face à chaque album. Ma théorie est que cette volte-face est de plus en plus violente avec le nombre des années – et des albums.

Plutôt que de vous assener vigoureusement ma science, traitons le sujet par la méthode sénéchale : voguons d’album en album afin d’en extraire une possible substantifique moelle…

Si vous avez raté le début du film…

desire11Polly Jean Harvey n’est pas une débutante : partie de son Dorset profond et natal, elle s’est lancée à tâtons dans la chanson en fin d’adolescence (19-22 ans), et a eu la chance d’être très vite repérée par le regretté critique et homme de radio John Peel, qui sera un peu son parrain tout du long de sa carrière. Forte d’un premier single, Dress, très bien reçu par le public indie-rock briton, et du support de John Peel, elle enchaîne avec un second titre, Sheela-Na-Gig, qui est tout aussi bien reçu. Ces deux titres donnent les premiers accents d’une artiste indé forte, jouant sur l’humour noir, la sexualité et sa propre image. Bonheur.

1992 vient, et avec lui son premier album.

Dry (1992)

Dry
Dry
Premier album, donc, et déjà elle fait montre d’une force d’écriture, tant musicale qu’au niveau des textes, très affirmée. Souvent émotionnelles, PJ amplifie l’impact de ses chansons par une voix qui, si elle n’a pas encore gagné en puissance, s’habille en fonction des personnages qu’elle raconte. Musicalement, c’est une base de rock indé assez typique du début des années 90, en y mêlant des touches de punk ou de blues, voire de grunge, le tout servit par un son très sec, une guitare rêche et une image très riot grrrl – notamment suite à des photos d’elles montrant ses poils aux aisselles (à noter cependant qu’elle a toujours rejeté toute étiquette féministe). La couverture de l’album a été réalisée par Maria Mochnacz, qui réalisera par la suite quasiment toutes les couvertures de ses albums, ainsi que la plupart de ses vidéos.

Outre Dress et Sheela-Na-Gig, que l’on retrouve sur l’album, trois titres à retenir principalement sans doute : Water, Plants and Rags, et Oh My Lover, qui ouvre superbement l’album.

Côté vidéo, c’est Dress qui a eu cet honneur (avec même une vidéo live de promo, apparemment), puis Sheela-Na-Gig (avec des extraits du même concert de promo, dirait-on). Stylistiquement, ça reste très « fin des années grunge ». Quelques années plus tard, Victory en concert.

Rid of Me (1993)

Rid of Me
Rid of Me
Après une guerre de labels pour reprendre son contrat, ce deuxième album est placé sous la houlette du producteur Steve Albini, à qui l’on devait déjà le son d’albums fondateurs tels que Surfer Rosa (Pixies), Pod (Breeders) et In Utero (Nirvana) – et celui des malheureusement moins connus Slint (Spiderland). Donc, pour ceux qui ne connaissent pas son style de production : de la guitare  rêche et brute de décoffrage, un son très « prise directe » et rentre-dedans. Enregistré à peine un an après Dry, il rentre dans une certaine continuité sonore, en poussant plus loin l’âpreté du chant et l’abrasivité du son.
Iconographiquement, sa collaboration avec Maria Mochnacz fait encore des étincelles, avec une couverture où l’on retrouve PJ balançant une chevelure pieuvresque dans une baignoire – séance photo qui aurait duré plusieurs heures, à tremper dans un bain froid, ce que je rapproche un peu de la création de l’Ophelia de Millais, en moins dramatique heureusement…

Points culminants de l’album : l’intro Rid of Me (dont je vous refile également l’excellente version en concert à l’Olympia, qui date de 2001 et dont le final donne la chaire de poule), et Man-Size.

[audio:http://xavier.borderie.net/blog/wp-content/uploads/2009/03/01-rid-of-me.mp3]

Au niveau des vidéos, ça se cherche encore, avec 50 Ft Queenie (bof) et Man-Size (que j’aime beaucoup beaucoup).

La même année que Rid of Me, l’album 4-Track Demos présente 8 « brouillons » de titres inclus dans son prédécesseur, ainsi que 6 nouveaux titres. Seule au chant et la guitare, PJ joue sans le mur d’âpreté monté pour elle par Steve Albini. D’aucun préfèrent d’ailleurs ces versions à celles produites pour Rid of Me

To Bring You My Love (1995)

To Bring You My Love
To Bring You My Love
Séparée de sa section rythmique entre les sorties de Rid of Me et 4-Track Demos, PJ se lance en vrai solo plutôt qu’au sein de ce trio à son nom. Libre de jouer tant avec son écriture qu’avec son image, elle se distance clairement des brûlots que sont ses deux premiers albums pour mélanger blues-rock (To Bring You My Love, C’mon Billy), électro-rock (Down By The Water), lourdes rythmiques (Long Snake Moan, Meet Ze Monsta)…

Derrière les manettes, de nouveaux influenceurs vont apporter leurs contributions à ce son : Flood (alors déjà responsable de nombreux albums-phares pour Nick Cave & The Bad Seeds, U2, Nine Inch Nails, Depeche Mode, et The Smashing Pumpkins), John Parish (avec qui PJ avait collaboré dans un groupe précédent), et PJ elle-même, enfin… Le son devient léché, plus clair, voire « plein » ; les synthétiseurs et violons apparaissent, tout comme de la boite à rythmes.

"I enjoy looking like a tart and thinking like a politician"
"I enjoy looking like a tart and thinking like a politician"
Cette recherche musicale se voit également dans la voix : PJ a pris 8 mois de cours avec deux chanteurs d’opéra retraités de son village. L’amplitude vocale se fait grande : meilleure tenue, meilleur contrôle de ses modulations, PJ introduit sa voix comme instrument dans cet album, et non plus comme un vulgaire outil à raconter ses rêves et névroses. Ce qu’elle perd en méchantes guitares, elle gagne en intensité de chant. PJ n’est plus une songwriteuse affirmée, c’est aussi une chanteuse pouvant adopter de nombreux styles, pour mieux coller à ses ambiances et textes.

Cet album, sorti en 1995 et paré d’une couverture où PJ flotte en surface dans une robe rouge écarlate – image directement tirée de la vidéo pour Down By The Water -, lui fera recevoir le surnom de « diva du rock ». Son image passe de trash/riot/sex à beaucoup plus habillée/maquillée – parfois à outrance, surjouant la femme fatale. La musique devient théâtre, pas si loin du grotesque.

Ma sélection : To Bring You My Love, et Send His Love To Me. Et bien sûr Down By The Water.

The Dancer peut aussi être trouvé dans une version très « flamenca », que je vous refile également (ma générosité me perdra).

[audio:http://xavier.borderie.net/blog/wp-content/uploads/2009/03/pj-harvey-rare-22-the-dancer-acoustic.mp3]

Côté vidéos, ça s’est déjà nettement amélioré. Bon, bien sûr nous avons celle de Down by the Water, assez graphique et introduisant le look « rouge à lèvres outrancier » de la miss, mais aussi C’mon Billy et Send his Love to Me.

Arrive le temps des collaborations, à commencer par son apparition remarquable dans l’album Murder Ballads de ce dernier, sorti en 1996. Tout le monde a retenu Where the Wild Roses Grow en duo avec Kylie Minogue (chanson qui incidemment a bien boosté sa carrière tout en lui donnant une crédibilité musicale indie que Confide In Me, malgré toutes ses qualités, n’offrait pas), mais vous souvenez-vous du duo PJ-Nick sur Henry Lee, avec la tout aussi superbe vidéo ? Très simple mais très puissante, les amants de l’époque s’y regardent au plus profond des yeux, s’effleurent, se touchent et dansent… Moi j’aime.

Avec John Parish à la composition, elle écrira et chantera en 1996 les textes de Dance Hall at Louse Point, qui n’est pas vu comme faisant partie de la discographie de PJ mais comme une collaboration, dont on retiendra quand même That Was My Veil (tiens, je découvre qu’il en existe une vidéo). Pour PJ, cet album reste la source d’une énorme progression dans son écriture et son travail vocal.

Autre résultat de collaboration, cette fois avec Eric Drew Feldman en 1997 pour la compilation Lounge-a-Palooza, une superbe reprise de Zaz Turned Blue. A l’origine une création du groupe Was (Not Was) avec Mel Tormé, la différence entre les versions est énorme, et la reprise, étrangement peu « lounge » vu le titre de l’album, voit PJ chanter dans trois registres différents, déjà… Superbe. Je vous recommande d’écouter d’abord la version originale avant la reprise de PJ, afin de mieux apprécier le travail accompli – et comprendre qu’au final, la version lounge, c’est l’originale…

[audio:http://xavier.borderie.net/blog/wp-content/uploads/2009/03/zaz-turned-blue-polly-jean-harvey-eric-drew-feldman.mp3]

Is This Desire? (1998)

Is This Desire?
Is This Desire?
Avec 4 albums en 3 ans, il faudra attendre 3 ans (1998) pour voir arriver un nouvel opus : après le succès de To Bring You My Love et la longue tournée qui a suivi, la miss s’est isolée chez elle. Elle en ressort avec un album à l’ambiance forcément plus intimiste, dans lequel on ne retrouve ni complètement la force de ses premiers albums, ni toute la théâtralité du précédent – même si certains titres s’en approchent, comme The Sky Lit Up ou Catherine. C’est à la fois totalement différent, et dans une certaine continuité.

Avec des mélodies et riffs toujours très justement placés, elle peut murmurer dans Electric Light ou The Wind tout comme elle peut hausser le ton dans Joy ou No Girl So Sweet, offrir une superbe balade au piano comme The River et produire un son très électro/trip-hop avec My Beautiful Leah

C’est selon moi un album qui résume parfaitement PJ Harvey, toutes ses approches du son, tous ses antagonismes, ses influences… Malgré cela ou par cette faute, l’album n’aura pas un très grand succès, tant critique que commercial. Les cons.

Deux titres (dur d’en choisir deux choisir ici encore) : je dirai The River et bien sûr le single A Perfect Day Elise, qui laisse présager de la suite.

Des vidéos, des vidéos ! A Perfect Day Elise, bien sûr, puis The Wind.

Stories from the City, Stories from the Sea (2000)

Stories from the City, Stories from the Sea
Stories from the City, Stories from the Sea
PJ revient clairement avec un objectif de succès critique et commercial pour cet album sortit en l’an 2000 : collaboration avec Thom Yorke (chanteur de Radiohead, alors au faîte du succès de la tournée pour OK Computer, et qui pouvait donc toucher n’importe quoi et le transformer en or), guitare réglée sur un son clair (plutôt qu’en distorsion), plein d’accords majeurs (joyeux, plutôt que mineurs, tristes bouh), on reste sous la barre des 4 minutes de musique pour chaque titre, tempos ni trop lents ni trop rapides, voix clair et sans hurlements (ou le minimum syndical)…

Taillé dans le roc de l’accessibilité, cet album peut difficilement déplaire aux fans de pop-rock simple, aux aficionados de PJ (et Radiohead, légions…) en attente de sa nouvelle volte-face après la noirceur du précédent. C’est beau, c’est mélodieux, ça bouge mais pas trop…

On pourrait croire que je targue PJ de faire dans le commercial, mais au contraire j’y vois une évolution sincère de ses envies, une approche qui lui correspond à ce moment présent. C’est effectivement un excellent album, qui mérite mille fois les hourras de la critique à son propos – et le très convoité Mercury Prize.

Quels deux titres, alors ? Je resterai dans la mélancolie pour le coup : We Float et Horses In My Dreams, paf.

Prends-toi ça au moral 🙂

Hop, les vidéos : Good Fortune, This Is Love, A Place Called Home. A regarder si ma sélection ne vous a pas semblé assez pop-rock 🙂

Uh Huh Her (2004)

Uh Huh Her
Uh Huh Her
Que fait-on quand on vient de sortir son album le plus acclamé depuis le début de sa carrière ? A voir Uh Huh Her, l’album suivant, on se demande si la réponse n’est pas « douter de soi, faire une petite dépression, et repartir de zéro ». Sans maquillage, sans artifice, sans vraiment de production.

Fruit encore une fois d’une longue gestation, PJ y joue tous les rôles – guitare, basse, piano -, ne laissant à Rob Ellis le soin d’ajouter des pistes de batterie qu’une fois l’enregistrement fait. Dry et Rid of Me sonnaient bruts de décoffrage ? Cet album reprend cette recette et pousse le potentiomètre jusqu’à 11.

Emblématique, le titre Who the Fuck? et ses réprimandes doublées de choeurs atonals, un « Get your dirty fingers out of my hair » à l’opposée du « I just want to sit here and watch you undress » que l’on entend dans la chanson This is Love de l’album précédent, Stories from the Sea…. De là à dire que sa vie sentimentale a pris un tournant entre les deux…

Bref, c’est souvent assez brutal, mais l’on n’y entend pas que de la guitare-brûlot, certaines pistes profitent d’un peu de guitare sèche, de clavier ou d’accordéon, voire de simili-violons pour The Slow Drug ou You Come Through.

Deux titres que je retiens : Shame et The Desperate Kingdom of Love. Et puis The Darker Days of Me & Him, tiens, pour la bonne bouche.

J’aurai bien ajouté The Letter, mais cela me permet de renvoyer vers la vidéo 🙂 Ensuite vinrent You Come Through, Shame et enfin Who The Fuck? (avec une sale pixelisation comme il le faut). Ca nous fait quand même 4 vidéos, pour un album pas facile d’accès…

White Chalk (2006)

White Chalk
White Chalk
Et nous voici en 2007, et une fois de plus son nouvel album ne peut être comparé au précédent, ou même aux précédents (pluriel, merci de suivre). Depuis le temps, les fans de PJ savent qu’il faut s’attendre à l’imprévu, mais cette fois encore la surprise, voire la claque, est au rendez-vous. L’album est produit par Flood et John Parish, sans que l’on ressente trop fortement leur présence – cela reste du pur PJ.

Terminées les guitares enflammées, terminée la batterie sèche, terminés les hurlements et les feulements : la miss a composé une bonne partie de l’album au piano (instrument qu’elle a découvert pour l’occasion), et est allé chercher son chant dans les tessitures les plus aigües. PJ Harvey délaisse ici les salles de rock pour faire de la musique de chambre, intimiste et presque feutrée, tout en gardant des paroles assez sombres/dérangeantes. Même la couverture de l’album donne à penser que la miss a plongé son inspiration dans un autre siècle.

Un album très particulier, qui demandera au fan peut-être autant de temps d’adaptation que son prédécesseur, mais qui en vaut peut-être plus la chandelle au final. Moins brutal que Uh Huh Her, White Chalk n’en devient peut-être que plus effrayant – et donc magnifique.

Sélection personnelle : The Piano et The Devil, comme ça, mais les titres excellents sont nombreux… Before Departure, The Mountain, When Under Ether

Vidéothon : The Piano, When Under Ether. Et puisque vous avez lu jusque-là, un inédit qui a sa vidéo officielle : Evol (a priori peu à voir avec l’album éponyme de Sonic Youth).

La courbe

Quid, donc, de cette fameuse courbe promise depuis le titre ? Simplement, j’ai voulu représenter ces différentes facettes de la carrière de PJ avec des données chiffrées, et donc une courbe. Le plus dur à été de décider des valeurs de y (en x, bien sûr, les années). Dureté / douceur ? Calme / furie ? Force / fragilité ?

Comment classer un album par rapport aux autres ? Au début, c’est facile, mais vers la fin… White Chalk est plus feutré que Stories…, et pourtant moins commercial, plus difficile d’accès car toujours très tourmenté, donc au final… Pas simple. Faut-il ne garder que son impression propre de l’album en tant que tout, ou devrait-on prendre en compte l’intention de l’auteur ?

C’est d’autant plus dur qu’en définitive, les thèmes abordés par PJ dans ses textes restent largement connexes, et donc les albums de ce point de vue gardent une certaine continuité. Dès lors, peut-on qualifier un album uniquement par rapport à sa musique / son interprétation, ou doit-on garder en vue l’écriture ?

Sans pour autant chercher à répondre, l’intérêt de cette courbe pour moi est de prévoir un peu à quoi pourrait ressembler le prochain album. Vu le passé avec White Chalk, on imagine le prochain teigneux à souhait, peut-être encore plus rude de Uh Huh Her, ou un retour aux sources de Dry/Rid of Me, pourquoi pas ? Ou simplement, un album très rock, simplement un poil plus grunge que Stories from the City…, tout en gardant l’aspect assez commercial absent des deux derniers albums.
Ou alors, l’hypothèse trop facile, une replongée dans les méandres de la saturation, peut-être pas aussi fort que Uh Huh Her, mais assez profond néanmoins… Cela reste peu probable je pense, car trop prévisible désormais.
Dans tous les cas, je m’attend à des guitares qui crachent.

Voici donc la courbe, selon moi. Au final, chacun mettra ce qu’il voudra dans les y, on a compris ce qu’ils signifiaient… Je mets Dry comme niveau de base, à zéro, et place les autres albums par rapport à cette base.

Courbe de PJ

Discuss.

En concert au Grand Rex

Tout ce que je vous raconte, et mon intérêt pour la PJ, je le dois à ma demoiselle, grande fan devant l’éternel :

  • c’est elle qui m’a parlé de la version live de Rid of Me, parce qu’elle était au premier rang de l’Olympia ce soir-là, contre la barrière ; que cette chanson lui a alors laissé un souvenir impérissable ; notamment du fait qu’elle n’a pas pu supporter les coups de semonce de la foule dans son dos sur la chanson suivante, This Wicked Tongue ;
  • c’est elle qui m’a parlé de la version flamenca de The Dancer , parce qu’elle l’a chantée en trio avec Salomé et Ansaphone (je crois), avec Matthieu Z. à la guitare, lors de la mise en place des Nepasavaléennes, premières du nom (mondieumondieu, 2001, quelle année !) ;
  • c’est elle qui m’a parlé de Zaz Turned Blue et de sa ligne vocale particulière ;
  • c’est elle qui m’a fait adorer Plants and Rags.

La vraie fan, c’est elle – je n’ai fait que retranscrire ses divines paroles afin de les partager avec la plèbe bêlante et vociférante que vous êtes – et reprendre ces paroles à mon compte, aussi, oui.

De fait, imaginez la déception quand elle découvre, mais un peu tard, que son concert solo au Grand Rex est déjà complet, deux jours après la mise en vente des billets. C’est affreusement cher (79 euros!), mais PJ Harvey en solo au Grand Rex, ça ne se rate pas – même si c’est aussi cher que Björk qui se la raconte à la Sainte Chapelle (en 2001, là encore, décidément)…

Nous étions déjà allés la voir lors de son passage au Zénith (avec Graham Coxon en première partie ! Ainsi que deux autres groupes insignifiants), et la distance combinée avec le mauvais réglage sonore nous avaient rebutés. Mais là c’est solo ! Au Grand Rex ! Sans première partie (a priori) ! Et vu l’album (White Chalk), ça promet d’être très intîmes ! MUST GO !

Que faire dans ce cas-là ? On fouille sur eBay, pardi ! Après une première tentative pas trop chère mais pas trop bien placée, avortée pour cause d’erreur de jugement et de sniper de dernière seconde, on trouve deux places « Carré d’Or » abordables. Le combat fut rude, et nous nous en sortons pour presque deux fois le prix de base (!!!), mais nous avons les places !

« Carré d’or », je ne savais pas trop ce que ça voulait dire exactement (d’ailleurs impossible de trouver une définition précise sur le Net), mais je l’ai appris : ces places chères payées nous donnaient droit à deux places au deuxième rang de la fosse ! L’avantage d’être aux pieds de l’artiste sans l’inconvénient des barrières dans les côtes… Pour vous donner une idée de la situation, un petit schéma…

plan-grand-rex

But wait, there is more! Non seulement nous étions très bien placée par rapport aux pauvres (ou radins, c’est selon), mais en nous installant, nous découvrions la disposition des instruments sur la scène :

photo-disposition

Dans les faits, nous étions idéalement placés : nous avions toujours une vue parfaite de PJ, qu’elle se trouve au piano ou à la guitare. Ca se présente bien ; nous trépignons d’impatience.

S’éteignent les lumières, et elle arrive, dans une robe équivalente à celle de la poche de White Chalk, mais noire. Ca change l’argent de sa robe très échancrée sur laquelle bavait Bernard Lenoir en 2001.

J’allume mon appareil photo pour film : je n’étais pas là en 2001 pour surkiffer Rid of Me en première chanson, mais si elle refait un coup pareil ici, je veux graver se souvenir (numériquement parlant).

Elle s’avance donc seule avec sa guitare, se la cale sur l’épaule et la règle, et lance le riff de To Bring You My Love. Vociférations de la salle, puis dans un silence d’église, la chaire de poule…

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Suivit pendant une heure et demie un concert assez exceptionnel, non seulement parce que solo, mais surtout parce que la diva du rock n’a pas été avare de paroles :

  • Vanter les mérites des (il est vrai excellents) sièges du Grand Rex, « in fact if I was one of you I might even nod off – even at my own show! » avec son accent du Dorset, juste avant d’entamer When Under Ether au piano ;
  • Avant de se lancer dans Angelene : « Very often when I’m writing songs at home, they start off as very simple things, with very… unfashionnable drumbeats with them, and… So, as I’m playing on my own at the moment, I’m using some of the original forms of the songs with the funny little drum patterns that they started with, so… You get a taste of how they ever began life. » ;
  • Enchaîner Angelene et Beautiful Leah sur le même motif de boite à rythmes : elle lâche la guitare, se dirige vers le clavier à droite de la scène, change quelques réglages, attrape une baguette en bois qui servira pour frapper l’unique cymbale pendant la chanson… L’impression d’entrer dans son studio personnel, avec tous ses jouets à portée de main… Concert intimiste, on vous dit ! « I brought my own disco for that song.« , elle tape sur machine qui ne veut pas s’arrêter, « Stop it! It’s my portable disco, it’s a lot cheaper than renting one. » ;
  • Elle présente Nina in Ecstacy : « This is a lovely little song, I didn’t realise how much I liked untiil 10 years after I wrote it. So it was actually put down on a b-side, and now it has become one of my favorite things. So I’m going to play this for you. » ;
  • Tandis qu’LN et moi nous regardons avec un « totally worth it » extatique après avoir entendu Shame, elle se lance soudainement dans une version de Snake assez brutale et surprenante, voire choquante dans le cadre de ce concert – the rock’n’roll is strong with this one… ;
  • Problèmes de cheveux assez amusants juste avant Big Exit, « There are some… bugs, insects on the loose in my hair, falling in my face! Hang on! Where’s Ian? » Survient le roadie, et sous les sourires de la salle, « Can you just hold it at moment? » en lui tendant sa guitare et en se farfouillant dans son impressionnante composition capillaire pour la faire se maintenir en place, « I haven’t got a mirror up here, I don’t know if it looks funny, I can feel falling over my head! » Un cri dans la foule pour la rassurer, et elle enchaîne. Une fois la chanson terminée, elle en rajoute une couche sur tout l’arrangement de sa coiffure et de sa robe, « It seems so much more elegant on [Days of our Lives?!].  The actual truth is you can’t really move any other way, ’cause the materials don’t allow it » ;
  • Elle lâche sa guitare pour s’installer sur une chaise (non sans replacer mainte fois sa robe), et prendre un instrument peu courant : une autoharpe. Parce que l’objet est assez lourd, elle place une petite serviette sur sa cuisse, qu’elle nous montre (voir la photo de Rober Gil) : « This does actually have a function. It’s call my ‘cat mat’, and it’s to stop the end of the autoharp going into my leg, which is what happens. It’s ‘the cat mat’ because it says, ‘Bigger cats are dangerous‘, that’s the tiger, ‘but a little pussy never hurt anyone‘. That’s the little pussy there« , montrant du doigt le dessin en souriant, et la salle de rire et d’applaudir. Le premier titre joué à l’autoharpe est le magnifique Down By The Water, réinterprété de manière sympathique, puis Grow Grow Grow ;
  • Rid of Me, finalement, pour la première chanson du premier rappel. Je ne vous mets pas la vidéo, car je trouve cette version inférieure à celle du Zénith de 2001, mais n’hésitez pas à insister… ;
  • Pour The Piano, elle s’assied, découvre sa jambe (sifflements appréciateurs) et s’en explique : « This is for a reason too: I have to see where my foot is going on this machine. I’m not just showing you my leg. As much as I would like to. » ;
  • Second rappel, elle ne sait pas quoi chanter, puis jouer Horses in my Dream – que je n’ai pas eu en vidéo (ou si peu), et je m’en mords les doigts.

Ceux qui veulent peuvent écouter l’intégralité du concert sur la radio du site français pj-harvey.net (ça m’a d’ailleurs bien aidé pour me remémorer tout les instants du concert), mais je vais me permettre de vous refourguer une sélection parmi les vidéos que j’ai prises (toutes ne sont pas en ligne).

When Under Ether
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Angelene
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Big Exit
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Down by the Water
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Quelques autres reviews ici, ou et .

Allez, et pour maximiser les mots-clefs dans Google, la set-liste complète :

  1. To Bring You My Love ** ¤
  2. Send His Love To Me ¤
  3. When Under Ether **
  4. The Devil ¤
  5. White Chalk
  6. Mansize * ¤
  7. Angelene **
  8. My Beautiful Leah *
  9. Nina In Ecstasy *
  10. Electric Light
  11. Shame * ¤
  12. Snake
  13. Big Exit **
  14. Down By The Water ** ¤
  15. Grow Grow Grow
  16. The Mountain
  17. Silence
    ————
  18. Rid Of Me * ¤
  19. Water * ¤
  20. The Piano * ¤
  21. The Desperate Kingdom Of Love ¤
    ————
  22. Horses in my dreams ° ¤

* : les chansons que j’ai en vidéo ;
** : les vidéos que j’ai mises en ligne ;
° : bouhou juste une vidéo de 2 secondes, batteries de merde.
¤ : fait partie de ma sélection ! 10/21 ! 🙂

Et maintenant ?

Attendons son prochain album pour vérifier mes dires ! Cela étant je me rends compte que je ne prends pas trop de risque en fin d’article, là où au début je disais « Ma théorie est que cette volte-face est de plus en plus violente avec le nombre des années – et des albums. » Comme quoi en 2 ans une théorie peut s’émousser…

Addenda du 22 mars : nouvel album bientôt dans les bacs !

A Woman a Man Walked By
A Woman a Man Walked By
Bon, cela depuis le début du mois que je suis au courant de la sortie prochaine du nouvel album de PJ, intitulé A Woman a Man Walked By, dont la sortie est prévue le 30 mars (il était temps que je termine cet article !). Le petit coquinou a même sa page Wikipedia, et le premier single, Black Hearted Love, est disponible en ligne depuis pfiouloulou…

Qu’en dire ? Il s’agit d’une nouvelle collaboration avec John Parish, suivant le même principe que Dance Hall at Loose Point : musiques par John, textes par PJ. On retrouve Eric Drew Feldman aux claviers (ce qui, vous l’aurez compris, est une bonne chose), ainsi que Flood à la production. Ces trois zigotos ont déjà oeuvré sur White Chalk. De fait, on a l’impression qu’elle a en ce moment envie de revivre ses années 95-97 (TBYML en 95, DHALP en 96, ZTB/LAP en 97) – et ma foi, ce n’est pas moi qui vais la blâmer – mais ce sera pour un autre article 🙂

Dire également que je n’ai même pas eu l’heur d’écouter le fameux single (il n’est pas sur Spotify, bouh !), mais en traduisant Wikipédia on découvre qu’il serait « …espiègle, sérieux, élégant et poétique, et doté d’une puissance brutale – il est peu probable que vous entendrez cette année un album aussi débordant de maestria créative et d’inventivité musicale », ou encore « un ensemble de contes populaires, de chansons funéraires et de chansons où l’amour est comme piégé, enchevêtré… génial. » A priori, ça ressemble à album qui irait sur partie supérieure de mon graphique…

Justement, qu’en tirer comme conclusion vis-à-vis de ma mirifique théorie ? Les plus attentifs parmi vous aurons noté que je n’ai pas inclu DHALP dans mon graphique. En effet, PJ en a certes écrit les textes, mais j’estime que ma théorie ne peut tenir que si elle compose également. Notons par ailleurs que l’album fait moins de 40 minutes (exactement 38 min 07 s, soit 1 minute 47 de moins que DHALP 13 ans auparavant), mais reste plus long que White Chalk (33 min 57). Ce n’est pas encore aujourd’hui que PJ nous remplira un CD en entier (pour rappel, 74 minutes).

Je déclare donc cet album indemne face à ma prophétie (enfin, le contraire est plus vrai), et j’attends toujours le prochain album purement pjharveysque.

Hop, comment s’en tirer avec une pirouette ! 🙂

(photos et scans de cet article en provenance de jphuntley.co.uk et pj-harvey.net)