Se faire un nom par la musique (et vice versa)

[attention, post où je tape un peu sur tout ce qui passe à portée de la main. n’y voyez pas de l’aigreur, juste une envie de ventiler large et à tout vent. oui, façon puzzle, aux quatre coins de paris, tout ça…]

Lundi soir, nous regardons du coin de l’oeil la seconde partie du Grand Journal de Canal+ tout en vaquant à nos occupations, de manière assez distraite : la complaisance récurrente envers des invités aussi peu intéressants que récurrents, ajoutée au manque cruel de profondeur des interviews et chroniques, font que seul la fin de l’émission (à savoir, le Petit Journal People, le SAV d’Omar et Fred et à la limite la boite à question – mais surtout le Petit Journal, il faut bien le dire) nous empêche de zapper en quête de fond sonore plus captivant.

Invités de ce lundi 26 mars : François Berléand (vous DEVEZ voir « Le convoyeur« ) et François-Xavier Demaison (vous DEVEZ voir… euh… non, je ne le connais pas en fait). Invités musicaux : « Ultra Orange & Emmanuelle« . Et c’est là que le bât blesse. Grâve.

Le groupe joue, et de découvrir qu’en fait d’Emmanuelle, il s’agit d’Emmanuele Seigner en blonde platine, entourée d’un groupe pour le moins bateau. Ils nous jouent une chanson bateau (« Sing Sing », a priori – le single, quoi), chantée dans un anglais de karaoké et avec un minimum d’accords (à vue de nez, Am-C).

Évidemment, les moutons hurleront au génie en référençant le Velvet, que cet ersatz même pas underground tente de plagier éhontément (jusque dans le nom, référence a priori évidente à un autre album, ce n’est pas la modestie qui les étouffe, d’un côté comme de l’autre du &, estimons-nous heureux s’ils ne mettent pas un dessin de pomme sur leur pochette). Inspirée par la réussite apparente de Juliette Lewis, reconvertie avec ses Licks ? Apparemment pas. Après la prestation (clichée au possible, entre la guitariste qui tente de faire un larsen devant son ampli pendant toute la chanson, et le gratteux qui ici pète une corde à force de bourriner ses deux accords, ou là joue en posant son dos contre celui de la chanteuse choriste célébrité, arrive l’interview. Extrait [je paraphrase, vous m’excuserez de ne pas avoir enregistré la chose] :

Denisot : Qu’est-ce qui a été le déclic, pour vous lancer dans la chanson ?
Seigner : Oh, ben c’est la rencontre avec les musiciens [ah ? oh…], et puis surtout c’est depuis que j’ai appris à chanter.

Cette dernière phrase bien faillit nous faire recracher le contenu de nos verres. Si la Seigner sait chanter (ne serait-ce qu’en français, hein, j’ai bien compris que pour elle chanter en anglais relevait de l’effort labial, donc bon), alors je suis le producteur de l’album d’Adrienne Pauly (pitié non).

Bon, on se retrouve dans un cas malheureusement de plus en plus courant de célébrités qui se disent « Paris Hilton l’a fait, pourquoi pas moi ? », soit. Mais là où Carla Bruni, aussi lassante peut-elle être aujourd’hui, a un timbre de voix particulier en plus que de savoir jouer de la guitare, avec la Manue, c’est pas en s’entourant d’une bande de branleurs qu’on fait du rock’n’roll.

Mais bon, les stars veulent se diversifier, soit : Lou Doillon (vous DEVEZ éviter de voir « Blanche« , une merde sans nom qui m’a fait quitter la salle pour la première fois depuis longtemps – merci regrettée carte UGC), « fille de » ², se met bien à nous lire des lettres au théâtre sans qu’on le lui demande, ou encore une fois dans la même émission (décidément), Claire Chazal qui s’est dit qu’on voulait venir la voir au théâtre, je vous le donne dans le mille, lire une lettre. I see déjà vu.

Bref, donc, Emma se la joue rock star, tant mieux pour elle, y’en a plein qui voudraient faire pareil et elle le fait, more power to her. Mais n’est pas célèbre qui veut. Tandis que des dizaines de groupes talentueux attendent qu’on leur prête oreille sur les diverses scènes de France et de Navarre, d’autres se font mettre leur CV en haut de la pile rien qu’n déclinant leur état-civil, brûlant potentiellement un budget qui aura pu être alloué à plus intéressant, ou même ne serait-ce que plus écoutable. C’est sûr, ça se vendra mieux qu’un album de Yann Caillasse, mais mis à part se faire plaisir pour la chanteuse, ça n’apporte rien à l’environnement sonore.

Preuve supplémentaire, donc, qu’en ce bas monde le carnet d’adresse passe avant le talent. Ça se retrouve même chez les jeunes : prenons les deux récents premiers albums issus de la « nouvelle scène rock française parisienne », je parle bien sûr des Naast et des Plasticines. Les premiers sont une bande de petits rigolos qui, parce qu’ils ont vu un concert de Libertines et que leurs parents ont des vinyles des Pistols, se font offrir des basses Rickenbacker et des Telecaster ’52 US Vintage à Noël pour n’en faire guère plus que de la gentille soupette. Mais bon, ça aide d’avoir un chanteur fils de rédacteur musical (la couverture de Rock’n’Folk, anyone?), des bonnes fées ayant pour noms Manoeuvre ou Eudeline (Rock’n’Folk encore, m’enfin après avoir pris Virginie Despentes en intervieweuse, on n’était plus à une faute de goût près, hein), et le carnet d’adresse qui va avec. Donc paf, contrat, album, passage à Taratata, tout le toutim.
Pour les Plasticines, ça suit le même chemin, car rencontre avec les Naast à ce même concert des Libertines, on suppose. Si elles ont encore moins de talent que leurs comparses à peine pubères, elles compensent par le fait que ce sont des filles, et qu’elles sont (depuis peu) majeures (les deux compensation sont liées). Donc, contrat, album, et on verra pour Taratata, Nagui a un minimum d’éthique encore…

Bref, pourquoi une telle désuétude musicale ? Pourquoi se retrouve-t-on avec des groupes comme UO&M, dont on se fout, dans une émission pleine d’auto-suffisance, certes, mais en prime time bordel ? Est-ce lié au manque de prise de risque de la chroniqueuse musique de cette émission, dont la profondeur des chroniques n’a d’égal que le peu d’intérêt des questions posées par l’autre chroniqueuse de l’émission (la rescaptée de Fogiel), qui elle semble véritablement se donner du mal chaque jour pour trouver les questions les plus bateau qui soient, ou le cas échéant un jeu ayant le rapport le plus ténu possible avec l’invité (je vous avais dit qu’on ne survolait cette émission que dans l’attente des trois dernières rubriques) ? Je ne sais pas. Où est passé Stéphane Saunier quand on a besoin de lui ?

Toujours est-il qu’Edouard n’a pas été pris à la Nouvelle Star, et ça ça suxx.

Une réflexion sur « Se faire un nom par la musique (et vice versa) »

Laisser un commentaire